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territoire et entreprise : une nouvelle relation à inventer icon

MANAGEMENT

Le management ou la gestion est au premier chef : l'ensemble des techniques d'organisation des ressources mises en œuvre dans le cadre de l'administration d'une entité, dont l'art de diriger des hommes, afin d'obtenir une performance satisfaisante. Dans un souci d'optimisation, le périmètre de référence s'est constamment élargi. La problématique du management s'efforce - dans un souci d'optimisation et d'harmonisation- d'intègrer l'impact de dimensions nouvelles sur les prises de décision de gestion.


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Mondialisation, globalisation, réseaux : des concepts à expliciter

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Difficile de démêler l'écheveau par le bon côté, tant sont imbriqués les trois phénomènes. Si la mondialisation entraine la globalisation, elle-même résultante de la montée en puissance des réseaux, ces derniers ont sans aucun doute accéléré le processus de globalisation qui lui-même a accentué la mondialisation. Ce sera donc plus par souci pédagogique et non pour des raisons de pure logique que nous optons pour une présentation par ordre de complexité croissante. Nous traiterons donc d'abord la mondialisation (A) puis la globalisation (B) enfin les réseaux (C).



A - La mondialisation

La médiatisation récente du terme de mondialisation ne doit pas laisser croire que ce phénomène est une création du xx< siècle. La conquête des marchés mondiaux était déjà une préoccupation des civilisations antiques, comme en témoigne le rayonnement des cités grecques sur tout le bassin méditerranéen, ou l'expansion de l'empire romain sur toute une partie de l'Europe, de l'Afrique du Nord et de l'Asie Mineure.
De même, on peut ancer que les visées universelles de la religion chrétienne la situaient d'emblée dans un espace universel et mondialisé. L'épitre de St Paul aux Galates est considérée par beaucoup de commentateurs comme la pierre angulaire de la fondation théorisée de cette conception de l'universalisme5.
Enfin, le concept «d'économie monde» formalisé par F. Braudel qualifie bien le processus d'internationalisation des échanges économiques à partir de la ville centre.
Cette ouverture des marchés est impulsée à la Renaissance par les marchands affranchis de l'ordre féodal. Après le long sommeil du Moyen Age, le commerce international qui se développe à partir des grandes cités marchandes, dont Venise est le propotype, amorce une première forme de domination hégémonique, fondée sur la puissance financière et qui n'est pas sans rappeler la situation actuelle.
La mondialisation est donc un processus historique récurrent. Au cours de l'histoire du développement du capitalisme, on a pu observer des périodes d'ouverture et d'extension des capitaux, et des périodes de repli sur des espaces territoriaux, avec un processus d'accumulation des richesses plus auto-centré.
Donc plus que la mondialisation elle-même, ce qui a changé dans la perception du phénomène actuel, c'est d'une part, son ampleur qui structure l'intensité des échanges (1), et c'est d'autre part, l'interdépendance des différentes économies (2) qui conure une nouvelle manière d'appréhender les problèmes de croissance économique et de répartition de la richesse(3).


