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MANAGEMENT

Le management ou la gestion est au premier chef : l'ensemble des techniques d'organisation des ressources mises en œuvre dans le cadre de l'administration d'une entité, dont l'art de diriger des hommes, afin d'obtenir une performance satisfaisante. Dans un souci d'optimisation, le périmètre de référence s'est constamment élargi. La problématique du management s'efforce - dans un souci d'optimisation et d'harmonisation- d'intègrer l'impact de dimensions nouvelles sur les prises de décision de gestion.


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Notes sur le mercantilisme, les lois contre l'usure, la monnaie estampillée et les théories de la sous-consommation

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Pendant quelque deux cents ans ni les théoriciens de l'économie ni les hommes d'affaires n'ont jamais douté qu'une balance commerciale favorable fût un sérieux avantage pour un pays et une balance défavorable un gra danger surtout lorsqu'elle entraine des sorties de métaux précieux. Mais durant les cent dernières années il a existé A  cet égard une remarquable dirgence d'opinion. Dans la plupart des pays la majorité des hommes d'état et des hommes d'affaires, et mASme en Grande-Bretagne, berceau de la conception opposée, près de la moitié d'entre eux sont restés fidèles A  l'ancienne doctrine ; A  l'inrse la presque totalité des théoriciens de l'économie soutenaient que, si l'on voit plus loin que l'anir immédiat, les préoccupations de cet ordre sont dénuées de tout fondement, car le mécanisme du commerce extérieur se règle de lui-mASme, et les obstacles qu'on cherche A  y opposer outre qu'ils sont vains appauvrissent grandement les pays en les privant des avantages de la division internationale du travail. Il sera commode de donner selon la tradition le nom de Mercantilisme A  l'opinion ancienne et le nom de Libre échange A  l'opinion noulle, encore que ces termes, qui ont chacun un sens large et un sens étroit, doint AStre interprétés en se référant au contexte.


D'une manière générale, les économistes modernes n'ont pas seulement soutenu que la division internationale du travail impliquait un bénéfice net supérieur A  tous les avantages que l'école mercantiliste pouvait légitimement rendiquer, mais encore que le raisonnement de cette école reposait de bout en bout sur une erreur.
Marshall (1), par exemple, encore que ses allusions aux Mercan-tilistes ne témoignent pas A  leur égard d'une entière hostilité, s'abstient d'examiner leur théorie fondamentale en tant que telle et ne mentionne pas mASme les éléments de vérité qui, nous le montrerons parla suite, peunt y AStre trouvés (2). De mASme les concessions théoriques faites par l'école du Libre échange dans les discussions contemporaines, en ce qui concerne par exemple l'encouragement aux industries naissantes ou l'amélioration des termes de l'échange*, n'intéressent pas la substance mASme de la théorie mercantiliste. Au cours des discussions financières des vingt-cinq premières années du siècle, il ne nous souvient pas qu'aucune concession ait jamais été faite A  la thèse que la protection douanière peut accroitre l'emploi A  l'intérieur d'un pays. Nous ne pouvons mieux faire que citer, A  titre d'exemple, des phrases que nous avons nous-mASmes écrites. En 1923 encore, di sciple fidèle de 1 ' école classique, ne mettant pas en doute les principes qu'on nous avait inculqués et que nous acceptions sans réser, nous écrivions : - S'il est une chose que la protection ne peut faire, c'est supprimerle chômage Il existe en faur de la protection des arguments fondés sur ses avantages possibles encore qu'improbables, auxquels il n'est pas simple de répondre. Mais prétendre qu'elle puisse remédier au chômage, c'est commettre l'erreur protectionniste sous sa forme la plus lourde et la plus grossière (3) -. Quant A  la théorie mercantiliste primiti, on n'en trouvait aucun exposé intelligible et nous avions été élevés dans l'idée qu'elle n'avait A  peu près aucun sens. Tant était écrasante et absolue la domination de l'école classique.

Exprimons tout d'abord dans notre propre langage ce qui nous parait aujourd'hui constituer l'élément de vérité scientifique dans la doctrine mercantiliste. Nous erons ensuite cet exposé ac les arguments effectiment soutenus par ses disciples. Il doit AStre entendu que les avantages invoqués sont de l'au général des avantages nationaux et qu'ils ont peu de chance de profiter au monde tout entier.
Lorsque la richesse d'un pays croit ac quelque rapidité, il arri qu'en régime de laissez-faire une telle évolution favorable soit interrompue par l'insuffisance des forces qui incitent A  l'instissement. Les circonstances sociales et politiques ainsi que les caractéristiques nationales qui déterminent la propension A  consommer étant données, la prospérité d'une économie qui progresse exige, pour les raisons déjA  exposées, que ces incitations A  instir soient suffisantes. Les motifs A  instir peunt AStre trouvés soit dans le domaine des instissements intérieurs soit dans le domaine des instissements extérieurs (qui comprennent l'accumulation des métaux précieux), ces deux catégories d'instissement composant l'instissement global. Lorsque le flux global de l'instissement n'obéit A  aucun autre motif que le profit, c'est le taux d'intérASt national qui gourne A  la longue les possibilités de l'instissement intérieur et c'est nécessairement le solde créditeur de la balance commerciale qui détermine le volume de l'instissement extérieur. Dans une société où les instissements directs sous l'égide des Pouvoirs Publics sont hors de question les deux problèmes économiques qui doint légitimement préoccuper ces Pouvoirs sont donc le taux de l'intérASt intérieur et la balance du commerce extérieur.
Or, si l'unité de salaire est assez sle et exempte de variations spontanées de grande amplitude (condition qui est presque toujours réalisée), si le degré moyen de la préférence pour la liquidité au cours de ses fluctuations de courte période témoigne d'une certaine silité et si enfin les pratiques bancaires sont elles aussi sles, le taux de l'intérASt dépend du montant, mesuré en unités de salaire, des métaux précieux dont la communauté dispose pour satisfaire ses besoins d'argent liquide. D'autre part, A  une époque où les prASts substantiels A  l'étranger et la propriété inconditionnelle de biens sis au dehors se heurtent A  de sérieuses difficultés pratiques, l'augmentation ou la diminution des stocks de métaux précieux dépend en grande partie du caractère favorable ou défavorable de la balance du commerce.
En s'efforA§ant de maintenir une balance commerciale favorable, les autorités se sont donc trouvées servir A  la fois ces deux fins ; et, qui plus est, elles n'avaient aucun autre moyen de les servir. En un temps où elles ne pouvaient agir directement sur le taux de l'intérASt intérieur ou sur les autres motifs qui incitent A  l'instissement domestique, les mesures propres A  améliorer la balance commerciale étaient leurs seuls moyens directs d'augmenter l'instissement extérieur; et l'effet d'une balance commerciale favorable sur les entrées de métaux précieux était en mASme temps leur seul moyen indirect de réduire le taux de l'intérASt intérieur, c'est-A -dire d'accroitre l'incitation A  l'instissement domestique.
Le succès d'une telle politique comporte toutefois une double limite qu'on ne doit pas méconnaitre. Si la baisse du taux de l'intérASt intérieur stimule assez l'instissement pour porter l'emploi au-delA  des points critiques où l'unité de salaire croit, la hausse du niau intérieur des coûts tend A  exercer une action défavorable sur la balance du commerce extérieur, de telle sorte que l'effort pour améliorer cette balance dépasse son but et se neutralise lui-mASme. D'autre part, si le taux de l'intérASt intérieur baisse suffisamment au-dessous des taux d'intérASt externes pour provoquer un volume de prASts A  l'étranger hors de proportion ac le solde créditeur de la balance commerciale, il peut en résulter un exode de métaux précieux suffisant pour contrebalancer les avantages précédemment obtenus. Dans un grand pays d'importance internationale ces limites ont d'autant plus de chances d'AStre atteintes qu 'un apport de métaux précieux dans un pays implique, quand l'extraction courante de ces métaux est relatiment faible, un exode des métaux en question hors d'un autre pays ; les répercussions défavorables de la hausse des coûts et de la baisse de l'intérASt A  l'intérieur d'un pays peunt donc AStre accentuées (lorsque la politique mercantiliste est poussée trop loin) parla baisse des coûts et la hausse de l'intérASt A  l'étranger.
