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ECONOMIE

L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία / oikonomía : « administration d'un foyer », créé à partir de οἶκος / oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et νόμος / nómos : « loi, coutume ») est l'activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services. L'économie au sens moderne du terme commence à s'imposer à partir des mercantilistes et développe à partir d'Adam Smith un important corpus analytique qui est généralement scindé en deux grandes branches : la microéconomie ou étude des comportements individuels et la macroéconomie qui émerge dans l'entre-deux-guerres. De nos jours l'économie applique ce corpus à l'analyse et à la gestion de nombreuses organisations humaines (puissance publique, entreprises privées, coopératives etc.) et de certains domaines : international, finance, développement des pays, environnement, marché du travail, culture, agriculture, etc.


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La réaction historique : de roscher a€ schmoller

La réaction historique : de roscher a€ schmoller : rÉactions contre la pensÉe classique anglaise




L'école historique allemande mériterait mieux qu'un paragraphe dans un chapitre sur les réactions contre l'école classique anglaise. Elle est un monde de pensée. Son esprit et sa méthode ont marqué une grande partie des auteurs américains (19), et la pensée économique allemande jusqu'A  nos jours. Hier encore Werner Sombart (20) en était parmi nous le témoin.


Moins que d'aucune autre école on ne saurait traiter de l'école historique allemande autrement qu'en en contant l'histoire : celle d'un affranchissement progressif des dogmes classiques, et d'une relativisation croissante de la connaissance économique.
Le moument commence ac Guillaume Roscher, qui publie en 1843 son principal livre. Roscher est un disciple des classiques, de Smith surtout, auquel il s'apparente par l'éclectisme de sa méthode et de ses vues. Seulement, au moment où Roscher écrit, les anecdotes de Smith ont vieilli, et ses disciples ont desséché sa doctrine ; ils ont appauvri l'œuvre du maitre de tout ce qu'elle avait de concret, de vivant. Ils ont enfermé ses idées dans une sco-lastique rbale et incolore. Roscher se préoccupe de rendre vie au smithianisme en illustrant les principes de l'économie politique classique par des excursions dans le domaine des faits et de l'histoire. Roscher, c'est le professeur qui double de visites organisées et de travaux pratiques un enseignement denu trop purement académique. Ce n'est pas pour combattre les lois de l'économie classique, c'est pour en illustrer la validité qu'il se livre A  la description des faits tels que l'histoire les révèle.
Les classiques ont beau présenter leur système d'interprétation de la vie économique comme doué d'une valeur unirselle et permanente, il ne leur échappe pas que le capitalisme et la concurrence, la division du travail et le salariat sont des phénomènes relatiment récents. Stuart Mill voit l'objection ; mais il affirme qu'aucune connaissance scientifique des économies précapitalistes n'est possible. Roscher élargit le champ d'études de l'économie politique. Il nous montre, ac toutes les ressources de son inable érudition historique, un capitalisme antique, plein d'analogies ac le capitalisme moderne. De mASme ' dit-il ' que les enfants sount ressemblent A  leur grand-père plus qu'A  leur père, de mASme l'économie moderne est plus proche de l'économie antique que de l'économie médiévale. Pour Roscher, le déloppement de l'histoire n'est pas linéaire. Il parle d'un - moyen age hellénique -. D'après lui, il y a déjA  eu des périodes modernes, il y aura encore des périodes antiques.
La protestation de Roscher porte contre la sécheresse de l'économie classique, non pas contre ses conclusions. Selon l'esprit des vieux caméralistcs, il réintègre la science économique dans l'ensemble des sciences politiques. Sous une forme plus vivante, plus élégante, plus riche, plus altachante, il ne dit en réalité pas autre chose qu'Adam Smith. Mais sa démarche intellectuelle est différente. Tandis que les classiques s'efforA§aient d'extraire du réel des concepts de plus en plus schématiques et de plus en plus purs, Roscher va des principes aux faits, s'intéresse aux applications, et ne retient les principes que comme des cadres commodes pour les classer et les penser en catégories générales.
C'est lA  toutefois peut-AStre tirer Roscher un peu plus loin qu'il n'est allé lui-mASme. Roscher croit encore, ac les classiques, qu'il y a des lois économiques, un équilibre automatique, des relations nécessaires entre les différents phénomènes économiques. Un autre professeur allemand, Bruno Hildebrand, fera un pas de plus dans la voie de la réaction contre la doctrine anglaise. Hildebrand nie qu'il puisse exister des lois économiques absolument vraies, unirsellement et perpétuellement valables. Pour lui tout est évolution, les structures se modifient progressiment et se renoullent totalement. Tout ce que l'économiste peut faire, c'est dégager les lois de cette évolution (Entwicklungsgesetze). L'économie politique doit se pénétrer de philosophie de l'histoire, et se confondre ac une philosophie de l'histoire. De l'économie natu-relie, on est passé A  l'économie monétaire, puis A  l'économie de crédit. Dégager une telle évolution, la décrire, telle est la vérile fonction de l'économie politique, que Bruno Hildebrand définit comme - la science des lois du déloppement historique des nations -. Réaction bien allemande contre le caractère statique de la pensée classique.