1) L'intensification des échanges

Pour prendre la mesure du processus d'intensification des échanges, un bref rappel historique s'impose. Dans la période récente, on peut distinguer 3 phases dans le processus de mondialisation :
•une première phase s'est amorcée dans les années i960 sous l'impulsion de la construction européenne et des négociations du GATT, dans un contexte de silité des changes ;
• une deuxième époque s'est ouverte dans les années 1970 sous l'effet de la première révolution informatique et de l'inversion de la politique monétaire américaine. Elle s'est poursuivie dans les années 1980. Cette période se caractérise par l'effondrement du SMI de Bretton Woods et le processus de déréglementation: l'effondrement du SMI entre 1971 et 1973 conduit au second amendement des statuts du FMI, dans le cadre des accords de la Jamaïque qui entrent en vigueur en 1978 et sanctionnent le flottement des monnaies ;
• une troisième phase s'est ouverte au début de la décennie 1990 à la faveur de l'éclatement du monde communiste et des mesures libératrices du commerce international. Les accords de Marrakech de 1994 instaurant l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) constituent une étape décisive dans le processus d'approfondissement de la mondialisation.
Créée en 1994, l'OMC organise les négociations commerciales internationales entre les 133pays membres qui la composent et leur sert de lieu d'arbitrage en cas de conflits par l'intermédiaire de son organe de règlement des différents.
La croissance du commerce mondial dans la période 1990-2000 a été en moyenne 4 fois supérieure à celle de la production. Parallèlement, les grandes entreprises n'ont pas seulement accru leurs exportations; elles ont aussi développé leurs élissements à l'étranger: les flux d'investissements directs sont passés d'environ de 40 milliards de dollars au début des années 1980 à 290 milliards en 1995.


2) Le phénomène d'interdépendance des économies

« Ou le mythe du monde érigé en village étaire ».
Mac Luhan L'interdépendance des économies signifie que tous les champs d'activités sont désormais reliés à d'autres acteurs ou d'autres territoires. L'intensification des rapports sociaux mondiaux renforce le sentiment d'appartenir à un même monde. «Le phénomène d'interdépendance touche l'ensemble des activités humaines; ce qui se traduit par une logique de compression de l'espace sous ses formes symboliques et territoriales »".
La succession des événements, et la convergence des agendas sont rythmés désormais sur le tempo de la mondialisation qui impose ses rites, ses formes, ses codes esthétiques et culturels de plus en plus convergents de part et d'autre de la ète. Comme le souligne Élie Cohen, «la société mondiale se fabrique dans les aéroports, dans les districts financiers des mégalopoles, dans les communautés virtuelles de l'Internet»1.
Dans cette dynamique de la mondialisation, le phénomène d'interdépendance entre toutes les activités et les régions du monde est accentué par le jeu combiné de trois séries de facteurs :
-d'abord, l'irruption dans le commerce mondial de nouveaux acteurs issus de l'Asie, de l'Amérique Latine et de l'ancienne Union Soviétique ;
-ensuite l'intensification des flux de personnes, de marchandises, de capilaux et l'extension de ces flux simultanément à toute la ète ;
-enfin, l'approfondissement des échanges avec l'intégration du commerce des services dans le commerce mondial et notamment des services financiers.


Cette nouvelle forme de mondialisation reconure un modèle économique qui se caractérise par le trait suint: «Nous sommes sortis d'un modèle douanier de la mondialisation, fondé sur des classifications de produits, des droits, des procédures, des négociations entre États, pour basculer dans l'économie monde, des marchés des changes et des produits financiers»'1.
Cependant, le phénomène de mondialisation demeure encore aujourd'hui très contrasté. Plus que la mondialisation elle-même, ce qui pose problème et cause les dérèglements actuels, c'est le phénomène d'asymétrie entre les activités, les acteurs et les pays qui sont plus ou moins bien intégrés et adaptés au processus de mondialisation. Ce phénomène d'asymétrie engendre des dualités graves qui provoquent la fracture sociale entre riches et pauvres, et exacerbent la guerre économique :
- il y a en effet des activités parfaitement mondialisées qui s'inscrivent dans cette logique de compétitivité élargie - finance, agro-alimentaire, chimie - et il y a au contraire des activités qui restent en dehors de ce champ - artisanat, industries de transformation ;
- il y a des pays qui sont dans le champ de la mondialisation et qui, globalement bénéficient de ses effets (pays de l'OCDE), et il y a des pays qui sont exclus durablement de cette manne économique (c'est le cas de nombreux pays du Sud)";
- il y a enfin les gouvernements qui arrivent, plus ou moins bien, à gérer l'interdépendance étaire et ceux qui sont, plus ou moins, tributaires des lois du marché'". Certains pays sont en effet fortement dépendants de l'émergence de nouveaux pouvoirs comme ceux des firmes multinationales, ou des marchés financiers qui exercent sur les gouvernements une vérile dictature. C'est ce qui fait dire à Fred Black que « tout État qui prend des mesures jugées inopportunes par les financiers internationaux est puni par une baisse de la leur de sa monnaie et par des difficultés plus grandes d'accès aux marchés des capitaux»".
La compétition entre les différentes zones pour la répartition des richesses a pris une dimension nouvelle dans le cadre de la mondialisation.