L'histoire économique de l'Esne pendant la fin du xv siècle et le xvi siècle fournit l'exemple d'un pays dont le commerce extérieur a été ruiné par la hausse de l'unité de salaire résultant d'une abondance excessi de métaux précieux. La Grande-Bretagne au cours des années du xx siècle qui ont précédé la guerre offre l'exemple d'un pays où les facilités excessis accordées aux prASts extérieurs et A  l'achat de biens étrangers ont sount fait obstacle A  la bai sse du taux d'intérASt qui eût été nécessaire A  1 ' intérieur pour assurer le plein emploi, L'histoire de l'Inde A  toutes les époques fournit l'exemple d'un pays appauvri par une préférence pour la liquidité allant jusqu ' A  la passion, et si forte que mASme un afflux énorme et permanent de métaux précieux n'a pu faire baisser le taux de l'intérASt au niau compatible ac le déloppement de la richesse réelle.
Néanmoins, si l'on considère une société où l'unité de salaire est assez sle, où il existe des caractéristiques nationales propres A  déterminer la propension A  consommer et la préférence pour la liquidité, et où le système monétaire élit un lien rigide entre la quantité de monnaie et les stocks de métaux précieux, le maintien de la prospérité exige que les autorités surillent de près l'état de la balance commerciale. Car une balance du commerce favorable, pourvu qu 'elle ne le soit pas A  l'excès, peut AStre un stimulant extrASmement énergique, tandisqu'une balance défavorable peut amener rapidement un état de dépression durable.
Il ne s'ensuit pas que ce soit par une restriction maximum des importations que l'on obtienne un excédent maximum de la balance commerciale. Les premiers mercantilistes ont viment insisté sur ce point, et on les a sount vus combattre des restrictions commerciales parce qu'A  la longue ces restrictions auraient été un obstacle A  une balance commerciale favorable. On peut certainement soutenir que dans les circonstances particulières où se trouvait la Grande-Bretagne au milieu du xixA° siècle une liberté commerciale presque absolue était la politique la plus propre A  améliorer la balance du commerce. Les expériences contemporaines de restrictions commerciales dans l'Europe d'après-guerre offrent des exemples nombreux d'atteintes mal conA§ues A  la liberté, qui, étant destinées A  améliorer la balance du commerce, ont abouti en fait au résultat inrse.
Pour cette raison et pour d'autres encore le lecteur ne doit pas s'empresser de conclure en ce qui concerne la politique pratique A  laquelle conduit notre thèse. Il existe de fortes présomptions d'un caractère général qui militent A  rencontre des restrictions commerciales quand elles ne sont pas justifiées par des raisons spéciales. Les avantages de la division internationale du travail sont réels et importants, quoique l'école classique les ait fortement exagérés. Le fait que l'avantage procuré A  un pays par une balance commerciale favorable se trou compensé par un préjudice égal causé A  un autre pays (fait dont les mercantilistes avaient pleinement conscience) ne signifie pas seulement qu'une grande modération est nécessaire afin qu'aucun pays ne se réser un stock de métaux précieux supérieur A  sa part légitime et raisonnable, mais encore qu'une insuffisante modération dans la poursuite d'une balance favorable peut déclencher une absurde compétition internationale, également préjudiciable A  tous (1)- Finalement une politique de restrictions commerciales, mASme au service de son but officiel, est une arme insidieuse, car les intérASts privés, l'incompétence des fonctionnaires et la difficulté intrinsèque de la tache peunt la détourner de son objet et lui faire produire des effets directement opposés A  ceux qu'on en attend.
Ainsi l'objet principal de notre critique, c'est l'insuffisance des bases théoriques de la doctrine de laissez-faire qui nous a été apprise et que nous avons enseignée durant de nombreuses années, c'est l'idée que le taux de l'intérASt et le montant de l'instissement se fixent d'eux-mASmes aux chiffres optima, de telle sorte qu'il faut avoir du temps A  perdre pour se préoccuper de la balance commerciale. Car on peut légitimement nous reprocher, A  nous autres professeurs d'économie politique, d'avoir fait preu d'une présomption augle en considérant comme une obsession puérile ce qui avait été pendant des siècles le but principal de l'action gournementale.
Sous l'influence de cette théorie erronée la Cité de Londres innta peu A  peu pour maintenir l'équilibre la technique la plus dangereuse qui se puisse imaginer, consistant A  faire varier le taux de l'escompte tout en imposant des parités de change rigides. Le sens de cette politique était qu'on renonA§ait complètement A  faire régner A  l'intérieur du pays le taux d'intérASt compatible ac le plein emploi. Comme on ne peut pas en fait négliger la balance des paiements, on laissa se délopper pour en assurer le contrôle un moyen qui, au lieu de préserr le taux d'intérASt intérieur, 1 ' abandonnait au jeu de forces augles. Les banquiers de métier A  Londres ont beaucoup appris au cours des dernières années, et il y a quelque espoir que, sous prétexte de défendre la balance commerciale, on n'emploiera plus jamais en Grande-Bretagne la technique du taux de l'escompte d'une manière qui, A  l'intérieur du pays, risque de créer du chômage.
Envisagée comme théorie de l'entreprise individuelle et de la répartition des produits résultant de l'emploi d'un volume donné de ressources*, la théorie classique a fourni A  la pensée économique une contribution incontesle. On ne saurait avoir des idées claires sur ce sujet sans l'avoir incorporée A  son appareil intellectuel. Nous ne songeons pas A  le nier lorsque nous appelons l'attention sur l'omission qu'elle a commise en méconnaissant la part de vérité contenue dans les théories antérieures. Mais en tant que guide de l'action des gournements, qui doint s'occuper des systèmes économiques dans leur ensemble et chercher A  employer au maximum la totalité des ressources de ces systèmes, il se peut que les méthodes des pionniers de la pensée économique des xvf et xvn* siècles aient abouti A  certains fragments de sagesse pratique que les abstractions si peu réalistes de Ricardo ont fait négliger d'abord et oublier ensuite. Il y avait de la sagesse dans leur extrASme préoccupation de maintenir un faible taux d'intérASt par les lois contre l'usure (sur lesquelles nous reviendrons dans la suite du chapitre), par la défense du stock monétaire intérieur et par la lutte contre la hausse de l'unité de salaire ; et aussi dans leur promptitude en dernier ressort A  dévaluer la monnaie de compte pour restaurer le stock monétaire chaque fois qu'un drainage irrésistible de monnaie rs l'étranger, une hausse de l'unité de salaire (1) ou toute autre cause l'avaient rendu sans contredit insuffisant.

Il est possible que les premiers pionniers de la pensée économique aient décourt leurs maximes de sagesse pratique sans avoir bien discerné les bases théoriques sur lesquelles elles reposaient. Nous allons examiner rapidement les motifs qu'ils donnaient et les pratiques qu'ils préconisaient. Le travail nous est grandement facilité par l'important ouvrage consacré par le Professeur Heckscher au Mercantilisme, ouvrage qui, pour la première fois, met A  la portée du grand public économique les traits essentiels qui ont caractérisé la pensée économique pendant deux siècles. Les citations suivantes sont pour la plupart empruntées A  ce livre (1).
