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DROIT

Le droit est l'ensemble des règles générales et abstraites indiquant ce qui doit être fait dans un cas donné, édictées ou reconnues par un organe officiel, régissant l'organisation et le déroulement des relations sociales et dont le respect est en principe assuré par des moyens de contrainte organisés par l'État.


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Malebranche

Malebranche : l origine de la loi


LA SIMPLICITé DES VOIES


Malebranche, Traité de la nature et de la grace, Premier discours, in Å’uvres, t. Il, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1992, p. 23-28.

Soucieux de placer en Dieu seul la puissance et l'efficace vériles, Malebranche conA§oit un modèle théorique original pour rendre compte des événements et des relations dites causales. Contrairement A  ce qu'un raisonnement faux, mais devenu habituel, nous fait penser d'une sensation trop vite interprétée, l'apparition d'un effet ne peut AStre produite par ce qui semble en AStre la cause particulière. Un corps n'a pas en lui la puissance d'en mouir un autre. Encore moins une aiguille peut-elle changer l'état de notre ame et produire la douleur, ou un corps quelconque modifier un esprit. Pourtant ces choses sont indéniablement liées entre elles. Une seule solution est possible selon Malebranche : c'est Dieu qui lie ces causes soi-disant efficaces A  leurs soi-disant effets. Il est la seule cause vérile de tous les changements produits, leur cause générale et première. Les événements A  l'occasion desquels advient ce qu'on croit AStre leur effet ne sont que les causes secondes ou - occasions >> d'exprimer le rapport qui les lie. C'est le fameux occasionalisme de Malebranche qui destitue les créatures de toute puissance. Elles ne sont que l'occasion d'exprimer la causalité de Dieu. Tel choc par exemple est l'occasion de distribuer la quantité de mouvement entre les parties du système. L'occasionalisme s'étend aux rapports entre l'ame et le corps (les modalités de l'ame et celles du corps sont réciproquement occasions les unes des autres, la piqûre de l'aiguille est l'occasion de la douleur), entre l'ame et les idées, et s'étend mASme au monde de la grace. Le lien - causal - qui unit les AStres leur est extrinsèque. Il n'a pas de rapport A  leur nature. Cette nature est destituée de tout pouir, et ne peut plus AStre la raison d'effets dont elle n'est que le siège. Ce lien causal est l'objet d'une lonté de Dieu, qui a certaines caractéristiques. Il exprime en effet la sagesse divine : il est général et uniforme. Il est constant. C'est donc une loi qui lie des AStres entre lesquels l'entendement ne découvre pas d'autres rapports que la régularité de leur succession. La puissance divine est soumise A  l'ordre et A  la sagesse, et ne serait pas divine si elle s'éparpillait en lontés particulières. C'est une deuxième thèse importante de Malebranche, en partie indépendance de celle de l'occasionalisme : Dieu, pour agir avec sagesse autant qu'avec puissance, a dû agir par les ies les plus simples. La simplicité des ies, qui fonde en Dieu la légalité générale de la nature et de la création, peut AStre prouvée a contrario par l'infériorité de la complexité des ies. Elle est aussi prouvée positivement (ir Ginette Dreyfus, La Volonté selon Malebranche, Vrin, 1958, p. 100-l03), comme dans ce texte.
Que deviennent les exceptions ? Deux problèmes dépendants surgissent. Il faut prouver, après air fait descendre l'idole de la nature de son trône, que la puissance de Dieu ne s'exprime pas mieux dans les miracles que dans des ies simples, lesquelles sont le vrai sujet d'émerveillement. Le problème conséquent concerne les - ratés - des lois générales : ne jus-cifienc-ils pas l'intervention miraculeuse de Dieu ? Les mASmes lois produisent en effet de belles choses et des monstres. Un calcul divin doit mettre en balance, d'une part ce que Dieu perd en s'abaissant A  agir par les ies particulières pour réparer les désordres d'un ouvrage qui n'est que fini, et d'autre part ce qu'il y gagne. Le miracle (ou exception aux lois) n'est donc pas exclu, mais rarement l'ordre peut demander que Dieu change une conduite qui l'exprime immédiatement pour un ouvrage fini qui l'exprime médiatement.
L'association de l'occasionalisme et des ies générales transforme donc les lois de la nature en un lien extérieur entre la cause et l'effet, mais dont la généralité est fondée fermement dans la conduite de Dieu. On pressent ici la possibilité d'une conception moderne de la physique. La loi physique ne fait que lier des phénomènes et personne ne se mASle de chercher dans une mystérieuse nature la raison du lien. Newton de mASme refusera de former des hypothèses sut la nature de la force gravitationnelle qu'il étudie comme pur rapport entre des phénomènes. Leibniz s'inscrit en faux contre cette théorie, expliquant bien plutôt la légalité des événements physiques comme une conséquence découlant de la seule nature des AStres, et refuse cette force de gravite.

