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ECONOMIE

L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία / oikonomía : « administration d'un foyer », créé à partir de οἶκος / oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et νόμος / nómos : « loi, coutume ») est l'activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services. L'économie au sens moderne du terme commence à s'imposer à partir des mercantilistes et développe à partir d'Adam Smith un important corpus analytique qui est généralement scindé en deux grandes branches : la microéconomie ou étude des comportements individuels et la macroéconomie qui émerge dans l'entre-deux-guerres. De nos jours l'économie applique ce corpus à l'analyse et à la gestion de nombreuses organisations humaines (puissance publique, entreprises privées, coopératives etc.) et de certains domaines : international, finance, développement des pays, environnement, marché du travail, culture, agriculture, etc.


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Les intellectuels de cour

Les intellectuels de cour : Economie Europeneana



Ils ont joué un rôle déterminant depuis quelques années dans la relance de l'idée de - culture européenne -. Depuis leur conrsion A  la démocratie pluraliste, récente puisqu'elle date de la parution en franA§ais de L'Archipel du goulag en 1974, ils ont décourt l'Europe et l'urgence de ce chantier intellectuel, culturel, apportant du mASme coup le - supplément d'ame - qui faisait défaut aux hauts fonctionnaires et hommes politiques qui - pataugeaient - dans les marécages des règlements et circulaires.



1 - La - conrsion - A  l'Europe

- Eurocrates de la dernière heure -, et moins fatigués que les pionniers de l'Europe, ils sont nus apporter la caution de l'Histoire, et montrer la filiation du projet actuel ac l'Europe culturelle du Moyen Age, ou celle du siècle des Lumières Après avoir, pour la plupart d'entre eux, boudé l'Europe depuis les années 45-50, puisqu'elle était identifiée A  un projet capitaliste, ils en ont retrouvé les charmes et les rtus. Et ce d'autant que leur rôle apparait aujourd'hui indispensable pour siliser ce noul édifice
VoilA  ce qui saute aux yeux quand on remarque le bruit fait depuis une petite di2aine d'années par certains hommes de culture autour de l'Europe, alors qu'il y eut un quasi-silence de ce milieu, pour ne pas dire pire, pendant plus d'une génération. La minorité des intellectuels favorables A  l'Europe dès les années 50 était étiquetée de - droite -, car favorable au capitalisme, aux Etats-Unis, au libéralisme politique, donc vouée aux gémonies, dans le contexte de guerre froide dominant entre 1947 et 1977. Pendant cette longue période où l'Europe comme projet politique et encore plus comme projet culturel n'avait guère de prestige, des milliers de fonctionnaires, totalement anonymes, sans prestige, construisaient patiemment les fondations de cette Europe économique du marché commun. Pendant le mASme temps, les élites culturelles ne manifestaient qu'indifférence ou critique, préférant innter les anirs des régimes communistes ou socialistes, que de s'occuper du rafistolage des -démocraties formelles-.
Le contraste est saisissant entre la manière dont une certaine - élite -, depuis une dizaine d'années, découvre l'Europe et se l'approprie bruyamment, A  trars colloques, missions, films, expositions, émissions de radio et de télévision, livres, et le grand nombre de collaborateurs obscurs qui, depuis la première heure, l'ont batie dans l'indifférence générale et très sount dans la suspicion.
On peut se réjouir de cette mobilisation qui donne A  l'Europe une sorte de légitimité. On peut aussi avoir une pensée pour tous ceux qui, bien avant la - mode de l'Europe -, ont essayé de mettre en marche cet autre - machin - comme aurait dit le général de Gaulle.
Il est difficile de comprendre le retournement d'attitude du monde culturel A  l'égard de l'Europe sans rappeler très brièment les zigzags de cette relation ambiguA« entre les deux mondes. Cette histoire serait d'ailleurs A  écrire, car elle est en quelque sorte l'enrs de la construction européenne. Ce ne sont certes pas quelques centaines de philosophes, juristes, sociologues, littérateurs, hommes de télévision, de théatre qui auraient suffi A  faire ou défaire l'Europe, liée d'abord A  la volonté farouche des hommes politiques issus de la guerre et des élites modernisatrices. Mais l'évolution de ces élites, surtout dans un pays comme la France, n'a pas été sans influence sur la manière dont l'Europe s'est inscrite dans l'espace public.