1A° Les mercantilistes n'ont jamais cru que le taux de l'intérASt tendit A  se fixer automatiquement au niau adéquat. Ils affirmaient au contraire ac insistance qu'une élévation excessi de l'intérASt constituait le principal obstacle au déloppement de la richesse ; et ils avaient mASme compris que le taux de l'intérASt dépendait de la préférence pour la liquidité et de la quantité de monnaie, fis cherchaient A  la fois A  diminuer la préférence pour la liquidité et A  augmenter la quantité de monnaie ; plusieurs d'entre eux ont indiqué clairement que leur souci d'accroitre la quantité de monnaie était dû A  leur désir de faire baisser le taux de l'intérASt. Le Professeur Heckscher résume cet aspect de leur théorie dans les lignes suivantes :
A cet égard comme A  beaucoup d'autres la position des mercantilistes les plus perspicaces était dans certaines limites d'une clarté parfaite. La monnaie était A  leurs yeux ' pour user du langage actuel ' un facteur de production au mASme titre que la terre ; encore qu'elle fût parfois considérée comme une richesse - artificielle - par opposition A  la richesse - naturelle - ; l'intérASt du capital était un paiement pour l'usage de la monnaie et s'apparentait A  la rente du sol. Dans la mesure où les mercantilistes se sont efforcés de trour des raisons objectis A l'élévation du taux de l'intérASt'ce qu'ils firent de plus en plus au cours de cette période ' ils ont fait résider ces raisons dans le volume global de la monnaie. Parmi les nombreux matériaux dont on dispose, on ne choisit que les exemples les plus typiques pour démontrer en tout premier lieu combien cette idée fut durable, profonde, et indépendante de toute considération pratique.


Les deux protagonistes de la polémique qui, au début de 1620, s'instaura en Angleterre au sujet de la politique monétaire et du commerce des Indes Orientales étaient pleinement d'accord sur ce point. Gérard Malynes affirmait, en s'appuyant sur une argumentation minutieuse, que - l'abondance de la monnaie s'oppose au caractère usuraire des prix et des taux - (Lex Mer coloria et Maintenance of Free Trade, 1922). Son féroce et peu scrupuleux adrsaire, Edouard Misselden, répondait que - Le remède A  l'usure pouvait résider dans I" abondance demonnaie - (FreeTrade or the Meanes to makeTrade Ftorish, 1622). Parmi les écrivains marquants un demi-siècle plus tard, Child, le directeur tout puissant et le plus habile avocat de la Comnie des Indes Orientales, se demandait (1688) dans quelle mesure la limitation légale du taux de l'intérASt, qu'il réclamait ac insistance, contribuerait A  chasser d'Angleterre l'argent des Hollandais. Pour remédier A  cet inconvénient redoule il eut l'idée d'augmenter les facilités de transfert des lettres de change lorsqu'elles étaient employées en guise de monnaie. Par ce moyen, disait-il, - on pourrait certainement remplacer une bonne moitié du numéraire disponible pour les besoins du pays -. Un autre écrivain notoire, Petty, qui était entièrement étranger aux intérASts en présence, se trouvait d'accord ac le reste des auteurs pour expliquer par l'augmentation du stock monétaire la baisse - naturelle - de l'intérASt de 10 A  6 % (Political Arithmetik, 1676) et pour préconiser le prASt A  intérASt comme remède adéquat A  une abondance excessi de numéraire dans un pays {Quantulumcunque concerning Money, 1682).
Naturellement cette faA§on de pensern'était pas spéciale A  l'Angleterre. Quelques années plus tard (1701 A  1706) les négociants et les hommes d'étal franA§ais déploraient la disette existante des espèces, qui était cause de l'élévation du taux de l'intérASt ; et ils s'efforA§aient de faire baisser ce taux en accroissant la circulation monétaire (1).
Le grand Locke, dans sa controrse ac Petty (2), fut peut-AStre le premier qui ait exprimé en termes abstraits le rapport existant entre le taux de l'intérASt et la quantité de monnaie. A l'encontre de la proposition de Petty, qui voulait fixer un maximum au taux de l'intérASt, il soutenait qu'une telle limitation était aussi impossible que celle de la rente du sol, car - la valeur naturelle de la monnaie, qui repose sur son aptitude A  fournir un renu sous forme d'intérASt, dépend du rapport entre la quantité globale des espèces circulant dans le Royaume et le commerce total dudit Royaume (i. e. les ntes totales de toutes les marchandises) - (3). Locke explique que la monnaie a deux valeurs : elle possède une valeur d'usage mesurée par le taux de l'intérASt - et en cela elle a la mASme nature que la terre, le renu de l'une étant appelé Rente et celui de l'autre IntérASt -. Elle possède ensuite une valeur d'échange - et en cela elle a lanatured'une marchandise -,car sa valeur d'échange - est uniquement fonction du rapport entre d'une part l'abondance ou la rareté de la monnaie et de l'autre celles des marchandises ; elle ne dépend nullement du niau de l'IntérASt -. Locke est donc le père des doubles théories quantitatis. Il déclare d'abord que le taux de l'intérASt dépend de la proportion entre la quantité de la monnaie (compte tenu de sa vitesse de circulation) et la valeur totale du commerce. Il soutient ensuite que la valeur d'échange de la monnaie dépend de la proportion entre la quantité de la monnaie et le volume total des biens mis sur le marché. Mais, ayant un pied dans le monde mercantiliste et l'autre dans le monde classique (1), il ne parvient pas A  élucider la relation existant entre les deux proportions et il néglige complètement le fait que la préférence pour la liquidité peut varier. Cependant, il explique volontiers que la baisse du taux de l'intérASt n'a pas d'effet direct sur le niau des prix et qu'elle agit sur lui uniquement - dans la mesure où les variations de l'intérASt commercial entrainent des entrées ou des sorties soit de monnaie soit de marchandises, modifiant ainsi A  la longue la proportion existant en Angleterre entre leurs volumes respectifs -, ce qui revient A  dire que la baisse du taux de l'intérASt agit sur les prix uniquement dans la mesure où elle provoque une sortie de numéraire ou un accroissement de la production. Mais il ne semble jamais avoir procédé A  une vérile synthèse de ces différentes idées (2).
L'aisance ac laquelle la doctrine mercantiliste distinguait le taux de l'intérASt de l'efficacité marginale du capital ressort d'Une Lettre A  Un Ami au sujet de V Usure, dont le passage suivant (publié en 1621) a été cité par Locke : - L'élévation de l'intérASt ruine le commerce. L'avantage tiré de l'intérASt étant supérieur au profit A  attendre du commerce, les négociants les plus riches se retirent et transforment leurs actifs en créances tandis que les plus pauvres font faillite - Fortrey {England's Interest and Improment, 1663) nous offre un autre exemple de cette insistance A  affirmer que la faiblesse du taux de l'intérASt est un facteur d'augmentation de la richesse.
Les mercantilistes n'ignoraient pas que, lorsqu'une préférence excessi pour la liquidité détourne rs la thésaurisation les métaux précieux importés, le taux de l'intérASt n'en tire aucun avantage. Le désir de renforcer le pouvoir du Gournement a néanmoins amené certains d'entre eux (Mun, par exemple) A  préconiser la constitution d'un trésor d'état. Mais il en est d'autres qui ont combattu ourtement cette politique :
Schrôtter, par exemple, emploie les arguments habituels des mercantilistes, lorsqu'il brosse un sombre leau du prélèment qu'au-delA  d'une certaine limite l'augmentation du Trésor d'Etat opère sur les espèces en circulation et il élit aussi un parallèle parfaitement logique entre l'accumulation de trésors par les monastères et les exportations nettes de métaux précieux, qui étaient certainement A  ses yeux la pire chose qui se pût imaginer. Pour Danant l'extrASme pauvreté de maintes nations orientales, qui passaient pour avoir plus d'or et d'argent que tout autre pays du monde, s'expliquait par le fait qu'- elles supportaient que ces trésors restassent stagnants dans les coffres des princes - La thésaurisation de l'état étant censée avoir tout au plus une utilité douteuse et constituer sount un gra danger, il va sans dire que la thésaurisation privée était redoutée comme la peste. C ' es t une des tendances contre lesquelles d ' innombrables écrivains mer-cantilistes ont lancé leurs foudres, et nous ne croyons pas qu'on puisse trour une seule note discordante (1).
