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ECONOMIE

L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία / oikonomía : « administration d'un foyer », créé à partir de οἶκος / oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et νόμος / nómos : « loi, coutume ») est l'activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services. L'économie au sens moderne du terme commence à s'imposer à partir des mercantilistes et développe à partir d'Adam Smith un important corpus analytique qui est généralement scindé en deux grandes branches : la microéconomie ou étude des comportements individuels et la macroéconomie qui émerge dans l'entre-deux-guerres. De nos jours l'économie applique ce corpus à l'analyse et à la gestion de nombreuses organisations humaines (puissance publique, entreprises privées, coopératives etc.) et de certains domaines : international, finance, développement des pays, environnement, marché du travail, culture, agriculture, etc.


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Les idées économiques au moyen age

Les idées économiques au moyen age : Economie Générale



La tradition indidualiste du droit romain, la tradition - socialiste - des socratiques, les analyses d'Aristote sur la monnaie, l'échange, la chrématistique et le prASt A  intérASt, voilA  ce que l'Antiquité laisse en fait d'idées économiques. Avec la Bible hébraïque et alexandrine, prolongée du Nouveau Testament et des commentaires patristiques, ce seront les sources des idées économiques médiévales. Fervents de la méthode d'autorité (modus authenticus), les penseurs du Moyen Age invoqueront sans cesse leurs sources. Ils chercheront A  faire la synthèse de tous ces legs hétérogènes qu'ils ont pASle-mASle recueillis. Ils y auront souvent du mal. Parfois le heurt des traditions opposées fera jaillir la lumière ; non moins souvent il engendrera d'inextricables confusions, qui rendront difficilement intelligibles les idées économiques de cette époque.


La cilisation médiévale n'est pas exclusivement religieuse, au sens où l'était la cilisation judaïque. On y distingue le - naturel - du - surnaturel -, et le - temporel - du - spirituel -. Mais au Moyen Age les écrivains sont des clercs, et leurs préoccupations sont avant tout religieuses. MASme la science humaine ' c'est-A -dire presque exclusivement la philosophie ' est subordonnée A  la science sacrée et orientée vers des préoccupations apologétiques ou spirituelles. Philosophia ancilla theologiae (1 ) : c'est dans le sens de cette maxime que réagit l'Eglise chaque fois que des influences païennes, arabes, ou juives contemporaines ennent pimenter la philosophie de quelque saveur profane. Les philosophes de l'Antiquité posaient des problèmes économiques avec des préoccupations surtout politiques, en fonction de la Cité. Les théologiens du Moyen Age pensent A  l'homme, A  sa vocation naturelle, ordonnée A  sa vocation surnaturelle. Ainsi, tandis que Platon et Aristotc, pour maintenir l'équilibre politique, voulaient restreindre le nombre des naissances, le Moyen Age considère toute augmentation de la population comme un bien, parce qu'il croit A  la valeur de chaque e humaine. Et le Moyen Age réhabilite le travail, méprisé de l'Antiquité classique qui le réservait aux esclaves. Plus encore que dans l'ancienne Loi juive, le travail est honoré par la religion du fils du charpentier Joseph. Mais pour ce qu'il a en soi de sain, d'humain, de méritoire, plutôt que pour ses résultats productifs. Dans l'optique médiévale, le travail lui-mASme est une actité inspirée. L'enrichissement n'est pas une fin que l'on se puisse proposer sans danger pour l'ame. Les grands types humains du Moyen Age, ce sont ceux du moine, du chevalier, du croisé, du saint. Nous n'en sommes pas encore au pionnier de Carey, A  l'entrepreneur de Jean-Baptiste Say ! (2) Les auteurs médiévaux ne s'occuperont de l'actité économique