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ECONOMIE

L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία / oikonomía : « administration d'un foyer », créé à partir de οἶκος / oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et νόμος / nómos : « loi, coutume ») est l'activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services. L'économie au sens moderne du terme commence à s'imposer à partir des mercantilistes et développe à partir d'Adam Smith un important corpus analytique qui est généralement scindé en deux grandes branches : la microéconomie ou étude des comportements individuels et la macroéconomie qui émerge dans l'entre-deux-guerres. De nos jours l'économie applique ce corpus à l'analyse et à la gestion de nombreuses organisations humaines (puissance publique, entreprises privées, coopératives etc.) et de certains domaines : international, finance, développement des pays, environnement, marché du travail, culture, agriculture, etc.


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Il suffirait d'y croire

Il suffirait d'y croire : il suffirait d y croire




À quoi nous sert de connaitre les lois de l'économie ? Il serait temps de se poser la question, n'est-ce pas ? Vous m'excuserez de us air entrainés sur ce long parcours avant de l'air posée. Mais il faut toujours souffrir de gravir un sommet avant de sair si le point de vue valait tant d'efforts. L'économie est comme une citadelle qui garde jalousement son éventuel trésor derrière de hautes murailles, murailles de concepts, de mécanismes, de théories, autant d'obstacles à surmonter avant de sair quel trésor on est venu chercher.


Alors on comprend le dépit de certains étudiants qui, après des années de microéconomie, de macroéconomie, d'économétrie, en viennent à se dire que la montagne a accouché d'une souris, que le coffre est vide. En fait de trésor, ils se retrouvent parfois la tête farcie d'hypothèses surréalistes et de théorèmes fictifs qui ne leur permettent ni de comprendre le monde réel ni de converser utilement avec leurs camarades historiens ou sociologues. Nous espérons les air aidés à éviter cette désillusion en racontant l'histoire d'une autre économie - que nous tenons pour la « vraie » - qui nous parle bien de notre ète et non d'un univers imaginaire, et autant que faire se peut dans une langue accessible à tous.
Connaitre les vraies lois de l'économie nous évite aussi de tomber dans le piège d'un anti-économisme à la mode qui oppose une raison humaniste, écologiste ou autre à la raison économique, et qui répand l'illusion que l'économie s'opposerait à la justice et à la démocratie. Nous ans montré que le vrai résultat de la pensée économique est exactement inverse : la justice et la démocratie y apparaissent comme les conditions d'une économie vraiment efficace et raisonnable. Qui plus est, la raison économique, en exigeant un contrôle efficace des décisions publiques, appelle à une démocratie bien plus forte et plus réelle que les régimes oligarchiques que nous ans l'habitude de qualifier abusivement de « démocraties ».
Mais certains n'hésitent pas à caricaturer des siècles de pensée économique, n'en retenant que les modèles les plus abscons et les plus contestés par une grande partie de la profession (à commencer par ceux qui vendent cette caricature), à seule fin de livrer à la foule un coupable fabriqué sur mesure pour maximiser leurs droits d'auteurs, à sair : une économie mathématique, irréaliste, ultralibérale, antipolitique et antisociale. Le fait que cette économie-là domine en effet les départements de macroéconomie des facultés anglo-saxonnes, et de nombreux suiveurs à travers le monde, n'enlève rien à cette évidence qu'elle est le plus souvent contraire à ce qu'élit en réalité la science économique. La critiquer au nom d'une raison humaniste ou écologiste assez floue qui s'opposerait à la raison économique est une stratégie facile pour séduire un public rétif à l'effort intellectuel. Mais j'espère us air convaincus qu'il est intellectuellement plus satisfaisant et politiquement plus efficace de combattre un simulacre de raison économique par une raison économique plus solide.
On ne combat pas un théorème en expliquant qu'il est injuste et méchant ; on démontre qu'il est faux. Si, contre une certaine science économique, nous n'inquons qu'une exigence de justice ou de protection de l'environnement, nous remporterons au mieux le succès d'estime qu'on accorde parfois aux bons sentiments qui s'opposent aux dures réalités. Même si l'intellectuel a le droit de se placer du côté des bons sentiments, on espère de lui mieux que quelques larmes arrachées aux ames sensibles et couvertes par les rires des autres. On attend de lui qu'il dénonce une réalité inacceple au nom d'une autre réalité possible et qu'il oppose à un raisonnement prétendument scientifique une démonstration mieux élie.
C'était là le sens de notre démarche. Nous n'ans pas disqualifié les lois qui fondent le discours néolibéral en déplorant qu'elles soient trop laides ! Nous ans montré qu'il s'agissait d'une supercherie intellectuelle souvent démentie par les propres auteurs dont elle se réclame, et presque toujours infirmée à la fois par la réalité et par les développements de la théorie économique. Ainsi, par exemple, nous n'ans nul besoin d'inquer la justice, l'écologie ou la charité pour contester l'idée que la flexibilité des prix garantit un fonctionnement optimal des marchés : ce sont tout simplement l'histoire et la théorie économique qui démontrent son inexactitude et sa nocivité.
Cela dit, peut-on se contenter du plaisir intellectuel de connaitre les « vraies » lois ? Comprendre le monde réel : la belle affaire, si ce monde reste aussi injuste et inquiétant que si nous n'y entendions rien ! C'est un découragement de cette nature qui a personnellement décidé de l'orientation de mes travaux. Après une thèse de doctorat et des années de recherches sur le marché du travail et le chômage, j'ai réalisé que le sous-emploi et la misère s'installaient dans le monde, non pas faute de connaissances sur leurs causes et leurs remèdes, mais faute de la moindre lonté politique de les combattre vraiment. Alors, à quoi bon passer une vie de recherches à construire des modèles qui n'intéresseraient que mes collègues et ne changeraient rien à rien ? Pour briguer le prix en l'honneur d'Alfred Nobel, il eût sans doute fallu persévérer en oubliant cette question dérangeante. Mais mon ambition était plus haute. Comme des milliers d'autres collègues dans le monde, la seule raison pour laquelle j'ai décidé un jour de poursuivre l'étude de l'économie est que j'espérais ainsi apporter une pierre à la construction d'un monde plus humain.