3) Une nouvelle répartition de la richesse'2
Les conséquences de la mondialisation au regard de la problématique des territoires sont considérables, bien que les effets du processus ne se soient pas encore tous manifestés. Le phénomène de polarisation, directement lié à la mondialisation résulte du fait que les critères du développement économique ont changé. Si l'accessibilité et la qualification de la main d'œuvre sont toujours des facteurs importants d'attrac-tivité d'un territoire, il y a tout un ensemble de ressources qualifiées, de potentiels de recherche, de développement, de culture, d'identité patrimoniale, de qualité de vie qui jouent également un rôle déterminant".
La mondialisation accélère le phénomène «de compétition des territoires», à tous les niveaux: aussi bien au niveau mondial, qu'à celui du macro et du micro régional.
• Sur un mondial, la concurrence des territoires s'opère sur une logique qui consiste à cliver les régions biens dotées, et celles qui s'enfoncent inexorablement dans le non développement. Plutôt que de parler du conflit Nord/Sud, il est plus pertinent d'évoquer aujourd'hui le phénomène de fracture qui s'opère au sein des Nord et des Sud14. La complexité actuelle de la concurrence entre territoires laisse se développer à toute allure des ilots de pauvreté majeure au Nord, et des zones de richesse - certes limitées - au Sud.
• Sur le macro régional, entre grandes régions d'un même espace continental, la concurrence est également vive. Ce sont par exemple les grandes régions européennes qui rentrent en compétition pour accueillir les sièges sociaux des grands groupes industriels ou financiers. Entre Frankfurt, Barcelone ou Lyon, la bataille est souvent rude, même si par ailleurs des liens de coopération sont tout à fait visibles.
• L'échelle micro régionale fait apparaitre la compétition des territoires régionaux au sein d'un même pays. Là encore, le choix entre une imtation en Rhône-Alpes. Région PACA ou lie de France suscite des hésitations multiples chez les décideurs.
Mais derrière cette concurrence territoriale exacerbée par le processus de mondialisation, il y a des hommes et des femmes au trail, dans un milieu de vie, qui lui, n'est pas aussi flexible que les décisions d'imtations stratégiques d'entreprises.
Ce phénomène de compétition territoriale accentue les disparités inter et infra régionales, notamment en ce qui concerne le taux de chômage, l'accès à la formation, aux soins ou aux nouvelles technologies15. Les pouvoirs publics prennent de plus en plus conscience de l'importance du vide numérique d'une partie non négligeable du territoire français comme une priorité de la politique de l'aménagement du territoire. Cette difficulté d'accès à l'Internet haut débit est un handicap majeur pour bon nombre d'entreprises situées en zones rurales"1.
Le processus de fragilisation des territoires, lié aux phénomènes de polarisation et de concentration, renforce la fracture sociale. Celle-ci peut s'observer sur toutes les strates d'un territoire, au niveau d'une ville, au niveau d'une région, d'un pays ou d'un continent".
« Comme dans la plupart des grandes nations industrielles, les disparités infra régionales ont augmenté notamment en terme de cohésion sociale. Alors que l'écart entre la région la plus riche et la plus pauvre est de I à 2, l'écart de fragilité sociale est d'environ de I à 6 »".
Pour compléter le leau des inégalités, on peut souligner le fait «que les 1 % les plus riches ont un revenu égal à celui des 57 % les plus pauvres. De même que le rapport entre les revenus moyens des 5 % les plus riches et des 5 % les plus pauvres a cru de 78 à 114 entre 1988 et 1994»'".
Cette question ne peut laisser les Directions des Ressources Humaines indifférentes'". La mondialisation redistribue toutes les sectiunes du territoire qui devient, pour tout décideur, un espace d'opportunités ou de risques. Mais si certains territoires sortent gagnant de ce nouveau jeu, d'autres au final, voient leur situation s'aggraver. C'est le cas de nombreuses régions du sud qui sont soumises à une forte dégradation de leur capacité de développement.
L'éclatement et la fragmentation des territoires, entre des ilots de grande richesse et des zones de pauvreté est une menace lourde de conséquences pour la cohésion sociale, le sentiment de sécurité et à terme pour la performance économique.