qu'incidemment, et souvent par le biais de la casuistique. C'est ainsi qu'ils ne construiront une théorie de la propriété que pour définir le péché de vol. Il ne s'agit point pour eux de découvrir les normes d'une politique économique propre A  augmenter la puissance des rois ou le bien-AStre des sujets ' moins encore de connaitre les relations économiques avec un mobile de pure curiosité scientifique ; mais de dicter aux confesseurs la liste des cas dans lesquels ils doivent réprimander les pénitents, et parfois aux princes les mesures qu'ils doivent édicter pour conformer la loi cile A  la morale naturelle. C'est long, le Moyen Age. C'est grand, cette Chrétienté sans frontières. La pensée y est riche et diverse, comment l'enfermer en un unique schéma ? Longtemps d'abord, comme l'a montré Pirenne, l'Antiquité. l'Empire romain se survent, déclinant lentement. en plein Moyen Age. Les Pères de l'Eglise et les premiers théologiens médiévaux affirment la loi chrétienne de charité, mais ne l'opposent guère au droit cil indidualiste, qu'ils se préoccupent peu de réformer. Cependant les invasions sarrasincs et normandes portent un coup A  l'économie médiévale. Alors la e deent presque exclusivement rurale. C'est l'économie fermée de la lla carolingienne. Le droit romain n'est point fait pour AStre le droit du manoir. Il décline devant le droit canon, qui s'élabore en cette ambiance de régression économique. Cependant, au XIIe siècle, on observe une goureuse poussée de progrès matériel : les lles renaissent, et les métiers artisanaux et les foires, et les institutions monétaires et bancaires. Sous l'influence de l'Ecole bolonaise des glossateurs, le droit romain connait un immense renouveau d'intérASt, cependant que Gratien rédige sa célèbre collection de textes du droit canonique. Mais aussi, par l'intermédiaire des philosophes juifs (Maïmonide) et arabes (Acenne, AverroA«s), la pensée païenne des anciens ent rénover l'enseignement des universités. On lit Platon ; Aristote est traduit en latin. On ne connaissait guère que sa Logique. Voici que l'on découvre ' après 1200 A  Paris, ' sa Physique, sa Métaphysique, son Ethique, sa Politique. C'est déjA  une renaissance, et nous en pourrions discerner plusieurs, ' distinctes, successives, rapprochées ' au cours du xmc siècle. Mais tandis que sur le philosophique, l'influence naturaliste des péripatéticiens déchaine des audaces novatrices contre quoi réagissent l'Eglise et les théologiens orthodoxes, au contraire l'aristotélisme économique, hostile A  la chrématistique, ent appuyer une tendance rétrograde. Les argumentations du - Philosophe - sur l'échange et le prASt A  intérASt serront A  fonder rationnellement les positions traditionnelles du droit canon, A  les défendre contre la pression d'une économie en progrès, et contre les institutions du droit romain dont l'extension des échanges appelle le retour. Les théologiens du XIIIe siècle exécuteront d'abord ce premier mouvement de réaction sur le des principes. Et puis, ils se retourneront vers les faits : ils élaboreront alors toute une série d'ingénieuses constructions, destinées A  concilier la thèse avec les besoins d'une pratique de plus en plus exigeante.
C'est au xii siècle principalement que nous tenterons de saisir au vol quelques-unes des disputes de morale économique qui se sont poursuies tout au long du Moyen Age. Et, parmi les théologiens, nous nous adresserons surtout ' au mépris de tout souci d'originalité ' A  saint Thomas d' Aquin. Eclectique il inclut d'une certaine faA§on tous les autres. Sa Somme est un peu celle des connaissances et des opinions de son temps. Il ne manque nullement de hardiesse, mais ce n'est pas un auteur d'avant-garde. Comme le catholicisme môme, il accueille et harmonise en la Vérité tout ce que la Révélation, la raison naturelle, les diverses traditions antiques et l'observation des faits lui peuvent offrir de lumières.