Roscher se proposait de réformer l'enseignement et la présentation de l'économie classique, non d'en modifier substantiellement le contenu. Bruno Hildebrand, au contraire, attaque de front la doctrine anglaise. Et ce n'est pas seulement son perpétualisme qu'il lui reproche, mais aussi bien son amoralisme. L'économie politique classique ' dit Hildebrand ' c'est - l'histoire naturelle de l'égoïsme -. Elle a méconnu les ressorts moraux, les ressorts sociaux de l'activité humaine. Elle s'est par lA  condamnée A  demeurer irréelle. Non moins s'est-elle rendue odieuse. Ainsi s'affirme déjA  nettement ac Hildebrand le caractère éthique de la réaction de la pensée allemande contre le classicisme.
Karl Knics fait un pas encore rs la relativisation historique des phénomènes économiques. Pour lui, non seulement il n'y a pas de lois économiques statiques ' telles que celles que les classiques avaient posées, et dont Roscher admettait encore la validité ' ;
mais mASme ces lois dynamiques, ces Entwicklungsgeselze que Hil-debrand leur a opposées ne sont point compatibles ac une science vraiment objecti. Pour Knies comme pour Paul Valéry - l'histoire est la science des choses qui ne se répètent pas -. Et qui ne s'enchainent pas non plus rigoureusement. Tout au plus l'historien doit-il s'efforcer de mettre en lumière certaines - analogies - entre des processus ables qui se sont déroulés en des temps et des lieux dirs. Aucune assimilation rigoureuse n'est possible ; et les rapprochements auxquels Knies invite l'historien n'ont point d'autre objet A  ses yeux que d'éclairer l'interprétation des faits par de suggestis aisons ; ils ne représentent en somme qu'un langage utile pour mieux faire comprendre ce que l'on décrit en évoquant un déjA  connu analogue.
De mASme que dans le domaine de la théorie économique, Friedrich von Wiescr fera la transition entre la première et la seconde école autrichienne (entre le marginalisme libéral et le néo-marginalisme fondamental) (21) ainsi Knies ure le passage de la première école historique allemande (Roscher, Hildebrand) A  la seconde que dominent le nom, la ure et l'activité de Gustav Schmoller. Ac Schmoller et ses disciples, la tendance historique a déloppé toutes ses virtualités. Les professeurs de la jeune école historique allemande ne font pas de l'histoire pour en tirer des leA§ons philosophiques ; ni pour découvrir ou vérifier des lois économiques, ni pour prévoir l'anir en dégageant des lois d'évolution, mais uniquement pour connaitre des faits. - Nous avouons ne pas connaitre de lois historiques -, déclare expressément Schmoller. La recherche des faits, la critique de l'authenticité des sources, voilA  la tache de l'historien : il doit s'interdire d'élir des liens de cause A  effet. Le type classique, et chez nous sount raillé, de l'érudit allemand qui coupe les cheux en quatre et se noie dans les détails sans jamais dominer sa matière, est issu de l'école de Schmoller. Elle a fondé la critique ; elle a dissous la science. Les - historicistes - allemands ont fait des inntaires, des catalogues, des leaux chronologiques, des dictionnaires, non point des œuvres A  proprement parler.
Au xix siècle en Allemagne, la tendance historiste ne s'est pas seulement manifestée dans le domaine économique. Roscher s'est directement inspiré de Savigny et de son école, dont l'œuvre capitale a consisté A  réagir contre le relationisme juridique du Code civil franA§ais au nom de la relativité historique. C'est en Allemagne au xix siècle qu'est née la critique biblique dite - rationaliste -, et qu'ont surgi A  la suite de la Vie de Jésus de Strauss et de la gauche hégélienne les ouvrages dont la lecture devait ébranler la foi bretonne et sulpicienne d'Ernest Renan. Roscher, Hildebrand. Knies, Schmoller, Brentano ne sont que les témoins dans le domaine économique d'un grand moument de la pensée allemande au xix' siècle. L'attrait des Allemands pour les innovations méthodologiques et pour les disputes épistémologiques s'y manifeste ; et leur goût de recherches minutieuses et des patients col-lationncmcnts de documents. La pensée allemande oscille du du colossal au du minuscule, du macroscopique au microscopique. Elle ne se maintient pas A  l'échelle de l'homme.
Et pourtant nous avons signalé, A  propos de Hildebrand, les liens qui unissent la réaction historique ac une certaine conception éthique de l'économie politique. L'historicisme n'est qu'un aspect de la réaction allemande contre le classicisme au xix' siècle. Schmoller a rédige lui-mASme le manifeste d'Eisenach, charte du socialisme d'Etat. L'historicisme est lié au romantisme économique représenté par Adolf Millier par exemple ; au socialisme de la chaire ; A  tout un faisceau de tendances réalistes, organicistes, vitalistes, - communautaires -, éthiques qui ont leurs racines dans l'enseignement des caméralistes et qui caractérisent ce que Wer-ner Sombart appelle le - socialisme allemand -. Parmi toutes ces écoles maintenant centenaires l'actuel national-socialisme se cherche des précurseurs.