2A° Les mercantilistes n'ignoraient pas l'erreur qu'implique la faiblesse des prix ni le risque de détérioration des terme de l'échange* que crée dans un pays un degré excessif de concurrence. C'est ainsi que Malynes écrivait dans sa Lex Mercatoria (1622) : - Ne vous efforcez pas au détriment de la communauté de ndre meilleur marché que les autres sous couleur de délopper le commerce : le commerce ne se déloppe pas lorsque les marchandises sont très bon marché car la faiblesse des prix résulte de la modicité de la demande et de la rareté de la monnaie qui font le bon marché des choses ; c'est au contraire lorsqu'il y a abondance de monnaie et que les marchandises étant demandées deviennent plus chères, que le commerce se déloppe (2). - Le Professeur Heckscher résume ainsi ce chapitre de la doctrine mercantiliste :
Pendant un siècle et demi on a exprimé maintes et maintes fois cette opinion, en disant qu'un pays relatiment moins riche en numéraire que les autres est obligé - de ndre bon marché et d'acheter cher -
Cette tendance apparaissait déjA  dans l'édition originale du Discours de la Richesse Publique, c'est-A -dire au milieu du xvi" siècle. Haies disait en effet : - Et mASme si les étrangers ne prenaient que nos marchandises en échange des leurs, pourquoi leur serait-il permis de faire monter les prix des autres choses (ce qui signifiait les prix entre autres des choses que nous leur achetons), alors que nos marchandises sont pour eux très bon marché. Nous sommes donc lésés et les étrangers gardent l'avantage sur nous tant qu'ils nous ndent cher et nous achètent bon marché, de manière A  s'enrichir en nous appauvrissant. Aussi nous scmble-t-il préférable d'accroitre, comme on le fait maintenant, les prix de nos marchandises A mesure qu'ils accroissent le prix des leurs ; sans doute certains y perdent-ils, mais ils sont moins nombreux qu'ac l'autre méthode. -Sur ce point il recueillit quelques décennies plus tard (1581)1' adhésion pleine et entière de son éditeur. Au xvif siècle la mASme opinion reparut ac une importance sensiblement égale. Malynes estimait par exemple que les difficultés de l'époque résultaient de ce qu'il redoutait par-dessus tout : la sous-évaluation du change anglais A  l'étranger La mASme conception se retrouvait sans cesse A  cette époque. Dans Verbum Sapienti (écrit en 1665, publié en 1691) Petty soutenait que les efforts intenses pour accroitre la quantité de monnaie ne pourraient cesser que lorsque, en proportion arithmétique comme en proportion géométrique, l'Angleterre aurait un stock monétaire supérieur (si peu que ce soit) A  celui de toute autre nation voisine. Pendant la période qui s'écoule entre la rédaction et la publication de ce livre. Coke déclare : - Pourvu que notre trésor soit supérieur A  celui des nations voisines, peu m'importe qu'il tombe au cinquième de son montant actuel - (1675) (1).
3A° Les mercantilistes ont été les auteurs de la thèse qui fait résider les causes du chômage dans la - fuite devant les biens réels - et dans la rareté de la monnaie, thèse que deux siècles plus tard les classiques ont déclarée absurde.
Un des premiers cas où le chômage ait servi d'argument pour prohiber les importations se rencontre A  Florence en 1426 La législation anglaise sur ce point remonte au moins A  1455 Un décret franA§ais presque contemporain, qui date de 1466 et qui a été la base de l'industrie lyonnaise de la soie destinée A  denir si fameuse par la suite, est moins intéressant, car il n'est pas réellement dirigé contre l'introduction des marchandises étrangères. Mais il mentionne lui aussi la possibilité de donner du travail A  des dizaines de milliers de chômeurs des deux sexes. On voit combien A  l'époque cette idée était dans l'air
Cette quesûon comme la plupart des problèmes économiques et sociaux fut pour la première fois sérieusement discutée en Angleterre sous les règnes d'Henri VUI et d'Edouard VI, rs le milieu du xvi* ou plutôt un peu avant. A cet égard nous ne pouvons pas ne pas mentionner une série d'écrits qui semblent avoir été composés au plus tard rs 1530 et qui sont attribués au moins en ce qui concerne deux d'entre eux A  Clément Armstrong Il s'exprime par exemple de la faA§on suivante : - L'abondance des marchandises et des denrées étrangères introduites annuellement en Angleterre n'a pas seulement raréfié lamormaie, elle a encore ruiné tous les métiers grace auxquels la grande masse du peuple devrait trour du travail et en tirer l'argent nécessaire A  payer le boire et le manger, au lieu d'AStre réduite comme aujourd'hui A  vivre dans l'oisité, A  mendier et A  voler (1). -
Le plus bel exemple, A  notre connaissance, d'une discussion typiquement mercantiliste sur une situation de cette nature est le débat relatif A  la rareté de la monnaie qui eut lieu A  la Chambre des Communes en 1621, A  une époque où une crise gra était apparue, particulièrement dans les industries exportatrices de textiles. La situation fut exposée très clairement par un des membres les plus influents du Parlement, sir Edwyn Sandys. Il déclara que les fermiers et les artisans souffraient un peu partout, que les métiers étaient arrAStés par l'insuffisance de la monnaie circulant dans le pays, et que les paysans se trouvaient dans l'impossibilité d'exécuter leurs contrats, - non (grace A  Dieu) A  cause de 1 ' insuffisance des produits du sol, mais en raison du manque de monnaie -. Celte situation conduisit A  des enquAStes minutieuses pour savoir où avait pu aller la monnaie dont l'absence se faisait si sévèrement sentir. De nombreuses attaques furent dirigées contre quiconque était soupA§onné d'avoir contribué A  une exportation (non compensée par une importation) de métaux précieux, soit A  la disparition de ces métaux par suite d'activités équivalentes A  l'intérieur (2).
Les mercantilistes n'ignoraient pas que, suivant l'expression du Professeur Heckscher, leur politique - faisait d'une pierre deux coups -. - Le pays étaitd'abord débarrassé d'un excédent indésirable de marchandises, qui était censé produire du chômage, et ensuite le stock total de monnaie existant dans le pays se trouvait accru - (3), ce qui avait l'avantage de faire baisser le taux de l'intérASt
Il est impossible d'étudier les idées auxquelles les mercantilistes ont été conduits parleurs expériences concrètes, sans constater qu'au cours de toute l'histoire de l'humanité la propension A  épargner* a constamment tendu A  AStre plus forte que l'incitation A  instir*. La faiblesse de l'incitation A  instir a été de tout temps la clef du pro -blASme économique. Il est possible qu'aujourd'hui la raison de cette faiblesse réside dans l'importance des capitaux accumulés, alors qu'autrefois les risques et les dangers de toute sorte ont pu jouer un rôle plus important. Mais le résultat est le mASme. Le désir de l'indi -vidu d'augmenter sa fortune personnelle en s'abstenant de consom -mer est en général plus puissant que le motif de l'entrepreneur A  accroitre la richesse nationale en employant de la main-d'œuvre A  la création de richesses durables.