Il s'agit ici de quelques jalons très rapidement avancés; le mASme travail devrait AStre fait dans les différents pays européens. On saisirait alors les ressemblances et les différences dans l'attitude des élites culturelles A  l'égard de l'Europe.
D'abord est-il possible de parler des - intellectuels - ? Bien sûr que non. Le vocable unit des catégories trop différentes. La définition fluctue dans le temps ' ainsi que la composition de ce groupe.
Son unité résulte plutôt dans la manière dont la presse en parle plutôt que dans la manière dont celui-ci se représente et rendique cène identité. Autrement dit, dès le départ, la catégorie de l'intellectuel s'inscrit dans une logique de publicité et d'espace public, c'est-A -dire dans une relation sociale.
Un intellectuel, tel que l'affaire Dreyfus l'a symbolisé, est un professionnel de la culture qui décide de prendre publiquement position sur un ou des problèmes de société ou de politique ne relevant pas forcément de sa compétence professionnelle. Cette interntion publique se fait au nom de la légitimité acquise antérieurement dans la sphère professionnelle. Il faut donc une triple condition pour denir - intellectuel * au sens où on l'entend dans nos démocraties.
Avoir une compétence dans le domaine de la science ou de la culture qui soit reconnue par la communauté des pairs.
Décider d'internir régulièrement et publiquement sur les problèmes de société ou de politique.
Soutenir des positions la plupart du temps contradictoires ac le discours dominant du moment.
Il faut une compétence professionnelle, une volonté d'internir et la capacité A  tenir des positions parfois minoritaires. Il s'agit d'une superbe tradition qui existe depuis les philosophes franA§ais du xvin' siècle, et la démocratie, en bien et mal, doit beaucoup au silence, A  l'engagement, et aux erreurs des intellectuels depuis le début du siècle. Il n'y a pas d'intellectuels sans cette double condition : s'adosser A  une discipline, un savoir, une tradition cogniti liée A  la communauté scientifique, culturelle ou littéraire, et un engagement dans un processus de prise de parole publique.
Pas d'intellectuel en tout cas sans cette alliance un peu bizarre entre la connaissance, qui renvoie A  l'échelle étroite de la communauté professionnelle, et la communication, qui renvoie A  celle du grand public. Le rôle des intellectuels est vraisemblablement appelé A  se délopper, ac le rôle des médias et de la démocratie, dans des proportions qui varient selon les pays. La France est sans doute - le premier producteur et exportateur mondial - de ce groupe social très particulier.
Au sein du monde culturel, scientifique ou académique, on remarque en tout cas que si une petite minorité de professionnels fait le pas pour denir publiquement intellectuelle, la plupart restent modestes dans l'unirs de leur stricte compétence.


Il est clair qu'il y a une histoire politique de la relation des intellectuels A  l'Europe : il y a en effet toujours eu, surtout depuis la guerre de 1914, et en réaction contre ses horreurs, une minorité d'intellectuels farouchement favorables A  l'Europe, par anti-nationalisme et pacifisme. De Romain Rolland A  Stefan Zweig, Denis de Rougemont ', Georges Bataille, Paul Valéry, la tradition est nette quoique minoritaire.