J'ai donc réorienté mon travail vers la question qui me semblait désormais la plus pertinente : si la misère du monde ne vient pas de notre ignorance mais de nos choix politiques, comment se peut-il qu'elle soit tolérée dans des sociétés réputées démocratiques? J'en suis arrivé à la conclusion apparemment paradoxale qui a fait le titre de mon précédent ouvrage. Nous ans une raison d'espérer : l'horreur n'est pas économique, elle est politique52. En effet, si, comme je pense l'air montré, l'horreur sociale ne s'installe qu'en raison de choix politiques délibérés et de dysfonctionnements majeurs des institutions, alors nous ans encore une raison d'espérer dans l'action collective et dans le politique. À l'opposé de cette démarche, le discours qui décrit une histoire prédéterminée par la technologie ou des lois naturelles de l'économie vise clairement à nous désespérer de la politique pour désarmer toute résistance citoyenne.
Nos vingt lois de l'économie ont toutes conforté ce rejet d'un déterminisme mécaniste qui reléguerait l'acteur humain au rang de spectateur passif de son histoire. Toutes, elles ont confirmé ce qu'affirmait la première d'entre elles : les lois de l'économie sont les lois des hommes. Quel que soit le problème abordé, en effet, il s'avère que l'analyse économique conclut toujours à la nécessité et au rôle déterminant des choix politiques. Attention toutefois au malentendu pernicieux que cette conclusion risque d'entretenir. On croit lontiers de nos jours que l'enjeu de la résistance à une économie inhumaine et au néolibéralisme est de restaurer le primat du politique sur l'économie. En réalité, le primat du politique n'a nul besoin d'être une exigence puisque c'est un fait.
Jamais l'économie n'a été indépendante des institutions et des choix politiques. Le néolibéralisme que dénoncent les mouvements « altermondialistes » n'est pas la mort du politique face à l'économie triomphante, mais le triomphe d'une politique farable aux détenteurs du capital. La dérégulation des marchés financiers n'est pas un décret des Martiens, c'est le choix de gouvernements situés et datés, ancrés dans des lieux et dans une histoire où le bouleversement des rapports de forces a façonné de nouvelles politiques dominantes.
Évitons donc un contresens redoule. Les vraies lois de l'économie ne montrent pas qu'il faut « restaurer le politique » puisqu'elles donnent à penser qu'en réalité « le politique gouverne ». D gouverne, y compris quand il prétend officiellement se soumettre aux lois de l'économie pour désarmer les résistants - résistants qui pourraient contester une politique dominante, mais certainement pas le rouleau compresseur d'une histoire dictée par la nature ou par les dieux. Si donc l'économie nous semble parfois inhumaine, il importe de comprendre que cela ne résulte en rien d'une soumission du politique aux lois de l'économie, mais bien au contraire de la soumission de l'économie à des lois politiques conformes à des intérêts particuliers. L'enjeu d'un combat pour un développement humain n'est donc pas d'instaurer le primat du politique sur l'économie, mais le primat des citoyens sur la politique, afin que cette dernière reflète les idéaux forgés par la délibération démocratique.
Soit ! Mais, pardon d'y revenir, à quoi nous sert de connaitre les vraies lois de l'économie si, au fond, ce qui change l'économie réelle est moins la connaissance que nous en ans que les rapports de forces susceptibles d'infléchir l'orientation des politiques ? Notre sair n'est-il pas vain s'il n'est pas relayé par un engagement quelconque dans le débat et l'action politiques ? Qu'il soit partisan, associatif ou syndical, il est vrai qu'un tel engagement peut sembler une exigence personnelle de cohérence pour quiconque est convaincu par l'ensemble des résultats que nous ans exposés.
Mais il est non moins vrai qu'une forme essentielle de cet engagement peut aussi consister à combattre les croyances erronées et à promouir la confiance dans la possibilité d'une autre économie Courage, nous ici désormais très proches de répondre enfin à notre question initiale.
L'apport fondamental de ce que nous pensons être les vraies lois de l'économie est de nous montrer que la plupart des problèmes nous placent dans une sorte de dilemme du prisonnier. Il n'existe pas une, mais des solutions, ce que dans notre jargon nous appelons des équilibres multiples. Certaines solutions sont le résultat d'une interaction non maitrisée entre les acteurs contraints de se comporter en rivaux, en compétiteurs solitaires, parce qu'ils n'ont pas la capacité de se parler, de s'entendre et de se faire mutuellement confiance. D'autres solutions résultent d'une coopération solidaire entre des individus (ou des groupes, ou des nations) qui se perçoivent comme membres d'une communauté humaine capable d'atteindre un mieux-être collectif. Relisez chacune de nos vraies lois avec ce schéma d'analyse en tête. Vous constaterez que l'analyse met presque toujours en évidence à quel point le chemin de la coopération solidaire est plus efficace que celui de la compétition solitaire.


