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ECONOMIE

L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία / oikonomía : « administration d'un foyer », créé à partir de οἶκος / oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et νόμος / nómos : « loi, coutume ») est l'activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services. L'économie au sens moderne du terme commence à s'imposer à partir des mercantilistes et développe à partir d'Adam Smith un important corpus analytique qui est généralement scindé en deux grandes branches : la microéconomie ou étude des comportements individuels et la macroéconomie qui émerge dans l'entre-deux-guerres. De nos jours l'économie applique ce corpus à l'analyse et à la gestion de nombreuses organisations humaines (puissance publique, entreprises privées, coopératives etc.) et de certains domaines : international, finance, développement des pays, environnement, marché du travail, culture, agriculture, etc.


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Discours des prix

Discours des prix : Economie Générale



Discours des prix
On me pardonnera de commencer ce recueil par ces deux exercices de style. Pour ma deuxième année d'enseignement, je suis chargé du discours de distribution des prix : j'y traite d'un thième majeur, la signification de la culture, le lien à l'emploi : c'est une relation qui se modifiera dans les décennies suintes. Furieux l'année d'après de me voir imposer à nouveau cette épreuve, j'y introduis l'ironie, mais aussi ce dualisme essentiel de l'homme et de sa représentation. On sent percer le philosophe déjà imprégné d'économie.



Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, Mes chers Amis,
Platon raconte dans son Phèdre que les premiers hommes qui entendirent le chant des Muses en oublièrent le manger et le boire, et dans leur ravissement se laissaient mourir sans y penser. Mais la divinité leur accorda cette faveur de les changer en cigales, qui se passent de nourriture et chantent du premier au dernier jour et du matin jusqu'à la nuit, tant qu'à leur mort elles deviennent les ambassadrices des hommes, en annonçant aux Muses qui parmi les mortels les a le mieux servies et aimées.
En songeant à l'extension de l'étude et de la culture que notre époque appelle et à quoi toute réforme de l'enseignement doit répondre, j'entrevoyais le moderne « Mythe des Cigales » d'une Société séduite par la pensée et la recherche, qui abandonnerait les traux nécessaires et se laisserait lentement mourir. Mais le péril est-il d'une forme si pure ? Aucune culture fût-elle totalement désintéressée, ceux qui la reçoivent ne le sont pas communément. L'enseignement qui s'attache du plus près à la pensée libérale n'est pas celui qui distribue le moins de diplômes. Et chacun d'eux est considéré comme un titre ou une créance, et la Société même, encore qu'elle y fasse rarement honneur, ne se dérobe pas sans le sentiment de manquer à ses obligations. Il semble même que les enfants du peuple n'entreprennent les études que par l'espoir de changer d'emploi. Aussi, l'instruction -t-elle se proer, chacun se sent désormais appelé à ces situations réputées les plus agréables ou les plus hautes. La Société ne comporterait-elle bientôt qu'une foule de spécialistes, mais pas de manœuvres ; ou des employés, mais pas d'ouvriers ; des ingénieurs, pas de main-d'œuvre ; des chefs d'entreprise, sans personnel ; des capitaines, mais sans armée ; des intellectuels, mais pas de producteurs ? Sans doute il est permis de suivre la riation parallèle d'autres phénomènes du monde social, et l'économiste suggère que la machine décharge l'homme ; le politique, que la main-d'œuvre s'importe aussi, et relaye ceux qui se sont élevés. Mais il reste un problème plus essentiel et plus profondément permanent, si nous sommes pris dans une contradiction intolérable entre le désir de donner à chacun le plus d'humanité possible et la nécessité d'assurer toutes les taches sur lesquelles la Société se fonde ; dans une alternative entre les exigences de l'Esprit et les besoins de la vie commune.
S'il est vrai que la division des fonctions sociales est aussi une inégalité des fonctions, le romancier Aldous Huxley, dans une anticipation riche d'humour sur la Société future, suggérait que l'infériorité fût inscrite, à l'aide d'injections pré-natales, dans la nature même des hommes qu'elle grève, de sorte qu'ils fussent dépourvus, non seulement de toute possibilité, mais du désir même de s'élever. Plus simplement, comme l'habileté et l'intelligence ne sont que des virtualités, et qu'elles ne se développent que si elles sont nourries, notre Société a jusqu'ici interdit à la plupart de ses membres toute ascension et tout espoir en leur refusant l'instruction, en les sevrant de la nourriture spirituelle. Est-il vrai que l'humanité ne survive qu'en atrophiant spirituellement le plus grand nombre des hommes eux-mêmes, et de quelque nom qu'on couvre la chose, qu'elle n'est possible que par l'esclage ?
Sans doute s'est-il toujours trouvé quelques clercs pour démontrer que le partage entre les privilégiés et les autres s'opérait selon la justice la plus profonde, qu'il n'était pas seulement le jeu accidentel de l'autorité et de la hiérarchie, qu'il répondait aux prédestinations naturelles. Mais est-ce notre faute si une obsertion même rapide a toujours révélé bien des esprits précieux que l'organisation sociale ait ensevelis, et bien des gens en place dont le mérite n'égalait pas les honneurs ? Aussi ne suffit-il pas de considérer l'équilibre entre le nombre des fonctions disponibles et le nombre de ceux qui sont appelés à les tenir ; et c'est un phénomène considérable, dont le plus froid des sociologues est obligé de tenir compte, que les hommes s'intéressent aussi à savoir qui tient telle fonction et qui tient telle autre, qu'ils sont moins prêts que jamais à perdre de vue les destinées individuelles et la justice. Si bien qu'il n'est pas un instant possible de retourner en arrière ; pour répartir justement les fonctions, il faut bien donner à tous les mêmes chances, c'est-à-dire leur offrir à tous la possibilité de l'étude. Et il est bien vrai que le problème angoissant se poser, comment ceux qui ont entrevu une situation meilleure et une carrière plus brillante pourront revenir à remplir toutes les taches dont la Société a besoin pour vivre.
Il est possible de décrire à l'ance la courbe du phénomène social qui se prépare. Si le nombre des candidats possibles dans un même domaine doit s'accroitre, si l'extension de la culture multiplie les sujets capables de tenir une même place, on n'échappera pas à la nécessité de faire un choix tout extérieur et tout absurde par le nombre des diplômes et par l'ordre du classement. Et ceux qui seront éliminés, et qui se sentaient si près de parvenir, on imagine assez bien leur désadaptation et leur rancœur. Mais on veut croire que la difficulté n'est que transitoire. Notre chance veut que l'impulsion humaine résiste, et peut-être que, selon le rythme ordinaire à ces sortes de problèmes, la solution ne viendra que d'avoir poussé plus ant les difficultés acceptées.





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