Prenons sa doctrine de l'échange. Le point de départ est un cas de conscience : Est-il permis de vendre une chose plus qu 'elle ne vaut ? Mais le moyen de répondre A  une telle question sans définir la valeur ? Economiste sans le savoir et sans l'avoir voulu, saint Thomas s'embarque bravement dans la discussion, armé d'Ulpien, d'Aristote, et des Evangiles. Le - Philosophe - a dit que la cause de la valeur est dans le besoin (indigentia) que nous avons des choses ; saint Thomas et tous les scolastiques, Buridan en particulier, professent ' comme nous dirions aujourd'hui ' une théorie psychologique de la valeur. Ils dissertent A  l'en sur la rtuosités (utilité commune, objective), la placabilitas (utilité particulière pour un indidu) et la raritas (dont leur notion déjA  est psychologique, et presque walrasienne) (3). Seulement le besoin, en fin de compte, est quelque chose de subjectif. Si la valeur devait se mesurer sur le besoin, chaque chose aurait autant de valeurs différentes qu'il y aurait d'indidus. Or il faut A  nos théologiens un prix objectif unique, incontesle, qui s'impose moralement aux parties. Et c'est ainsi qu'ils vont se trouver conduits A  voir dans le coût de production ' c'est-A -dire, A  cette époque, essentiellement dans le travail ' la norme du - juste prix -. Sans méconnaitre l'importance de cette inflexion que les auteurs du Moyen Age font subir A  la théorie d'Aristote, n'allons point nous hater de les ériger en précurseurs de la théorie de la valeur-travail de Ricardo ou de Marx (4). Entre les deux conceptions. il y a peut-AStre quelque obscur lien de filiation historique, non point une identité profonde. Saint Thomas est innocent de l'erreur scientifique de la valeur-travail. Le juste prix n'est pas la valeur. Le point de vue des scolastiques est moral.. Il s'agit pour eux de donner des directives aux confesseurs embarrassés. Ce qu'ils veulent atteindre pour la condamner, c'est l'exaction particulière, la tromperie (saint Thomas lui consacre de longs développements), ou toute autre espèce d'abus de la situation de vendeur dans ce que nous appellerions aujourd'hui des marchés partiellement monopolistiques. La référence au juste prix, c'est la référence A  un prix objectif quelconque : le prix légal si les prix sont réglementés ; le prix coutumier (communis aestimatio) ; peut-AStre aussi ce que serait le prix d'équilibre sur un marché vaste et parfait (les scolastiques en ont sans doute quelque obscure intuition). Le coût de production mesuré en travail leur apparait comme un substrat de tout cela, donc un indice commode pour déterminer pratiquement le juste prix de faA§on A  peu près satisfaisante. Et tout se passe en fin de compte comme si, A  une théorie scientifique héritée d'Aristote et qui fonde la valeur sur le besoin, ils superposaient une doctrine morale qui justifiat le revenu par le travail.
Quoi qu'il en soit ' l'argument décisif est ici, chez saint Thomas, le précepte évangélique de ne pas faire aux autres ce que l'on ne voudrait point qu'ils vous fissent ' c'est un péché de vendre les choses au-dessus de leur valeur. Mais alors tout profit commercial est condamné ? Si les choses ont une valeur objective, peut-on faire un profit sans acheter les choses au-dessous de leur valeur, ou les revendre au-dessus de leur valeur, ou les deux A  la fois ? Ainsi raisonnent beaucoup d'auteurs médiévaux. Par exemple, un manuel franA§ais du confesseur, du xinc siècle, déclare que - la huitième branche de l'avarice est le trafiquage - par lequel on peut pécher de sept faA§ons : la première, - c'est de vendre les choses aussi cher que l'on peut, et de les acheter aussi bon mar ché que possible -. Le Moyen Age, qui a réhabilité le travail méprisé dans l'Antiquité, n'est pas plus qu'elle favorable au commerce. On rappelle sans cesse que Jésus a chassé les vendeurs du Temple. On oppose, pour les lipender, aux artes productivae les artes pecuniativae : (la ebrématistique d'Aristote). Saint Thomas lui-mASme professe que le commerce a en soi quelque chose de honteux (quandam lurpitudinem habet). Mais saint Thomas est napolitain, et Naples A  cette époque a son Colbert : Frédéric II. Il n'est point dans la manière du docteur angélique de condamner ce qui est utile, nécessaire, naturel : la morale authentique doit pouvoir AStre