Pourquoi dès lors choisit-on si souvent la guerre plutôt que la paix, la compétition plutôt que la coopération, la sortie par le bas qui nous appauvrit plutôt que la sortie par le haut qui nous enrichit ? Dans la plupart des cas, ce n'est même pas que nous ignorions l'existence d'un mieux-être accessible par une action collective; c'est tout simplement que nous n'y croyons pas. L'immense majorité des Palestiniens et des Israéliens savent qu'une paix garantissant la coexistence de deux États indépendants serait mille fois préférable à la guerre, mais ils sont trop nombreux à ne plus y croire et, faute d'une intervention politique extérieure qui rende à nouveau l'idée de paix plausible, ils restent piégés dans la violence depuis plus d'un demi-siècle. L'immense majorité des Européens savent qu'une société pacifiée par la solidarité et la justice sociale est plus vivable et plus efficace qu'une société sécurisée par la répression. Mais quand ils ne croient plus dans la capacité du politique à entreprendre la marche vers une société juste, ils demandent plus de policiers et de punitions pour se protéger des violences engendrées par l'injustice.
Le mieux existe « en théorie », se dit-on, mais il ne serait atteignable que si tout le monde y croyait et était disposé à se comporter en conséquence. C'est l'incapacité à forger une croyance commune, une confiance réciproque, qui barre les meilleures routes. Ainsi, aucun changement important ne peut s'amorcer si nous n'y croyons pas. Croire à l'avènement d'un monde nouveau est une condition nécessaire à son avènement. Ça, j'imagine, nous le savions déjà.
Mais en outre, et surtout, l'économie nous enseigne qu'il s'agit là souvent d'une condition suffisante ! Il suffirait d'y croire ! Cela aurait d'ailleurs pu être la vingt et unième vraie loi de l'économie, tant les exemples abondent où l'état de l'économie, les performances d'un marché, les résultats d'une politique économique dépendent avant tout des croyances et de la confiance des acteurs. Je ne sais plus qui a dit : « Nous ne savions pas que c'était impossible, c'est pour cela que nous l'ans fait. » C'est bien cet état d'esprit-là que farise une science économique qui démontre le poids de la lonté politique et de la cohésion sociale dans le succès ou l'échec d'une stratégie de développement.
Voilà donc enfin une bonne raison de comprendre et de faire comprendre les vraies lois de l'économie. Leur connaissance installe la croyance dans la diversité des possibles et dans notre capacité à atteindre un monde meilleur en nous constituant en communautés humaines liées, dialoguant entre elles, solidaires ; elle fait reculer le fatalisme en démontrant les vertus du lontarisme ; en un mot, elle nous aide à y croire.
Mais, pour que ces lois enclenchent le cercle vertueux de la confiance, il faut les faire descendre des chaires universitaires, les diffuser dans les associations, les syndicats, les écoles, les partis, les cafés, les journaux, bref, en faire des évidences de notre culture commune. Et ilà bien un engagement à la portée de tous. Si nous avions seulement convaincu chaque lecteur de convaincre à son tour une personne que les lois de l'économie, les vraies, loin de nous aliéner, nous enseignent le pouir de nos lontés communes, nous serions sûr de ne pas y air en vain consacré deux ans de travail.
Prenons exemple sur Demba, l'imam de Kerpala, au Sénégal53. Voici quelques années, ce pays a adopté une loi interdisant l'excision des petites filles. Loi en vérité délicate à faire respecter, car la pratique séculaire de l'excision s'est trouvée intégrée dans la culture de certaines populations musulmanes, au point que les croyants en sont venus à la considérer comme une exigence de l'islam. Bien sûr, rien dans les « vraies lois » de l'islam ne fonde une telle croyance, mais elle n'en est pas moins ancrée. Alors, depuis des années, Demba va à pied de village en village, inlassablement, pour expliquer ce que sont les vraies lois de l'islam, et convaincre que l'on peut être un bon musulman tout en appliquant la loi contre l'excision. Et quand on lui demande pourquoi il fait cela, il répond simplement : « C'est bien de faire une bonne loi, mais une loi ne suffit pas, car elle ne vient pas dans ta maison pour discuter avec toi. »
Voilà : nous sans ce qu'il nous reste à faire. Ce n'est pas rien. Mais c'est tout !





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