Le renfermement du modèle communiste sur lui-mASme A  panir des années 30 a limité cette tradition A  gauche comme A  droite, où la montée du fascisme italien et allemand a réduit les rASs d'uni-rsalisme des années 1918-l925. Ce milieu s'appuyait sur la Société des nations et se divisait, dans un clivage qui n'a pas changé, entre les partisans d'une confédération de nations, où chaque nation aurait gardé son génie, et les partisans plus radicaux d'une fédération européenne qui aurait permis d'éradiquer le virus nationaliste. Les débats furent vifs et passionnants entre 1920 et 1935, préurant ceux des années 50- Après la guerre, et ac le début de la guerre froide (1947), s'instaura une coupure radicale entre les intellectuels de droite et ceux de gauche. Dans l'ensemble, seuls les premiers sont restés réellement en contact ac l'Europe de l'Est, A  la fois par solidarité anticommuniste, par volonté de maintenir une unité culturelle de l'Europe artificiellement coupée par le rideau de fer, et pour perpétuer les traditions d'une communauté internationale, artistique et culturelle où les artistes et les intellectuels de Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie jouaient un grand rôle 2.
Les intellectuels de gauche se sont assez rapidement coupés de ces contacts. D'autant que la plupart d'entre eux, A  l'Ouest, étaient assez fascinés par le communisme. C'est donc presque sur une - base politique - qu'une bonne partie des intellectuels de gauche européens s'est coupée de la communauté culturelle et intellectuelle de l'Europe de l'Est, denue -trop droitière- puisque l'écrasante majorité de celle-ci, non seulement fut hostile au communisme, mais le paya très cher, parfois de sa vie.
Pour l'intelligentsia de gauche européenne, et tout particulièrement franA§aise, l'hostilité du milieu culturel de l'Europe de l'Est au communisme symbolisait une - réaction de classe -, identifiée A  cette bourgeoisie tant détestée. D'autant que les régimes communistes n'eurent guère de difficultés A  faire émerger une -noulle - classe d'intellectuels, favorable au régime. L'hostilité au communisme de l'écrasante majorité des intellectuels de l'Est, surtout après 1950, les rendirent donc suspects aux yeux de leurs collègues de l'Ouest. Ceux-ci, conforlement installés dans le régime capitaliste libéral, étaient mieux placés pour savoir où était - le sens de l'histoire - On a, hélas, oublié ce que fut la violence idéologique de la guerre froide, les intellectuels de gauche maniant l'excommunication ac une telle violence que chacun était sommé de choisir son camp. Il fallait A  l'époque, aux belles heures du stalinisme, et bien plus tard encore, beaucoup de courage pour défendre le modèle de la démocratie libérale. Oser affirmer la supériorité idéologique de ce système par rapport au - socialisme - était dangereux. Très peu osaient le faire. Très peu osaient également prétendre l'économie capitaliste plus efficace que l'économie collectiviste ifiée. Depuis les années 80, l'unirs mental, culturel, politique et économique du communisme s'est tellement effondré, que l'on a du mal, surtout pour les plus jeunes, A  réaliser l'atmosphère de guerre civile qui régna en Europe de l'Ouest dans le domaine de la culture, de l'unirsité et du monde intellectuel.
Dans ce contexte, fort peu d'intellectuels s'intéressèrent a la CECA (1951) et au Marché commun (1957), si ce n'est pour y dénoncer une machine de guerre contre le communisme et une manœuvre de l'impérialisme américain pour asseoir sa domination sur l'Europe de l'Ouest. Dans le combat dominant de l'époque, -classe contre classe-, toute défense de l'idée de -marché commun - traduisait un alignement sur les théories réactionnaires impérialistes. Fort peu d'intellectuels A  l'époque, sauf ceux qui, tel Raymond Aron, - acceptaient - d'AStre étiquetés réactionnaires, osaient prendre partie en faur de - l'Europe du capital -. Il suffit de se sounir des slogans du parti communiste pour les premières élections du Parlement européen au suffrage unirsel en 1979 pour avoir une petite idée de la violence idéologique qui exista 30 et 20 ans auparavant.