C'est donc un chantier à mettre en œuvre au niveau des Directions des Ressources Humaines pour qu'elles prennent le défi du territoire à bras le corps, opérant un contrepoids à la seule logique du marché.


B - La globalisation


«La globalisation, n 'est ni état, ni sens: elle est ant tout processus (). Le grand problème de la globalisation est de radicaliser l'incertitude »''.
Le phénomène de globalisation est souvent considéré comme la conséquence directe de la mondialisation, mais à l'inverse, c'est l'émergence de la firme globale qui a favorisé l'extension de la mondialisation. Les firmes multinationales constituent évidemment un maillon central de l'interdépendance économique mondiale. Le phénomène de globalisation se caractérise par un type particulier de firme :
-la firme globale est celle qui est présente sur trois grands marchés mondiaux: Etats-Unis, Asie, Union Européenne ;
- la firme globale, à la différence de l'entreprise internationalisée, est structurée en réseau global, et est liée par une culture d'entreprise propre ;
-la firme globale «nomade sur l'espace monde» développe des stratégies qui ne sont pas forcément convergentes avec celles des territoires. De fait, des concurrences très vives se mettent en place entre territoires22 ;
- enfin, la firme globale met en ant et de manière prioritaire une stratégie de concentration qui sera menée jusqu'à son paroxysme que constitue le monopole. L'histoire de Microsoft constitue sans aucun doute un modèle du genre.
« Une économie globale, c'est une économie capable de fonctionner comme unité, en temps réel, à l'échelle de la ète2' ».
Le processus de globalisation est donc un phénomène complexe qui trouve ses points d'appuis dans des mécanismes économiques et financiers diversifiés. Parmi les plus importants, nous pouvons identifier:
• les investissements directs à l'étranger (IDE) : ces fiux d'investissements sont un puissant vecteur de globalisation et d'internationalisation - leur rythme de croissance a été de près de 30% pour l'année 1999'4. Les investissements directs à l'étranger proviennent des firmes multinationales qui opèrent un commerce intra-firme de plus en plus important :
• la prise de participation dans le capital d'entreprises étrangères. Cette prise de participation se fait généralement par la constitution de filiales. Ces filiales dont le nombre a augmenté de 21 % depuis 1998 emploient 3,5 millions de salariés25 ;
• les stratégies de fusions et d'acquisitions2''. La gue de fusions qui s'est opérée dans le monde entier a commencé au début des années 1980, pour s'accélérer tout au long de la décennie 1990. Dominé très largement par les entreprises anglo-saxonnes au cours de la première période, le phénomène de fusion est devenu très rapidement un phénomène mondial. Il touche évidemment les États-Unis et le Royaume-Uni, mais aussi le Japon, l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Esne et le Canada. Quelques chiffres pour prendre la mesure de l'ampleur du phénomène : le montant total des transactions liées à des opérations de fusion et d'acquisition est passé de 186 milliards de dollars en 1986 à 430 milliards de dollars en 1990, à 531 en 1998 pour atteindre 1 143 milliards de dollars en 2000. Les fusions acquisitions ont cependant marqué un net ralentissement en 2001. Elles ont chuté d'environ 50% par rapport à l'année précédente.
Ces fusions en cascade sont à l'origine du processus de concentration" qui est sans aucun doute le point le plus connu de la globalisation28.
La concentration est un processus de regroupement d'entreprises d'un secteur par croissance externe - fusions-acquisitions - conduisant à l'augmentation de la taille de l'entreprise, ce qui permet d'augmenter de manière significative les parts de marchés.