4A° Les mercantilistes ne se faisaient pas d'illusions sur le caractère nationaliste de leur politique et sa tendance A  favoriser la guerre.
C'étaient de leur propre au des avantages nationaux et une puissance relati qu'ils recherchaient (1).
Nous pouvons leur reprocher l'indifférence apparente ac laquelle ils acceptaient cette conséquence inévile d'un système monétaire international. Mais sur le intellectuel leur réalisme est bien préférable aux idées confuses des partisans contemporains d'un étalon-or international fixe et du laissez-faire en matière d'emprunts internationaux, pour qui ce sont précisément ces politiques qui serviraient le mieux la cause de la paix.



Car, dans une économie soumise A  des contrats libellés en monnaie et A  des habitudes plus ou moins immuables au cours d'un laps de temps appréciable, où le stock de monnaie et le taux d'intérASt intérieurs dépendent surtout de la balance des paiements, comme c'était le cas en Grande Bretagne avant la guerre, les autorités n'ont A  leur disposition qu'un seul moyen orthodoxe de lutter contre le chômage, c'est de créer un excédent d'exportations et d'importer le métal monétaire au détriment des nations voisines. On n'a jamais innté au cours de l'histoire de système plus efficace que celui de l'étalon-or' ou autrefois de l'étalon-argent ' international pour dresser les intérASts des différentes nations les uns contre les autres. Dans ce système en effet la prospérité intérieure de chaque pays dépend directement du résultat d'une lutte pour la possession des marchés et pour la satisfaction des besoins de métaux précieux. La compétition a pu AStre un peu moins apre A  certaines époques lorsque par un heureux hasard la production d'or et d'argent était relatiment abondante. Mais le déloppement de la richesse et l'affaiblissement de la propension A  consommer ont tendu A  la rendre de plus en plus meurtrière. Le rôle joué par les économistes orthodoxes, dont le bon sens n'a pas suffi A  triompher de la mauvaise logique, a été désastreux jusqu'au bout. Lorsque certains pays, dans leur effort augle pour se tirer d'affaire, brisèrent les chaines qui s'opposaient A  l'existence d'un taux d'intérASt autonome, ces économistes déclarèrent que le rélissement de ces chaines était la première étape obligatoire d'une reprise générale.
La vérité est précisément A  l'opposé. C'est une politique fondée sur un taux d'intérASt autonome, dégagé des préoccupations internationales et sur un programme d'instissement national propre A  rendre maximum le volume de l'emploi intérieur, qui est doublement bienfaisant, en ce sens qu'elle profite tout A  la fois au pays qui l'applique et aux pays voisins. Et c'est la mise en œuvre simultanée de ces deux politiques dans tous les pays qui peut restaurer dans le cadre international la santé et la force économiques, qu'on mesure celles-ci au montant de l'emploi intérieur ou au volume du commerce international (1).

Les mercantilistes étaient conscients de l'existence du problème sans avoir été capables de pousser assez loin leur analyse pour le résoudre. Les économistes classiques, au contraire, ont ignoré le problème du fait qu'ils avaient introduit dans leurs prémisses des conditions incompatibles ac son existence ; d'où le divorce entre les conclusions de la théorie économique et celles du bon sens. Ce fut une extraordinaire réussite pour la théorie classique de vaincre les croyances de l'- homme naturel - tout en étant fausse. Comme le dit le Professeur Heckscher:
- Si les idées essentielles relatis A  la monnaie et A  sa substance n'ont pas varié depuis les Croisades jusqu'au xvnf siècle, c'est qu'on se trou en présence de notions fortement enracinées. Peut-AStre mASme ces notions ont-elles persisté après cette période de cinq cents ans, mais ac beaucoup moins de force que les idées de "fuite devant les biens réels". Aucune époque autre que celle du laissez-faire n'a échappé A  l'empire de ces idées. Seule l'extraordinaire ténacité de l'idée de laissez-faire a pu triompher pour un temps des croyances en cette matière de l"'homme naturel" (2). D n'a fallu rien moins que la foi absolue des doctrinaires du laissez-faire pour faire oublier la "fuite devant les biens réels" (qui) dans une économie monétaire est l'attitude la plus normale de l'"homme naturel". Le libre échange niait l'existence de facteurs qui paraissaient évidents ; il était voué A  tomber en discrédit dans l'opinion de l'homme de la rue le jour où l'école du laissez-faire ne tiendrait plus les esprits enchainés A  son idéologie (3). -
Il nous souvient du complexe d'irritation et de perplexité que ressentait Bonar Law devant les économistes, négateurs d'évidence. Il était profondément troublé de ne pouvoir s'expliquer leur attitude. L'empire de l'école classique fait irrésistiblement songer A  celui de certaines religions, car il faut A  une idée plus de pouvoir pour vaincre l'évidence que pour introduire le mystère et le surnaturel dans les notions habituelles des hommes.

Reste un domaine connexe mais distinct où, pendant des siècles, voire pendant des millénaires, l'opinion éclairée a tenu pour certaine et évidente une doctrine que l'école classique a éliminée comme puérile. Cette doctrine, qui mérite d'AStre réhabilitée et considérée ac égards, est que le taux de l'intérASt ne se fixe pas de lui-mASme au niau le plus conforme A  l'utilité sociale, mais qu'il tend constamment rs un niau trop élevé, de telle sorte que la sagesse commande aux Gournements de le modérer par la législation et la coutume, voire en invoquant les sanctions de la loi morale.
La lutte contre l'usure est une des pratiques économiques les plus anciennes que l'histoire ait rapportées. L'Antiquité et le Moyen Age considéraient la paralysie de l'incitation A  instir sous l'effet d'une préférence excessi pour la liquidité comme le mal essentiel, l'obstacle principal au déloppement de la richesse. Et c'était bien naturel ; certains des risques et des hasards de la vie économique diminuent en effet l'efficacité marginale du capital tandis que les autres renforcent la préférence pour la liquidité. Par suite dans un monde que personne ne jugeait sûr, il était presque inévile que le taux de l'intérASt, A  moins d'AStre réduit par tous les moyens dont la société disposait, fût trop élevé pour rendre possible une incitation suffisante A  instir.
Nous avons été instruit dans la croyance que l'attitude de l'église du Moyen Age enrs le taux de l'intérASt était intrinsèquement absurde et que les argumentations subtiles visant A  distinguer le renu des prASts du renu des instissements actifs n'étaient que moyens jésuitiques pour échapper A  une théorie déraisonnable. Aujourd'hui ces argumentations nous apparaissent au contraire comme un honnASte effort intellectuel pour maintenir une séparation entre deux facteurs que la théorie classique a confondus d'une manière inextricable : le taux de l'intérASt et l'efficacité marginale du capital. Il semble clair maintenant que les traités des scolastiques avaient pour but de rendre intelligible une formule autorisant la courbe de l'efficacité marginale du capital A  se situer en des zones élevées tout en utilisant les règlements, la coutume et la loi morale pour maintenir l'intérASt A  un niau réduit.