vécue et, vécue, permettre de réaliser l'épanouissement des personnes et des sociétés. A la question : A-t-on le droit, dans le commerce, d'acheter bon marché et de vendre cher ? saint Thomas répond bien - non - en principe (il y a des textes de saint Jean Chrysostome et de saint Jérôme !). Mais tout de suite il remarque que le bénéfice peut rémunérer légitimement un travail de transformation opéré par l'intermédiaire, et le transport de la marchandise. Et le commerA§ant peut encore légitimement réaliser un gain, A  condition que ce soit pour assurer sa e et celle de sa famille, ou mASme pour faire de bonnes œuvres. En fin de compte il semble que seul reste condamné le désir du gain illimité pour des fins avaricicuses ou égoïstes. Nous avons l'impression d'une dérobade. C'est nous peut-AStre qui avons tort. Comme les auteurs du Moyen Age cherchent A  résoudre des cas de conscience et non pas des problèmes économiques, n'est-il pas naturel qu'ils mASlent A  l'examen de la licéité objective des actes celui de la pureté des intentions de l'agent ?


Il n'empASche que le concile du Latran, en 1179, interdit aux prAStres d'accepter les aumônes des usuriers, c'est-A -dire ' dans le langage du Moyen Age ' de tous ceux qui prAStent A  intérASt (5). C'est une curieuse histoire que celle de la doctrine médiévale de l'usure. L'Antiquité classique laisse ici au Moyen Age deux traditions opposées : la doctrine d'Aristote hostile au prASt A  intérASt, et le droit romain, qui l'organise sous le nom de foenus. Il y a en outre la Loi de Moïse : nous l'avons vu, elle fait de l'interdiction du prASt A  intérASt entre Hébreux une sorte de règle de solidarité nationale, en mASme temps que l'une des pièces de l'appareil institutionnel de silisation de la répartition des fortunes et des terres. Il fallait solliciter les textes pour invoquer le Nouveau Testament. On n'y manqua point. La version de saint Luc du Sermon sur la Montagne dit : - Si vous prAStez A  ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Des pécheurs aussi prAStent A  des pécheurs, afin de recevoir l'équivalent. Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prAStez sans rien espérer en retour, et votre récompense sera grande - Mutuum date, nihil inde sperantes. C'est sur ce conseil de charité que pendant tout le Moyen Age on échafaudera de subtiles et interminables discussions de droit naturel.
Mais d'abord les Pères de l'Eglise vont en tirer un enseignement moral. Chez les Pères, la doctrine de l'intérASt est intégrée A  celle de la charité. Demander un intérASt A  l'emprunteur ' lequel n 'emprunte que parce qu'il est dans le besoin (les Pères n'ont en vue que le prASt A  la consommation) ' c'est - spéculer sur l'indigence du prochain - (saint Basile) ou encore - demander au pauvre des accroissements de richesses, comme si on voulait qu'un sein stérile fût fécond - (saint Grégoire de Nysse). Le mieux serait de ne réclamer pas mASme la restitution du capital ! Emprunter, n'est-ce pas une manière discrète de demander l'aumône ? L'intérASt est cruel A  l'emprunteur ; pour le prASteur, il est méritoire d'y renoncer. Les Pères prASchent : plus tard seulement l'Eglise légiférera.
Elle commencera dès le IVe siècle par interdire le prASt A  intérASt aux clercs. Ce n'est lA  du reste qu'un aspect de l'interdiction qui leur est faite en général d'exercer le commerce. Il ne s'ensuit pas nécessairement que le prASt A  intérASt soit considéré dès cette époque comme un péché. Les clercs, après tout, ne peuvent pas non plus se marier. Exigence d'une plus grande perfection, non point prescription de la stricte morale. C'est A  l'époque carolingienne que l'interdiction de l'usure s'étend aux laïcs, comme en d'autres domaines aussi se compénètrent alors leur statut et celui des clercs ; comme alors aussi les deux pouvoirs, le spirituel et le temporel, se confondent au maximum. Les invasions sarrasines et normandes ont arrASté le commerce maritime au Nord et au Sud. les derniers vestiges du capitalisme antique s'évanouissent, la monnaie disparait presque ; la e sociale se replie sur la terre, dans la lla. En une telle société le prASt A  intérASt ne saurait représenter autre chose qu'un moyen d'exploiter les pauvres. La loi ent l'interdire tandis que, des mœurs ordinaires, il disparait naturellement.