Trois types de concentration peuvent être mis en évidence :
• la concentration horizontale : qui consiste à prendre le contrôle d'entreprises exerçant la même activité, ce qui permet d'éliminer les concurrents du secteur ;
• la concentration verticale qui vise à prendre le contrôle d'entreprises situées en amont ou en al dans la filière, ce qui permet de sécuriser les approvisionnements et /ou la distribution ;
•enfin, la concentration «conglomérat» consiste à prendre le contrôle d'entreprises totalement différentes, sans liens entre elles. Cette méthode permet de diversifier les risques en les répartissant sur plusieurs activités.
Ce processus de concentration multiforme a permis la constitution des cent groupes mondiaux qui redessinent aujourd'hui le monde et qui, d'une certaine manière, dictent leur loi aux États".
En effet, développant leurs activités à l'échelle étaire, les plus grandes firmes peuvent mettre en concurrence les espaces économiques et perturber singulièrement les politiques économiques impulsées par les États. Ce phénomène aux conséquences multiples, bouleverse le rapport des entreprises au territoire. En fait, comme le souligne Bruno Jarosson, ce qui se joue dans la fusion-acquisition n'est pas la définition de la taille mais celle de la frontière, car derrière la décision de fusion ou de l'acquisition, il y a toujours une réflexion plus globale concernant les contours de l'entreprise10.
• Le cadre de l'État national et territorial «contenant» d'une volonté politique, d'une politique économique, d'une culture, en bref d'une souveraineté, se trouve fragilisé par cette tendance lourde de la globalisation et de la mondialisation. Un nouveau modèle, encore en gestation, se dessine çà et là autour de problématiques nouvelles, qui caractérisent ce que certains commencent à appeler la «seconde modernité». Cette seconde modernité s'appuierait sur «la théorie des deux mondes»11 - celui des États nations et celui des acteurs transnationaux. Elle se caractériserait par l'émergence d'une société civile mondiale, faite de communautés transnationales à base identitaire, technologique, économique ou culturelle ; elle s'inscrirait dans une relation complexe qui lierait en permanence le global et le local et qui poserait de manière complètement renouvelée la question de la gouvernance1'.


• Le phénomène de concentration est inséparable des cycles technologiques. Chaque modèle industriel dominant, organisé autour d'une technologie de pointe, impose un arbitrage nouveau sur la taille idéale de la firme qui définit ensuite un modèle de concentration. Le phénomène de concentration que l'on a connu ces dernières années est la conséquence directe de la mondialisation et de la révolution des nouvelles technologies.
• Enfin, ce phénomène de concentration s'adosse complètement aux NTIC et à la problématique des réseaux, qui traverse comme une lame de fond toutes les organisations.