Adam Smith lui-mASme s'est montré extrASmement modéré dans son appréciation des lois contre l'usure. Il savait bien que l'épargne individuelle peut AStre absorbée soit par les instissements soit par les prASts et qu'on est jamais sûr qu'elle troura un débouché dans les instissements. Au surplus il était partisan d'un intérASt faible pour accroitre les chances de l'épargne de trour un débouché dans l'instissement nouau plutôt que dans les prASts ; c'est pourquoi, dans un passage qui lui a valu d'AStre sévèrement pris A  partie par Bentham (1), il recommande une application modérée des lois contre l'usure (2). D'ailleurs les critiques de Bentham portent principalement sur la sévérité excessi qu'Adam Smith, écossais prudent, témoigne aux - pionniers - et sur le fait qu'un taux d'intérASt maximum ne laisse pas une marge suffisante pour la rémunération des risques légitimes et socialement utiles. "Par pionniers Bentham entend - les personnes qui, dans la poursuite de la richesse ou de tout autre but, s'efforcent, ac l'aide du capital, de frayer des voies noulles A  l'inntion. et surtout les personnes qui, dans l'ordre de leurs occupations quelles qu'elles soient, cherchent A  réaliser ce qu'on peut appeler une amélioration.. . Il s'agit en bref de toute application des forces humaines dans lesquelles l'ingéniosité ne saurait se passer de l'aide de la richesse -. A coup sûr, Bentham a raison de protester contre les lois qui empASchent de prendre des risques légitimes. - Dans ces conditions -, continue Bentham, - un homme ne cherchera pas A  distinguer entre les bons et les mauvais projets, il se tiendra A  l'écart de toute entreprise -(3).
On peut se demander si les lignes qui précèdent s'appliquent exactement A  ce qu'Adam Smith voulait dire. Ou bien les paroles de Ben-tham ne sont-elles pas plutôt la voix de l'Angleterre du xrxe siècle s'adressant A  celle du xvaf (bien qu'il les ait écrites au mois de mars 1787 de - Crichoff en Russie blanche -) ? Il a fallu toute l'exubérance économique qui a marqué l'age d'or de l'incitation A  instir pour faire oublier la possibilité théorique de son insuffisance.

Il convient de mentionner A  cette place l'étrange prophète Silvio Gesell (1862-l930), qui a été injustement méconnu. Son œuvre contient des éclairs de perspicacité pénétrante et il s'en fallut de peu qu'il n'atteignit le fond du problème. Pendant les années d'après-guerre ses disciples nous bombardèrent d'exemplaires de ses ouvrages ; mais, en raison de certains défauts manifestes de l'argumentation, nous fûmes très loin d'en découvrir le mérite. Comme cela arri sount dans le cas d'intuitions imparfaitement analysées, leur importance ne nous apparut clairement que lorsque nous fûmes arrivés par nos propres moyens A  des conclusions personnelles. Dans l'intervalle nous estimions, comme les autres économistes unirsitaires, que ses efforts profondément originaux ne méritaient guère plus d'attention que l'œuvre d'un déséquilibré. La plupart des lecteurs du présent ouvrage n'auront sans doute pas eu l'occasion d'apprécier l'importance des travaux de Gesell. Aussi leur accorderons-nous une place qui sans cela serait disproportionnée.
Gesell était un commerA§ant allemand prospère (1), installé A  Buenos Aires, n fut amené A  l'étude des problèmes monétaires parla crise des dernières années de la décennie 1880-l890, qui, en Argentine, fut particulièrement violente. Il publia A  Buenos Aires, en 1891, son premier ouvrage : Die Reformation im Miinzwesen als Briicke zum socialen Staat (2). Un livre intitulé Nervus Rerum, publié également A  Buenos Aires la mASme année, contient ses idées principales sur la monnaie. Maints autres livres et brochures suivirent, jusqu'en 1906, date A  laquelle il se retira en Suisse. Il avait alors une certaine aisance et put consacrer les dernières décennies de son existence aux deux occupations les plus agréables lorsqu'on n'a pas A  gagner sa vie : écrire et cultir la terre.
La première partie de son œuvre maitresse fut publiée, en 1906, aux Hauts Geneys, Suisse, sous le titre Die Verwirklichung des Rechtes auf dem vollen Arbeitserstrag (1), et la seconde partie en 1911, A  Berlin, sous le titre Die Neue Lehre vom Zins (2). Elles furent réunies dans un mASme ouvrage, publié A  Berlin et en Suisse pendant la guerre (1916) et édité six fois du vivant de l'auteur sous le nom de Die natùrliche Wirtschaftordnung durch Freiland und Freigeld (3) ; la traduction anglaise faite par M. Philip Pye a été intitulée The N attirai Economie Order. En avril 1919 Gesell entra dans l'éphémère Soviet de Bavière comme Ministre des Finances et fut ultérieurement traduit devant une cour martiale. Il passa les dix dernières années de sa vie A  Berlin et en Suisse et se consacra A  la proande. Attirant A  lui la ferur quasi religieuse dont Henry George avait jadis été l'objet, Gesell devint le prophète vénéré d'un culte groupant A  trars le monde des milliers de disciples. Le premier congrès international de la Ligue Suisse et Allemande pour l'affranchissement du sol et de la monnaie et des associations analogues existant en de nombreux pays se tint A  Bale en 1923. Depuis la mort de Gesell surnue en 1930 une grande partie de la ferur spéciale que suscitent les doctrines comme les siennes s'est portée sur d'autres prophètes (moins émi-nents A  notre avis). Le moument est dirigé en Angleterre parle Docteur Bûchi. dont les publications semblent d'ailleurs pronir de San Antonio, Texas ; son foyer principal est aujourd'hui aux états-Unis, où Irving Fisherest le seul économiste d'Unirsité qui en ait reconnu l'importance.
Malgré l'appareil prophétique dont ses disciples l'ont orné, le livre principal de Gesell est écrit dans une langue froide et scientifique, encore qu'il soit tout imprégné d'un amour de la justice sociale atteignant un degré de chaleur et de passion que d'aucuns jugent excessifs chez un savant. La partie qui déri de Henry George (4), bien que sans aucun doute elle ait beaucoup contribué A  la puissance du moument, est d'un intérASt tout A  fait secondaire. On peut dire que le but général du livre est de construire un socialisme antimarxiste, de lutter contre le laissez-faire en utilisant des raisons théoriques entièrement différentes de celles de Marx, puisqu'elles reposent sur la répudiation et non sur l'acceptation des hypothèses classiques, sur la pleine liberté de la concurrence et non sur son abolition. Nous estimons que l'anir aura plus A  tirer de la pensée de Gesell que de celle de Marx. Le lecteur qui se reportera A  la préface de The Natural Economie Order pourra apprécier la valeur morale de Gesell. C'est dans cette préface qu'il faut chercher A  notre avis la réponse au Marxisme.
La contribution propre de Gesell A  la théorie de la monnaie et de l'intérASt est la suivante. En premier heu il fait nettement la distinction entre le taux de l'intérASt et l'efficacité marginale du capital, et il soutient que c'est le taux de l'intérASt qui fixe une limite A  la vitesse d'accroissement du capital réel. Il montre ensuite que le taux de l'intérASt est un phénomène purement monétaire, que la particularité de la monnaie d'où le taux de l'intérASt monétaire tire son importance est que sa possession en tant que moyen d'entreposer la richesse impose seulement A  ceux qui la détiennent des frais de conservation négligeables, et que les richesses comportant des frais de conservation appréciables, comme les stocks de marchandises fournissent en fait un renu A  cause de la norme fixée par la monnaie. Il trou dans la silité relati du taux de l'intérASt A  trars les ages une preu que ce taux ne peut dépendre de facteurs purement physiques, car les variations des facteurs de cet ordre d'une époque A  l'autre ont été sans aucun doute infiniment plus fortes que celles qu'on obser dans le taux de l'intérASt ; ceci revient A  dire (dans notre langage) que le taux de l'intérASt, lequel dépend de facteurs psychologiques constants, est resté sle et que les facteurs très insles qui agissent en premier lieu sur la courbe de l'efficacité marginale du capital ont déterminé, non le taux de l'intérASt, mais la vitesse A  laquelle le taux de l'intérASt (qui dans une certaine mesure était donné) a permis au stock de capital réel de s'accroitre.