Cependant aux xi et xii siècles, quand les Normands sont fixés, les échanges reprennent ; un essor économique se dessine. La construction des églises et les croisades font renaitre les besoins de capitaux monétaires ' tandis que la rareté du numéraire rend prédominante la situation des prASteurs. L'Eglise alors réagit contre eux. Au milieu du xii siècle. Gratien compile tous les textes relatifs A  l'usure, et fixe la solution classique du droit canon : nec laicis nec clericis liceal usuram exigere. Et tandis que l'extension des échanges tend A  répandre la pratique du prASt, la législation contre les usuriers s'aggrave sans cesse, jusqu'au concile œcuménique de Vienne, qui en 1311-l312 taxe d'hérétiques les adversaires de la prohibition. La législation cile suit la législation canonique, continuant toutefois de tolérer l'intérASt dans certaines lles, A  l'occasion de certaines foires, et de la part des Lombards, des Cahorsins, et surtout des Juifs.
Telle est l'ambiance législative et pratique dans laquelle les théologiens, d'Albert le Grand A  saint Thomas d'Aquin, ont essayé de construire une doctrine rationnelle du prASt A  intérASt. Comme les Pères, ils s'appuient sur le Pentateuque et sur saint Luc, ils invoquent la charité chrétienne. Mais ils ne s'en tiennent pas lA . A l'autorité de la Révélation, ils mASlent celle des Anciens ; aux arguments scripturaires, des arguments philosophiques et juridiques. Et ce mélange ne sera point fait pour rendre plus claire leur doctrine ! Mais de quel magnifique sens de l'unité de la vérité, de quelle sereine confiance en la nécessaire convergence de toutes ses sources authentiques ils nous donnent lA  le témoignage !


II s'agit de prouver que l'usure n'est pas seulement contraire A  la charité, mais au droit naturel. Aristote a déjA  professé cette thèse : la fonction de la monnaie est de circuler, l'argent ne fait pas de petits. Ici les scolastiques n'ont qu'A  répéter leur auteur. Mais le droit romain, lui, ne condamne pas le prASt A  intérASt. 11 va falloir le réfuter avec ses propres armes. Avec plus de rtuosité dialectique que de force convaincante, ' du moins A  nos modernes yeux ' c'est ce que vont tenter les scolastiques. Le droit romain dislingue deux sortes de contrats : d'une part, le commodat ou prASt de biens durables (une maison, une terre) : et, d'autre part, le mutuum ou prASt de biens fongibles et consomptibles par le premier usage (du blé, du n, de l'argent). Les biens de la première catégorie sont tels que l'on en peut tirer indéfiniment des serces périodiques : il est donc possible d'en céder l'usage pendant un certain temps (contre un loyer, un fermage) tout en restant propriétaire du capital. Au contraire, les biens de la seconde catégorie ne peuvent serr qu'une fois. On n'en saurait user sans les détruire. Il n'est donc point possible d'en céder l'usage, sans en céder en mASme temps la propriété. De par la nature mASme des biens sur lesquels il porte, le mutuum opère un transfert de propriété. Réclamer un intérASt pour le n ou l'argent prASté, c'est demander A  l'emprunteur le prix de l'usage d'une chose qui par le mutuum est devenue sienne. Exiger le remboursement du capital, et en plus un intérASt, c'est faire payer d'une part la chose, et d'autre part son usage, alors que les deux se confondent. Exactement comme si, après avoir vendu une maison, on prétendait encore toucher un loyer de l'acheteur. Et voilA  le grand argument, inlassablement répété avec toutes les subtilités verbales imaginables par les scolastiques. La doctrine médiévale de l'usure, ou quand les théologiens se mettent A  jouer avec les armes des juristes
D'autres arguments consciencieusement numérotés ennent encore A  la rescousse. Invoque-t-on le risque pour justifier l'intérASt ? Saint Thomas répond que le mutuum transfère le risque A  l'emprunteur. Si je donne A  bail ma maison et que ma maison brûle, je supporterai la perte : res périt domino. Mais si je prASte de l'argent et que cet argent ent A  AStre volé, l'emprunteur n'en devra pas moins me rembourser. Au fond c'est encore lA , sous une autre forme, l'argument précédent.