C - Les réseaux


« Nous avons quitté l'économie de marché pour entrer dons une économie de réseaux.
Il s'agit d'une vérile rupture ».
L'évolution de ce concept et la mutation récente de sa signification est tout à fait intéressante. Le réseau vient du latin retis. qui signifie filet, maille, mais aussi liens.
Pendant très longtemps, c'est cette notion de liens qui a été retenu dans la définition du réseau. Connotée de manière péjorative pour qualifier «desformes de liens clandestins», l'idée de réseau était associée au secret et parfois à des activités illégales. On opposait alors le réseau à la transparence des relations publiques, qui elles, au contraire, bénéficiaient d'une présomption de légalité. Ce n'est que beaucoup plus tard - au cours de la décennie 1980 - que le terme de réseau a été réhabilité, et qu'il s'est imposé sous forme de paradigme1" à toute la culture du management.
Aujourd'hui, on observe une étrange proximité entre les termes de mondialisation, de globalisation et de réseaux, car ceux-ci sont étroitement liés au phénomène de la société de l'information. Initialement réservée au domaine de la technique, la notion de réseaux a pénétré le monde de l'entreprise quand il y a eu connexion entre les NTIC et une nouvelle conception des rapports de pouvoirs dans l'entreprise.
Mais ce qui caractérise la notion de réseau, c'est une forme de culture dans l'entreprise qui imprime de nouvelles formes de management. Cet intérêt croissant porté à la culture du réseau, est lié à la prise en compte des propriétés relationnelles qui priment sur des situations acquises et considérées comme immuables dans les organisations.
La notion de maillage constitue le cœur même du réseau. Pour que ce dernier fonctionne bien, il faut que soient réunis plusieurs critères35 :
- d'abord, un capital de confiance entre tous les collaborateurs réunis autour d'un même projet. Cette nécessité d'élir la confiance est liée au déclin du contrôle hiérarchique au profit d'un système de direction plus aplati. Mais, cette exigence de confiance entre tous les collaborateurs de l'entreprise résulte aussi de l'entrée en force du phénomène de conlractualisation dans toutes les relations de l'entreprise. Cette relation contractuelle irrigue désormais tant les relations internes qu'externes de l'entreprise. Directement reliée au management par projet"', celte relation contractuelle, est également la conséquence induite d'une conception de l'entreprise, conçue à travers la théorie des coûts de transaction" ;
- ensuite, une reconnaissance mutuelle des membres. La notion de réseau repose sur la logique d'intérêt partagé, sur le mode du «gagnant gagnant». Le réseau s'appuie sur un principe de relations égalitaires. À la base, il faut donc que chaque membre se sente légitimement reconnu. Toutes les nouvelles formes de stratégies d'entreprises impliquent de faire plus, avec moins de moyens. Elles donnent de ce fait, un plus grand prix à la confiance en responsabilisant les personnes et en les impliquant dans la gestion de projet. Confiance et reconnaissance sont étroitement liées ;
enfin, la fréquence des relations entre membres du réseau s'impose, car il n'y a rien de plus fragile et volatile que des relations d'affaires fondées sur cette logique.
L'entreprise qui rentre dans cette logique du réseau, ouvert sur l'espace mondialisé, se trouve confrontée à l'obligation de modifier en profondeur ses règles de management. La culture «réseau» introduit une rupture dans la manière d'envisager les structures de pouvoir. Abandonnant une logique hiérarchique de type pyramidal, la mise en réseaux caractérise un mode de communication reposant sur une logique horizontale.
Le principe du réseau consiste à élir des connexions multiples entre des acteurs qui ont à un moment donné des intérêts convergents.
Les conséquences de la culture réseau sont considérables. Elles sont en train de modifier en profondeur l'économie de marché traditionnelle. C'est ce que souligne Jeremy Rikkin dans son ouvrage «L'age de l'accès». L'unité de temps, de lieu et d'action qui caractérisait l'économie de marché vole en éclat. On assiste à un phénomène de compression du temps et de l'espace, alors que les repères entre les différentes fonctions assumées par les acteurs économiques tentent à se brouiller.
« Dans une économie de réseaux, on ne trouve plus iles vendeurs et des acheteurs, mais des fournisseurs et des usagers. Sur un marché, on acquiert un bien: sur un réseau on achète le temps d'expérimenter ce qu'on désire: les marchés sont discontinus : on vient, on achète, on s'en ; sur le réseau au contraire les transactions sont continues »n.
La conjugaison de ces trois paramètres, mondialisation, globalisation et réseaux contribue ù remodeler en profondeur la relation des entreprises au territoire.





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