Cette théorie présente toutefois un gra défaut. Gesell démontre que c'est uniquement parce qu'il existe un taux d'intérASt de la monnaie qu'on peut obtenir un renu en prAStant des stocks de marchandises. Son dialogue entre Robinson Crusoé et un étranger (1) est une excellente parabole économique ' une des meilleures qu'on ait écrites A  l'appui de cette affirmation. Mais, une fois qu'il a donné la raison pour laquelle le taux d'intérASt de la monnaie, A  la différence de la plupart des taux d'intérASt de marchandises, ne peut AStre négatif, il ne voit nullement la nécessité de dire pourquoi ce taux d'intérASt est positif, et il ne parvient pas A  expliquer pourquoi ce n'est pas le rendement du capital productif qui gourne le taux d'intérASt de la monnaie (comme le soutient l'école classique). Car la notion de préférence pour la liquidité lui a échappé. Il n'a construit qu'A  moitié la théorie du taux de l'intérASt
C'est sûrement A  cause de ses lacunes que la théorie de Gesell n'a guère retenu l'attention des milieux unirsitaires. Pourtant il l'avait suffisamment approfondie pour aboutir A  une recommandation pratique qui, sans AStre applicable sous la forme qu'il a proposée, pourrait n'en contenir pas moins l'essentiel du remède nécessaire. Il soutient que le déloppement du capital réel est contrarié par le taux d'intérASt de la monnaie et que, en l'absence d'un tel obstacle, ce déloppement dans le monde moderne serait si rapide qu'un taux d'intérASt de la monnaie nul se trourait justifié sinon immédiatement du moins dans un délai relatiment court. Il importe donc avant tout d'abaisser le taux d'intérASt de la monnaie et Gesell montre qu'on y peut parnir en faisant supporter A  la monnaie des frais de conservation semblables A  ceux qui grènt les autres stocks de marchandises improductis. Ceci le conduit au fameux système de la - monnaie estampillée -, auquel on a surtout associé son nom et qui a été approuvé par le Professeur Irving Fisher. Dans ce système les billets en circulation (et il est clair qu'au moins certaines formes de monnaie de banque devraient AStre soumises au mASme régime) ne pourraient conserr leur valeur qu'A  la condition d'AStre revAStus chaque mois (comme une sectiune d'assurance) d'une estampille délivrée parles bureaux de poste. On pourrait bien entendu fixer le prix de l'estampille au chiffre connable. Selon notre théorie ce prix devrait AStre approximatiment égal A  l'excès du taux de l'intérASt de la monnaie (abstraction faite des estampilles) sur l'efficacité marginale du capital qui correspond au flux d'instissement nouau compatible ac le plein emploi. En fait, Gesell proposa un droit de 1 % par semaine, soit 5,2 % par an. Ce chiffre serait trop élevé dans les circonstances actuelles ; seuls des tatonnements pourraient indiquer le chiffre correct, lequel d'ailleurs devrait AStre modifié de temps A  autre.
L'idée sur laquelle repose la monnaie estampillée est juste. Il est possible qu'on trou le moyen de l'appliquer sur une échelle restreinte. Mais elle soulè de nombreuses difficultés que Gesell a ignorées. Il n'avait pas compris en particulier que la monnaie n'est pas la seule richesse assortie d'une prime de liquidité, qu'il n'y a qu'une différence de degré entre elle et beaucoup d'autres articles, et qu'elle tire son importance du fait qu'elle aune prime de liquidité plus forte qu'aucun autre article. Si les billets en circulation devaient AStre privés de leur prime de liquidité, toute une série de succédanés viendrait prendre leur place, monnaie de banque, créances A  vue, monnaies étrangères, pierreries, métaux précieux dans leur ensemble, etc. A certaines époques, ce fut sans doute, comme nous l'avons indiqué précédemment, le goût de la propriété foncière, abstraction faite de son rendement, qui contribua A  maintenir l'élévation de l'intérASt ' dans le système de Gesell ce phénomène serait rendu impossible par la nationalisation des terres.

Les théories que nous avons examinées ci-dessus concernent essentiellement l'élément de la demande effecti qui dépend d'un degré suffisant d'incitation A  instir. Ce n'est pourtant pas une nouauté d'attribuer le chômage A  l'insuffisance de l'autre élément, c'est-A -dire A  l'insuffisance de la propension A  consommer. Mais cette autre explication des maux économiques contemporains, également impopulaire auprès des économistes classiques, a joué un rôle bien moindre dans la pensée du xvi et du xvii siècles ; c'est seulement A  une date relatiment récente qu'elle a acquis de l'importance.
Bien que les doléances contre la sous-consommation n'aient été qu'un aspect secondaire de la pensée mercantiliste, le Professeur Heckscher cite un certain nombre d'exemples de ce qu'il appelle - la ferme croyance A  l'utilité du luxe et A  la nuisance de l'économie -. En fait, l'épargne était considérée comme la cause du chômage ; et ce pour deux raisons : - d'abord parce qu'on estimait que le renu réel diminuait A  concurrence du montant de monnaie qui n'entrait pas dans les échanges, ensuite parce que l'épargne était censée retirer de la monnaie de la circulation - (1). En 1598 Laffcmas (Les Trésors et Richesses pour mettre l'Estat en Splendeur) combattait les adrsaires de l'emploi des soieries franA§aises, parce que les acquéreurs de produits franA§ais de luxe procuraient aux pauvres des moyens de subsistance, alors que les avares les faisaient mourir de misère (1). En 1662, Petty justifiait - les fAStes, les spectacles somptueux, les arcs de triomphe -, etc. en arguant que leurs coûts entraient dans la poche des brasseurs, boulangers, tailleurs, bottiers et autres. Fortrey approuvait - la prodigalité dans le vAStement -. Von Schrôtter (1686) déploraitlcs lois somptuaires et souhaitait qu'il y eût plus de faste dans l'habillement et les autres éléments du train de vie. Barbon (1690) écrivait que la - Prodigalité est un vice préjudiciable A  l'Homme, mais non au Commerce - et que - l'Avarice est un vice préjudiciable A  la fois A  l'Homme et au Commerce - (2). En 1695 Cary soutenait que, si tout le monde dépensait plus, chacun aurait un renu supérieur et - pourrait vivre plus largement - (3).
Mais c'est la Fable des Abeilles de Bernard de Mandeville qui contribua le plus A  vulgariser l'opinion de Barbon. Ce livre fut déclaré subrsif par le Grand Jury de Middlesex en 1723, et sa réputation scandaleuse lui assigne une place marquante dans l'histoire des sciences morales. Un seul homme a dit un mot en sa faur, le Docteur Johnson, qui reconnait que l'ouvrage, loin de l'avoir embarrassé, - lui a grandement ourt les yeux sur la vie réelle -. L'analyse de Leslie Stephen dans le Dictionary of National Biography fera ressortir mieux que tout autre commentaire en quoi consiste l'- immoralité - du livre :
- Mandeville a causé un grand scandale en publiant ce livre, dans lequel un système moral cynique est rendu attrayant par d'ingénieux paradoxes Sa doctrine d'après laquelle la dépense contribue plus que l'épargne A  la prospérité s'accordait ac de nombreux sophismes économiques qui étaient en cours A  cette époque et qui n'ont pas encore entièrement disparu (4). En supposant ac les ascètes que les désirs humains sont essentiellement mauvais et partant qu'ils donnent naissance A  des "vices privés", puis en admettant l'opinion commune que la richesse est un "bienfait public", il démontre aisément que toute civilisation implique le déloppement de tendances vicieuses. -
La Fable des Abeilles est un poème allégorique - Les Murmures de la ruche ou les Fripons denus honnAStes -. L'auteur y dépeint la situation épouvanle d'une communauté prospère où brusquement, dans l'intérASt de l'épargne, les citoyens décident de renoncer A  la vie luxueuse et l'état d'arrASter les armements.