Mais voici plus intéressant : un certain nombre de scolastiques, et saint Thomas en particulier ' si c'est bien A  lui qu'il faut attribuer l'opuscule De Usuris, qu'A  vrai dire certains interprètes regardent comme apocryphe ' semblent marcher A  la rencontre des théories les plus modernes de l'intérASt (6). C'est ainsi qu'ils analysent l'usure comme le - prix du temps -. Mais le temps, ajoutent-ils, appartient A  Dieu : il n'est pas licite aux hommes de se le faire payer. Et si le prASt est productif, interrogent-ils. sollicités A  travers les siècles par l'ombre de von Wieser ? (7) Il ne peut l'AStre, répond saint Thomas, que par le travail de l'emprunteur : le prASteur, qui ne participe ni au travail ni au risque, ne doit rien toucher. Que l'on ne s'y trompe pas toutefois : ce n'est pas le revenu du capital que condamnent les scolastiques, mais seulement l'intérASt de l'argent prASté. Ils n'ont point frayé les chemins tant battus au xix' siècle par les socialistes contempteurs des - revenus non gagnés -, de l'- aubaine - de Proudhon. Le loyer de la terre est d'eux incontesté. Et précisément ce qu'ils cherchent, c'est, pour les proclamer injustes, A  n'en distinguer radicalement les arrérages des prASts d'argent (8).
S'ils se montrent inflexibles sur la condamnation de l'usure en principe, les scolastiques n'en sont pas moins ouverts aux nécessités que révèle la pratique. Au fur et A  mesure qu'elle se fait plus pressante, ils s'ingénieront consciencieusement A  inventer d'honnAStes subterfuges pour réintroduire la chose sans sacrifier la thèse. D'abord si le prASt A  intérASt est interdit, le contrat de société ne l'est pas : l'obligation est condamnée, non la commandite ni l'action. Puis voici la théorie des - titres extrinsèques - : le damnum emergens (si le prASt entraine une perte pour le prASteur, il s'en peut faire indemniser) ; puis le lucrum cessons, longtemps discuté (cas où le prASteur subit, du fait du prASt, un manque A  gagner) ; le périr culum sortis, moins facilement admis encore (le prASteur pourrait toucher une prime de risque) ; enfin le titulum legis : ce dernier rejeté par la majorité des auteurs. Les - titres extrinsèques - légitiment la perception par le prASteur d'une indemnité A  laquelle on donne le nom d'intéressé, pour l'opposer A  Vusura. En étirant un peu ces - titres extrinsèques -, on pourrait y découvrir tous les éléments de la théorie moderne de l'intérASt.
Tandis que la doctrine progresse de la sorte, la pratique invente sans cesse de nouveaux artifices pour tourner la prohibition. Le plus célèbre est le contractus trinus (contrat d'association assorti d'un double contrat d'assurance).
Les doctrines médiévales sont ouvertes, attentives aux faits nouveaux, bienveillantes aux besoins des hommes autant que scrupuleuses et respectueuses des traditions. MASme sans la Réforme, Aristote, A  travers l'Eglise chrétienne, n'eût point brisé cette grande vague d'essor qui déjA  soulève la e et bientôt la pensée économiques, au crépuscule du Moyen Age.





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