Le succès du thème du tiers-monde, entre Bandung (1955) et les années 80, dans le milieu intellectuel, accentua le désintérASt et cette hostilité A  l'égard de l'Europe et du Marché commun. Comment s'intéresser au rafistolage du capitalisme en Europe quand on voyait les ravages de ce mASme impérialisme dans les pays du tiers-monde ? Le plus court chemin pour désiliser la tASte de l'impérialisme, le capitalisme en Europe si magnifiquement identifié au charbon et A  l'acier, n'était-il pas de soutenir les luttes de libération anticolonialistes et anti-impérialistes du tiers-monde ' ? Les élites moder-nisatrices qui, patiemment, dans l'indifférence générale des opinions publiques et des gournements, batirent pied A  pied l'Europe économique entre 1952 et 1975 devaient se sentir bien seules.
Il est d'ailleurs A  leur honneur de ne pas crier aujourd'hui au détournement de valeurs, quand elles se voient - doublées - par les conrtis de la dernière heure qui les accusent, en plus, de technocratie En oubliant tout simplement que ces technocrates obéissaient A  des pouvoirs démocratiques, et auraient sans doute préféré trour un peu plus d'intérASt et de reconnaissance de la part de ces élites intellectuelles qui affichaient un réel mépris pour ces - rafisto-leurs - du capitalisme. On devine le chemin parcouru en trente ans. L'effondrement du marxisme, sous la pression des faits, des dissidents, de Mai 68, de l'effondrement des mythes du tiers-monde et du - socialisme réel » des anciennes colonies, a provoqué un renrsement idéologique complet. Mais très tardif, entre 1975 et 1985 selon les pays. La Chine, qui semblait avoir remplacé le soleil corrompu du socialisme scientifique soviétique, mit quelque temps A  denir elle-mASme un soleil couchant.
Après quelques mois de crise silencieuse, rarement accomnée d'autocritique publique, une partie de ce que l'on appelle, selon une spécialité bien franA§aise, les - intellectuels de gauche - se conrtit a la démocratie pluraliste, au point d'oublier le rôle qu'avaient joué, en faur de cette mASme - démocratie bourgeoise -, tous les autres intellectuels. A commencer par ceux de » droite -, si longtemps vilipendés. Le thème des - droits de l'homme -, longtemps de - droite -, devint mASme le symbole de la reconrsion de la gauche, symbolisé par le soutien aux accords d'Helsinki (1975) puis A  tous les héros du goulag superbement ignorés pendant cinquante ans .


La démocratie pluraliste denait presque une valeur de gauche. Et ac elle, l'Europe trouva enfin une légitimité. A partir des années 80, non seulement l'Europe devint légitime, mais elle apparut mASme comme - la - grande anture politique, la seule anture politique. Quitte A  passer sous silence le travail entrepris par tous ceux qui n'avaient pas attendu cette reconrsion pour trour dans l'Europe - la grande anture du xx' siècle -.
De critiques absolus, une bonne partie de ces intellectuels en devinrent les apôtres, pour ne pas dire les idéologues.
Au point que, depuis cinq A  sept ans, les colloques, revues, rencontres, initiatis de tous genres ne cessent de se multiplier. Le mot - Europe - est mis A  toutes les sauces. Ac urgence. On retrou d'ailleurs la mASme urgence en faur de l'Europe aujourd'hui que celle qui prévalait il y a trente ans pour le socialisme. Le mASme impérium, les mASmes certitudes, les mASmes pressions. En un mot heureusement que les intellectuels sont arrivés pour donner le sens de ce que les autres faisaient, sans le savoir. On peut dire que l'Europe assurera une rente de situation A  certains, comme le tiers-monde en avait assuré une auparavant.
S'il est difficile d'élir des pourcentages, on peut cependant essayer de dégager trois groupes dans les intellectuels qui ont pris position sur l'Europe.
Un petit quart d'entre eux est depuis toujours favorable A  l'Europe et ce groupe rassemble presque toutes les familles politiques, libérales, centristes ou socialistes, ac peut-AStre plus d'intellectuels dits de droite que de gauche.
Une moitié d'intellectuels plutôt de - gauche -, hier hostiles, se sont conrtis A  l'Europe au fur et A  mesure de l'effondrement des autres utopies, et au fur et A  mesure des réalisations institutionnelles de l'Europe.