Aucun seigneur maintenant ne s'honore De vivre aux dépens de ses créanciers. Les livrées s'amassent chez les fripiers. On abandonne A  vil prix ses carrosses, On nd de magnifiques attelages. Et des villas pour rembourser ses dettes ; On fuit la dépense comme une faute ; On n'entretient plus d'armée au-dehors ; On rit de l'estime des étrangers. Comme de la vaine gloire des armes On se bat encore, mais pour le pays. Lorsque Droit et Liberté sont en cause.
Chloé la Hautaine
Retranche sur ses menus dispendieux Et porte un an entier la mASme robe.
Et quel est le résultat ?
Contemplez maintenant la Ruche illustre. Comment s'accordent Commerce et Vertu ? De son luxe il ne reste plus de trace ; Elle apparait sous un aspect tout autre. Car ceux qui faisaient de grosses dépenses Ne sont pas les seuls qui doint partir ; Les multitudes qu'ils entretenaient Sont forcées aussi chaque jour de fuir. C'est en vain qu'on cherche un autre métier ; Tous, ils sont également encombrés. Le prix des terres et des maisons s'effondre. Les palais enchantés, dont les murailles Comme celles de Thèbes avaient été Baties dans la joie, sont abandonnés. Dans la construction l'arrASt est total ; Les artisans ne trount plus d'emploi ; La peinture n'illustre plus personne ; On ne cite aucun sculpteur ni graur.
La - morale - est donc que
La Vertu seule ne peut faire vivre Les nations dans la Splendeur. Qui ut Ramener l'age d'or doit accueillir Egalement le Vice et la Vertu.
Par les deux passages ci-après, extraits du commentaire qui fait suite A  l'allégorie, on rra que celle-ci ne manquait pas de base théorique.
- Une sage économie, que d'aucuns appellent épargne, est dans les familles privées le moyen le plus sûr d'augmenter les patrimoines. Certains estiment que dans l'ensemble d'un pays, fertile ou non, la mASme méthode peut AStre appliquée et doit produire le mASme effet Ils pensent par exemple que les Anglais pourraient AStre beaucoup plus riches qu'ils le sont, s'ils étaient aussi économes que certains de leurs voisins. C'est A  notre avis une erreur (1). -
Mandeville conclut au contraire :
Tout l'art de rendre une nation heureuse et florissante consiste A  donner A  chacun la possibilité d'AStre employé. Pour y parnir, le premier souci d'un Gournement doit AStre de favoriser tous les genres de manufactures, d'arts et de métiers, que l'homme peut innter ; le second d'encourager l'agriculture et la pASche afin que la nature tout entière soit, comme l'homme, mise A  contribution. Car c 'est par cette politique et non par une futile réglementation de la prodigalité et de l'économie qu'on peut accroitre la grandeur et le bonheur des nations. Que la valeur de l'or et de l'argent croisse ou décroisse, la satisfaction des sociétés dépendra toujours des fruits de la terre et du travail des hommes ; lesquels forment ensemble un trésor plus sûr, plus inépuisable et plus réel que l'or du Brésil ou l'argent de Potosi.
Il n'est pas surprenant que des sentiments aussi perrs aient été flétris par deux siècles de moralistes et d'économistes, qui se sentaient beaucoup plus rtueux en possession de leur austère doctrine d'après laquelle, hors la pratique de l'épargne la plus stricte par les individus et par l'état, il n'existe pas de salut. - Les fAStes, les spectacles somptueux, les arcs de triomphe, etc. - de Petty firent place aux économies de bout de chandelle de la finance gladstonienne et A  un système politique qui - n'avait pas les moyens - de créer des hôpitaux, des esades ou de beaux batiments, ni mASme d'entretenir ses monuments anciens, ni encore moins de favoriser l'éclat de la musique et du théatre, toutes choses qu'on abandonnait A  la charité privée ou A  la munificence de particuliers imprévoyants.
Cette doctrine ne reparut dans les cercles respecles qu'un siècle plus tard, au cours de la dernière période de la vie de Malthus, lorsque la notion d'insuffisance de la demande effecti acquit une certaine importance parmi les explications scientifiques du chômage. Nous avons déjA  traité assez longuement cette question dans notre Essai sur Malthus (1 ). Il nous suffira donc de reproduire ici un ou deux passages caractéristiques, qui ont déjA  été cités dans ledit Essai.
- Dans presque toutes les parties du monde on voit d'immenses forces productis qui ne sont pas mises en œuvre ; nous expliquons ce phénomène en disant que, faute d'une bonne distribution des produits réels, il n "y a pas de motifs suffisants de continuer A  produire Nous affirmons expressément qu'un effort d'accumulation très rapide, qui implique une diminution considérable de la consommation improducti, doit, en affaiblissant grandement les motifs habituels de la production, entrainer un arrASt prématuré du déloppement de la richesse Mais, s'il est vrai qu'un effort d'accumulation très rapide provoque entre le travail et le profit un divorce assez profond pour anéantir presque complètement aussi bien le motif que le moyen d'accumuler davantage etpour supprimer par conséquent la possibilité d'entretenir et d'employer une population croissante, ne faut-il pas reconnaitre qu'un tel effort d'accumulation, ou en d'autres termes une épargne exagérée, peut causer A  un pays un réel préjudice (2) ?
La question est de savoir si cette stagnation du capital et la stagnation subséquente de la main-d'œuvre, due A  un accroissement de la production non accomné d'un accroissement suffisant de la consommation improducti chez, les propriétaires et les capitalistes, peut se produire sans nuire au pays, sans affaiblir le degré de bonheur et de prospérité qui eût existé si la consommation improducti des propriétaires et des capitalistes avait été assez proportionnée au surplus naturel de ressources de la société pour maintenir une parfaite continuité dans les motifs de la production et pour empAScher d'abord une élévation artificielle de la demande de main-d'œuvre, puis son fléchissement nécessaire et soudain. Mais, s'il en est ainsi, comment serait-il exact de dire que la parcimonie, qui est préjudiciable aux producteurs, ne peut AStre préjudiciable A  l'état ; ou que l'accroissement de la consommation improducti des propriétaires et des capitalistes n'est jamais le remède spécifique A  un état de choses caractérisé par l'affaiblissement des motifs A  produire (3).
Adam Smith a affirmé que la parcimonie déloppe le capital, qu'un homme économe est un bienfaiteur public et que l'accroissement de la richesse dépend de l'excès de la production sur la consommation. Que ces propositions contiennent une grande part de vérité, cela ne peut AStre contesté Mais il est bien évident qu'elles sont vraies seulement dans certaines limites, et que le principe de l'épargne, poussé A  l'extrASme, détruirait le motif de la production. Si chacun se contentait de la nourriture la plus simple, du vAStement le plus pauvre et de la maisonla plus humble, il estcertainqu'iln'existeraitpas d'autre solution denour-riture, de vAStemenini de maisons Les deux extrASmes sont évidents, il existe donc nécessairement un point intermédiaire, mASme si les moyens de l'économie politique ne permettent pas de le déterminer, où compte tenu de la capacité de production et de la volonté de consommer le motif A  accroitre la richesse est maximum (1).
De toutes les opinions que nous avons rencontrées chez des hommes intelligents et inntifs, celle de M. Say qui déclare qu'an produit consommé ou détruit est un débouché fermé (I. 1, chap. 15) nous semble la plus directement contraire A  une saine doctrine et la plus invariablement contredite par l'expérience. Cependant elle découle immédiatement de la théorie noulle qu'il faut consi





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