On ne saurait méconnaitre l'immense service rendu par l'école historique allemande. C'est grace A  elle que nous savons maintenant discerner parmi les témoignages et critiquer les documents. Elle a doté la science d'une méthode pour la réunion de ses matériaux, pour leur classement, pour leur triage. Qui nierait la grandeur de cette ascèse d'objectivité totale, de cette abnégation, de cette modestie parfaite devant l'expérience dont font preu les historiens allemands ! Il n'est pas exagéré de dire que l'avènement de la critique historique, au milieu du xix' siècle, constitue une révolution dans la structure mASme de l'esprit humain. De mASme que l'on a distingué des mentalités prélogiques et des mentalités logiques, de mASme pourrait-on diviser l'histoire en deux ères, l'une pré-critique, et l'autre critique.
L'école historique allemande a remis en particulier l'économie politique en contact ac les faits. Elle l'a arrAStée sur la voie du dessèchement auquel conduisait le maniement des concepts classiques. Elle l'a empASchée de se scléroser, de dégénérer en simple grammaire. Et pourtant l'attitude des historicistes ne saurait suffire. Elle aussi devient A  la longue desséchante. Le fait brut, c'est de la matière morte non moins que le concept. L'objectivité des historicistes signifie, sous prétexte du respect du fait, une démission du savant, que les historicistes réduisent au rôle d'appareil enregistreur. Ils sont maitres en l'art d'extraire, de trier, d'éprour, de collectionner les pierres ; ils ne batissent pas la maison. Les historicistes nient qu'il existe des lois économiques : c'est la condamnation de la science économique. Ils condamnent aussi bien toute philosophie de l'histoire : cela n'est pas sans menace pour la philosophie tout court. Où donc est le dogme, le système. qui se puisse passer de l'appui ' ou du prolongement ' de quelque discours sur l'histoire unirselle ? Qui dénonce l'artifice des synthèses accuse la pensée mASme de n'AStre qu'artifice. Et l'on peut estimer que la poursuite de l'objectivité historique intégrale, c'est la négation de l'histoire elle-mASme. La simple relation des faits n'est pas l'histoire : celle-ci implique leur reconstruction sur la base d'enchainements de causalité. C'est A  l'historien de faire l'histoire ; les historicistes allemands, par scrupule scientifique ou par impuissance intellectuelle, ont refusé cette mission. Par crainte de déformer les faits en leur imposant l'ordre de l'esprit, ils ont introduit dans leur esprit le désordre mASme des faits.
Ce ne sont pas les moindres fruits de l'école classique anglaise que toutes ces révoltes qu'elle a provoquées. Le nationalisme économique, l'humanitarisme anti-économique, l'étatisme, la sociologie, la critique historique sont nés au choc de son dogme et se sont fortifiés A  le combattre. Les adrsaires ont gagné mille batailles ; l'école anglaise a gagné la guerre. Mais la guerre l'a transformée, enrichie de multiples dépouilles. Ac Stuart Mill la doctrine classique est assouplie, élargie. Ac Walras renaitra bientôt l'ambition ricardienne d'un système total et cohérent d'économie statique pure, affranchi du postulat erroné de la valeur-travail
Mais d'abord, il nous faut encore une fois renir en arrière, pour considérer la dernière excroissance de la pensée classique anglaise : le marxisme.





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