XII
Cette idée de l'Etre infiniment parfait renferme deux attributs absolument nécessaires pour créer le monde ; une sagesse qui n'a point de bornes, et une puissance A  qui rien n'est capable de résister. La sagesse de Dieu lui découvre une infinité d'idées de différents ouvrages, et toutes les ies possibles d'exécuter ses desseins : et sa puissance le rend tellement maitre de toutes choses, et tellement indépendant du secours de quoi que ce soit, qu'il suffit qu'il veuille, afin que ses lontés soient exécutées. Car il faut surtout prendre garde que Dieu n'a pas besoin d'instruments pour agir ; que ses lontés sont nécessairement efficaces ; en un mot, que comme sa sagesse est sa propre intelligence, sa puissance n'est point différente de sa lonté. De ce nombre infini de ies, par lesquelles Dieu a pu exécuter son dessein, yons quelle est celle qu'il a dû préférer A  toutes les autres ; et commenA§ons par la création de ce monde visible, duquel et dans lequel il forme le monde invisible, qui est l'objet éternel de son amour.



ADDITIONS
De ce nombre infini de ies, par lesquelles Dieu a pu exécuter son dessein, yons celle qu'il a dû préférer A  toutes les autres. C'est sans doute celle qui porte le plus le caractère des attributs divins. C'est donc la plus simple, la plus générale, la plus uniforme. Mais prenez garde, je ne m'engage pas A  chercher quelle est celle qui est la plus simple ; cela ne m'est pas nécessaire. Il suffit, pour mon dessein, que Dieu agisse par des ies simples et générales, parce que ces ies sont plus dignes de lui que celles qui sont particulières, et qu'entre les ies simples et générales, il choisisse celle qui est la plus digne de sa sagesse, par rapport A  son ouvrage. Il n'est nullement nécessaire que j'explique en particulier quelle est cette ie la plus sage et la plus digne de Dieu.

XIII
Un excellent ouvrier doit proportionner son action A  son ouvrage ; il ne fait point par des ies fort composées ce qu'il peut exécuter par de plus simples ; il n'agit point sans fin, et ne fait jamais d'efforts inutiles. Il faut conclure de lA  que Dieu découvrant dans les trésors infinis de sa sagesse une infinité de mondes possibles, comme des suites nécessaires des lois des mouvements qu'il pouvait élir, s'est déterminé A  créer celui qui aurait pu se produire et se conserver par les lois les plus simples, ou qui devait AStre le plus parfait, par rapport A  la simplicité des ies nécessaires A  sa production, ou A  sa conservation.

ADDITIONS
C'est une aison de laquelle je me sers pour soutenir l'attention de l'esprit, et l'élever A  la manière dont agit celui A  qui on ne peut er personne. Car peu de gens peuvent se mettre dans l'esprit que les desseins de Dieu sont sages ou éclairés, et que Dieu ne les forme que sur le rapport qu'ils ont avec les ies ou les manières d'agir qui portent le caractère de ses attributs. Ils pensent que Dieu choisit le dessein le plus digne de lui, sans faire attention, ou sans air égard aux ies de l'exécuter. Mais qu'on y prenne garde, Dieu veut que ses ies soient les plus sages, aussi bien que ses desseins. Il ne veut pas que ses desseins l'honorent, et que ses ies le déshonorent. Il e la sagesse du dessein avec la sagesse des ies, et choisit le dessein et les ies qui tout ensemble portent le plus le caractère de ses attributs. C'est lA  mon principe, par lequel je justifierai la sagesse et la bonté de Dieu malgré les dérèglements de la nature, les monstres, le péché, les misères où nous sommes sujets. Je commence par les défauts du monde matériel.

XIV
Dieu pouvait sans doute faire un monde plus parfait que celui que nous habitons. Il pouvait, par exemple, faire en sorte que la pluie, qui sert A  rendre la tetre féconde, tombat plus régulièrement sur les terres labourées, que dans la mer, où elle n'est pas si nécessaire. Mais pour faire ce monde plus parfait, il aurait fallu qu'il eût changé la simplicité de ses ies, et qu'il eût multiplié les lois de la communication des mouvements, par lesquels notre monde subsiste ; et alors il n'y aurait plus eu entre l'action de Dieu et son ouvrage cette proportion qui est nécessaire pour déterminer un AStre infiniment sage A  agir, ou du moins il n'y aurait point eu la mASme proportion entre l'action de Dieu et ce monde si parfait, qu'entre les lois de la nature et le monde que nous habitons. Car notre monde, quelque imparfait qu'on le veuille imaginer, est fondé sur des lois de mouvement si simples et si naturelles, qu'il est parfaitement digne de la sagesse infinie de son Auteur.