Une minorité depuis toujours est hostile A  l'Europe pour des raisons de gauche ou de droite. A gauche, contre le modèle trop libéral du projet; A  droite, par peur de la perte d'identité nationale.
Pourquoi insister sur la dimension politique de l'engagement intellectuel ? Pour deux raisons. D'abord, parce que la vie intellectuelle, contrairement aux apparences, ou A  l'image d'Epinal, est toujours politisée, et dans tous les pays on sait A  peu près comment se distribuèrent les intellectuels, dans les familles politiques. Comme toutes les autres catégories socioculturelles d'une nation. Ensuite parce que l'Europe, depuis les années 1945, et mASme avant, a toujours été abordée sur un mode politique. Ce n'est que maintenant, A  la limite, ac le consensus en faur de la démocratie pluraliste, et le consensus en faur de l'Europe, qu'il y a un certain unanimisme, dont il ne faut cependant pas exagérer la force.
Les deux principales disciplines convoquées A  la - mise en valeur - de l'Europe sont l'histoire et la philosophie; elles seules ont assez de - panache - pour faire une cavalcade dans les siècles et trour des filiations, des sources, des continuités et des traditions lA  où les autres disciplines, plus modestement, s'interdisent de tels raccourcis.


2 - Le couple intellectuel-technocrate


Le plus étonnant dans la situation actuelle est le renrsement du rapport technocrates-intellectuels. Depuis une génération, les seconds n'avaient pas eu de mots assez durs contre les premiers, aujourd'hui ils en deviennent les partenaires, presque les idéologues. Pourquoi ? Parce que les technocrates un peu essoufflés et fatigués par cette construction de plus en plus compliquée de l'Europe butent sur l'histoire. Il leur manque une philosophie, un récit de l'histoire qui donne un - sens - et qui lè les critiques dont ils sont de plus en plus l'objet. C'est exactement ce que leur apportent ces mASmes intellectuels, en mal de terrain. Et c'est ainsi que Bruxelles se remplit tout doucement d'unirsitaires ou d'experts qui apportent le - sens a–  politique, philosophique, juridique et historique qui manquait A  ce grand combat. Les technocrates ont enfin le sentiment d'entrer dans l'histoire. Quant aux intellectuels, qui cherchaient un nouau combat politique, ils sont ravis d'apporter le sens qui manquait A  des acteurs dépourvus de - perspecti -.
Et voilA  l'Europe presque dirigée par le nouau couple technocrate-intellectuel, au point mASme de se demander parfois comment les premiers ont pu si longtemps travailler et innter sans les précieux conseils historiques, philosophiques, des seconds. Les économistes qui jouent un rôle important sont A  cheval entre les deux légitimités, certains basculant du côté des - experts -, d'autres restant au niau des théories économiques et des modèles, d'autres enfin rejoignant les hautes sphères des perspectis historiques.
Ce n'est pas tant la - reconrsion - qui pose problème, que l'absence d'autocritique dont elle s'est accomnée, et surtout l'absence d'hommage rendu A  ceux qui se sont battus si longtemps sans attendre les conrtis de la dernière heure. Le - sens de l'histoire - a changé, l'- histoire - elle-mASme a changé, mais ce qui n'a pas changé c'est finalement l'existence d'une - avant-garde - qui sait où est le sens de l'histoire.
Les intellectuels restent finalement les seuls -spécialistes- de l'histoire, les hommes politiques étant denus plus modestes. Ils sont également denus spécialistes de la démocratie et tout particulièrement de la démocratie européenne, passant d'un colloque A  un festival pour souligner la grandeur historique, philosophique ou culturelle de l'Europe. Le fond a changé, mais pas la forme visible aujourd'hui dans la véhémence ac laquelle sont dénoncés les dangers du nationalisme et du fanatisme religieux qui menacent l'Europe, comme s'ils étaient les seuls A  voir ces dangers. Comme pour mieux les dénoncer et se trour encore A  l'avant-garde.
L'idéologie - européenne * domine, comme hier l'idéologie - antieuropéenne -. Au lieu de voir, par exemple, le problème qui est au centre de ce livre, A  savoir le décalage entre les attentes et les expériences des élites et celles des citoyens, ac le risque de conflit qui peut en résulter, les intellectuels, dont c'est - le métier -, ne disent pas grand-chose. Pire, ils endossent l'idéologie moderniste et dénoncent ceux qui ont peur de l'Europe ou y sont hostiles. Sans essayer de comprendre et d'expliquer, ce qui est habituellement le rôle de l'unirsitaire. Sans se rappeler que la plupart d'entre eux, il y a vingt ans, étaient tout aussi hostiles A  l'Europe.
Le plus gra sans doute est l'absence de vision de la rupture qu'introduit la mise en place de l'Europe démocratique. Fort peu voient la discontinuité, la plus grande partie continue de raisonner ac des catégories d'analyse d'il y a quarante ans.
Un exemple ? L'us et abus de la référence A  ce que serait la grande tradition de l'Europe, le - cosmopolitisme -. Qui a priori peut AStre dans le milieu intellectuel hostile A  l'idée de cosmopolitisme? N'est-ce pas la spécificité de la culture d'AStre cosmopolite ? L'Europe ne se définit-elle pas avant tout par son cosmopolitisme ? Rien ne parait plus * conservateur -, surtout en ces périodes de repli nationaliste, que de refuser la valeur émancipatrice du cosmopolitisme. Mais s'il suffisait de proclamer les - grandeurs de l'Europe cosmo-politique - pour que celle-ci le soit, cela se saurait. Et si aujourd'hui le cosmopolitisme, c'est-A -dire le mélange des identités, des cultures, des styles, fait peur, cela signifie simplement que le contexte a changé. Le cosmopolitisme n'a plus le mASme sens dans un unirs ourt que dans un unirs fermé. Hier le cosmopolitisme européen de certaines villes du bassin méditerranéen (Salonique, Istanbul, Smyrne, Beyrouth ') était sount le fruit chèrement payé de luttes antérieures pleines de haines. Ce fruit A  payer ne se comprenait que par rapport A  des systèmes sociopolitiques fermés. Le cosmopolitisme caractérisait certaines villes, certains milieux, ethniques ou religieux, certaines classes sociales bien particulières. Il correspondait A  des points de fixation d'une tradition d'ourture et de respect mutuel, au sein de systèmes sociopolitiques par ailleurs parfaitement réactionnaires. Bref, le cosmopolitisme était d'autant plus vivant qu'il était limité. Cela ne retire rien A  sa grandeur, mais permet simplement de situer l'échelle où il se trouvait. Le cosmopolitisme, qui joua un rôle si fondamental entre l'Orient et l'Occident, les Slas, les Latins et les Saxons, les orthodoxes, les juifs, les musulmans et les catholiques, était minoritaire dans l'Europe médiévale, féodale puis moderne.


Rien A  voir ac la situation d'aujourd'hui, où tout a changé : l'espace s'est ourt; les sociétés communiquent entre elles et le modèle démocratique prévaut partout. A la limite, c'est l'Europe qui A  grande échelle est denue cosmopolite. Rien A  voir donc entre le cosmopolitisme d'hier et celui d'aujourd'hui '.