ADDITIONS
Je me sers de l'exemple de l'irrégularité de la pluie ordinaire pour préparer l'esprit A  une autre pluie, qui n'est pas donnée aux méfites des hommes, non plus que la pluie commune, laquelle ne tombe pas plutôt sur les terres ensemencées que sur celles qui sont en friche. Et je pense qu'on comprend bien que c'est A  cause que la pluie tombe en conséquence des lois naturelles, qu'elle est si mal partagée par rapport aux besoins de la terre. Mais je crois deir avertir que ceux qui ne se souviennent pas distinctement des preuves que j'ai données dans la Recherche de la vérité, que c'est Dieu qui fait tout, et qu'il ne communique sa puissance aux créatures, qu'en les élissant causes occasionnelles, pour déterminer l'efficace des lois générales par lesquelles il exécute ses desseins d'une manière digne de lui ; je crois, dis-je, deir avertir ces personnes-lA , de lire et de méditer du moins le Ier Eclaircissement qui est A  la fin du 3 Discours : car pour bien faire, il faudrait air recours aux ouvrages où je démontre mes principes.



xv
En effet, je suis persuadé que les lois du mouvement nécessaires A  la production et A  la conservation de la terre, et de tous les astres qui sont dans les deux, se réduisent A  ces deux-ci : la première, que les corps mus tendent A  continuer leur mouvement en ligne droite ; la seconde, que lorsque deux corps se rencontrent, leurs mouvements se communiquent de l'un A  l'autre, A  proportion de leur pression, et selon la ligne de leut pression. Ces deux lois sont la cause de tous les mouvements qui produisent cette variété de formes que nous admirons dans la nature.

XVI
J'aue néanmoins qu'il ne parait pas que la seconde s'observe jamais dans les expériences qu'on peut faire sur ce sujet : mais c'est que nous ne yons que ce qui arrive dans les corps visibles, et que nous ne pensons point aux invisibles qui les environnent, lesquels faisant par l'efficace de cette mASme loi le ressort des corps visibles, obligent les mASmes corps visibles A  rejaillir, sans observer entre eux cette mASme loi. Je ne dois pas expliquet ceci davantage.

XVII
Or ces deux lois sont si simples, si naturelles, et en mASme temps si fécondes, que quand on n'aurait point d'autres raisons pour juger que ce sont celles qui s'observent dans la nature, on aurait tout sujet de croire qu'elles sont élies par celui qui agit toujours par les ies les plus simples, dans l'action duquel il n'y a rien qui ne soit réglé, et qui la proportionne si sagement avec son ouvrage, qu'il opère une infinité de merveilles par une très petit nombre de lontés.

ADDITIONS
Il faudrait un livre entier pour prouver ce que je dis ici de la fécondité des deux lois générales des communications des mouvements. On jugera A  peu près que je ne parle point en l'air, si on sait exactement les principes physiques de M. Dessectiunes. Mais cela n'est pas essentiel A  mon sujet. Il suffit que les lois de la nature soient générales. On peut regarder ces trois articles comme une espèce de parenthèse.

XVIII
11 n'en est pas de la cause générale comme des particulières, de la Sagesse infinie comme des intelligences bornées. Dieu ayant prévu tout ce qui devait suivre des lois naturelles, avant mASme leur élissement, il ne devait pas les élir, s'il devait les renverser. Les lois de la nature sont constantes et immuables : elles sont générales pour tous les temps et pour tous les lieux. Deux corps de telle grandeur et de telle vitesse se choquant, rejaillissent maintenant de la mASme manière qu'ils rejaillissaient autrefois. Si la pluie tombe sur certaines terres, et si le soleil en brûle d'autres ; si un temps farable aux moissons est suivi d'une grASle qui les ravage ; si un enfant vient au monde avec une tASte informe et inutile, qui s'élève de dessus sa poitrine et le rende malheureux ; ce n'est point que Dieu ait ulu produire ces effets par des lontés particulières ; mais c'est qu'il a éli des lois de la communication des mouvements, dont ces effets sont des suites nécessaires : lois d'ailleurs si simples, et en mASme temps si fécondes, qu'elles servent A  produire tout ce que nous yons de beau dans le monde, et mASme A  réparer en peu de temps la mortalité et la stérilité la plus générale.







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