Transposer ainsi un thème littéraire et culturel hors de son contexte historique, pour l'importer dans un tout autre contexte, pose plus de problème qu'il n'en résout. En appeler au - cosmopolitisme de l'Europe - sans tenir compte des réalités de sociétés ourtes, aux frontières repoussées, où les multiples processus d'intégration économiques, sociaux, politiques créent le sentiment d'une certaine promiscuité peut AStre mASme irresponsable. L'Europe est cosmopolite et de manière plus démocratique qu'elle ne le fut jamais. Le problème n'est donc pas lA . Il est exactement inrse : que faire pour répondre au moument culturel profond de méfiance pour ne pas dire de rejet A  l'égard de - l'autre - qui se manifeste dans une société totalement ourte? Pour le moment chacun souhaite plutôt se protéger de l'autre que de s'en approcher. Et rien ne sert d'agiter la tradition cosmopolite de l'Europe pour remédier au phénomène actuel de repli. Bien sûr, l'Europe sera l'occasion d'un nouau cosmopolitisme, mais cela ne se décrète pas. C'est le mASme phénomène que pour l'espace public. Il n'y a pas continuité entre le cosmopolitisme d'hier et celui d'aujourd'hui car la réalité historique a changé. La mASme difficulté se retrou ac une référence fréquemment utilisée dans les milieux littéraires et culturels, celle de - l'Europe de l'Esprit -. Celle-ci existait hier quand la proximité des langues, des valeurs, des références, permettait A  la minorité culturelle européenne de se retrour par-delA  les frontières. L'Europe de l'Esprit, comme le cosmopolitisme, existait d'autant plus que les sociétés étaient par ailleurs fermées. Nous sommes aujourd'hui dans une situation radicalement différente. Non seulement tout est ourt, mais surtout cette - élite >» européenne n'existe plus. La démocratisation de l'enseignement, l'augmentation considérable des savoirs et des connaissances, ainsi que leur spécialisation ont eu raison de l'esprit -encyclopédique- qui caractérisait l'Europe de l'Esprit. C'est, d'une certaine manière, comme pour le cosmopolitisme : l'Europe dans sa totalité est denue l'Europe de l'Esprit. Ce fait est en réalité beaucoup plus mobilisant et optimiste que la référence vaguement nostalgique et délicieusement élitiste qui sommeille dans l'expression - Europe de l'Esprit -.
Le paradoxe est que l'on est beaucoup plus exigeant et critique A  l'égard des hommes politiques, qui ont la tache redoule d'agir sans grande marge de manœuvre, qu'A  l'égard des intellectuels exonérés de la redoule responsabilité de l'action. Croire que le rôle des élites est aujourd'hui identique A  celui qui était le leur, il y a un siècle, du temps du capitaine Dreyfus, ac simplement plus de publicité grace aux médias est faux. C'est n'avoir pas compris le changement introduit par l'idée de légitimité populaire. C'est mASme d'une certaine manière la nier. Et la difficulté A  comprendre, pour les intellectuels, la rupture introduite par la démocratie égalitaire fait un peu écho A  la mASme difficulté, rencontrée chez les technocrates. Les uns et les autres sont favorables A  la démocratie. A condition de la guider. C'est peut-AStre lA  qu'il faut voir l'origine de l'étrange alliance nouée entre les ennemis d'hier et les amis d'aujourd'hui, les - techno - et les - intello -. Mais c'est du côté du public que le respect naturel A  l'égard des intellectuels a changé. Il n'est plus systématique.
Il faudrait ici nuancer ce que l'on appelle - discours des intellectuels -, car il dépend des individus et des disciplines. Les professionnels des sciences sociales qui travaillent concrètement dans le ici et maintenant sont plus précis et plus modestes. Autrement dit, on peut s'attendre dans l'anir A  un conflit entre plusieurs discours tenus sur l'Europe, opposant les - intellectuels prophètes -, grande spécialité franA§aise ', et les - intellectuels critiques -, ou tout simplement les discours tenus par les différentes sciences sociales, plus attentis A  la complexité et la fragilité des sociétés.
Il est probable d'ailleurs qu'après la phase d'- instissement idéologique - de l'Europe, il y aura des scissions et des conflits, au sein mASme des différentes disciplines sur lesquelles s'appuie le discours européen. De plus les expens et les technocrates, après avoir été séduits par l'effet de légitimation dont ils sont l'objet, trouront peut-AStre la concurrence d'autant plus rude qu'ils ont une antériorité dans l'analyse et l'action sur l'Europe. En un mot, la conrsion d'une bonne partie des intellectuels A  la cause de l'Europe démocratique ne garantit pas un retour de l'opinion A  leur égard.





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