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ECONOMIE

L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία / oikonomía : « administration d'un foyer », créé à partir de οἶκος / oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et νόμος / nómos : « loi, coutume ») est l'activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services. L'économie au sens moderne du terme commence à s'imposer à partir des mercantilistes et développe à partir d'Adam Smith un important corpus analytique qui est généralement scindé en deux grandes branches : la microéconomie ou étude des comportements individuels et la macroéconomie qui émerge dans l'entre-deux-guerres. De nos jours l'économie applique ce corpus à l'analyse et à la gestion de nombreuses organisations humaines (puissance publique, entreprises privées, coopératives etc.) et de certains domaines : international, finance, développement des pays, environnement, marché du travail, culture, agriculture, etc.


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La psychologie et la sociologie

La psychologie et la sociologie : l apport des disciplines voisines




Le marxisme qui fonde la théorie économique sur la dynamique des forces sociales ayant révélé la fragilité des théories classique et néo-classique essentiellement basées sur une psychologie hédo-nistique, de nombreux économistes, notamment aux Etats-Unis et en France, ont voulu enrichir la théorie économique des acquits de la psychologie et de la sociologie contemporaines, tant en ce qui concerne les comportements individuels que ceux des groupes et de la nation elle-mASme.



a. ' Une typologie des comportements économiques
Le recours A  I'- homo œconomicus - ne constitue pas la négation de la psychologie économique mais l'utilisation d'une psychologie très rudimentaire. Aussi l'ancien - homo œconomicus - a-t-il fait place A  une typologie du comportement des agents économiques où l'on distingue les motivations du consommateur, celles de l'épargnant et celles de l'entrepreneur.
La psychologie moderne s'est d'abord efforcée de tester la fonction marginaliste de consommation qui a assez bien supporté l'épreu. Ainsi Kurt Lewin (18) a présenté une psychologie ctorielle selon laquelle les décisions d'une personne sont la résultante de tensions psychiques représentées par des cteurs. Celles-ci favorisent ou freinent l'achat qui correspond A  la solution d'un conflit entre valences positis et négatis analogues A  l'utilité et A  la désutilité des marginalistes. Appliquant l'analyse ctorielle A  la structure des dépenses de consommation, Warren Bilkey (19) confirme l'existence d'une relation entre les tensions psychiques et les comportements de consommation. D'autres psychologues, tels Mosteller et Nogee (20), puis Davidson, Suppes et Siegel (21 ) ont été plus loin en parnant A  construire empiriquement une fonction d'utilité non linéaire dont la pente correspond assez bien A  la théorie de Friedman et Savage, c'est-A -dire décroissante et croissante de part et d'autre d'un seuil. L'apport de ces expériences reste pourtant limité pour deux raisons. D'abord, portant sur des cas volontairement simplifiés, elles éclairent mal des décisions économiques complexes telles que le choix entre des biens de consommation substituables. Ensuite elles ignorent les phénomènes d'apprentissage selon lesquels la probabilité d'une réponse est affectée par les essais précédents. MASme si la psychologie permet de connaitre empiriquement la fonction d'utilité, l'individu en change fréquemment et la recherche s'essouffle A  construire les fonctions d'utilité qu'emploie successiment le consommateur. Cependant la conclusion la plus intéressante, bien que négati, est que la théorie marginaliste de l'utilité n'a pas été infirmée par l'expérience.
Les tentatis de dépassement de l'analyse keynésienne de la consommation se sont révélées plus fécondes. Ainsi Duesenberry (22) a cherché A  rendre la fonction de consommation plus réaliste en rejetant les postulats classiques, admis par Keynes. d'indépendance et de rérsibilité des comportements, et en adoptant les hypothèses inrses d'interdépendance et d'irrérsibilité qu'il résume en un - effet de démonstration -. Aujourd'hui, en effet, la consommation prend une signification sociale et obéit, sous l'effet des mass média, A  un certain conformisme social sur lequel insistent deux sociologues américains, Whyle (23) et Ricsman (24). L'effet de démonstration va jouer A  plein sur cette fraction du renu - qui peut AStre épargnée sans porter directement atteinte au niau de vie ou qui, si elle est dépensée, constitue une décision du consommateur relatiment dégagée d'engagements antérieurs ou de la pression du besoin - et que Franklin et Telia (25) qualifient de renu discrétionnaire. La publicité est alors toute puissante sur l'emploi de ce renu, au point de créer de nouaux besoins, discrétionnaires eux aussi. Ainsi les besoins considérés par la théorie néo-classique comme une variable indépendante deviennent modelables selon la politique des firmes visant A  accroitre leur production et celle des agents de publicité cherchant A  orienter le consommateur opulent. La publicité aboutit A  concevoir une théorie dynamique de la consommation A  partir d'une dynamique des besoins, tandis que se profilent A  l'ar-rière- les notions marxistes d'aliénation et de surprofit.
Bien que l'épargne soit plus difficilement saisissable par l'enquASte que la consommation, ne serait-ce que par crainte du fisc, les recherches empiriques ont conclu A  la double concentration de l'épargne dans les groupes de renu les plus élevés et dans le cycle de vie, constatation qui a donné naissance A  une théorie patrimoniale de l'épargne qui s'oppose A  la conception résiduelle de Keyncs, faisant de l'épargne la simple différence entre le renu et la consommation. L'épargne représente donc - la variation entre deux états successifs du patrimoine - (Lisle) (26) dont le montant et la structure dépendent principalement du cycle de vie et des catégories socio-professionnelles.
Pour Lindhall, Friedman (27) et Modigliani (28), l'épargne est liée A  un renu de référence, appelé renu - subjectif - ou - permanent - et dépend d'abord du cycle de vie. Dans une première phase de désépargne nette, le ménage s'endette pour s'équiper et acquiert des actifs de service. Dans une seconde phase d'augmentation des renus, une épargne nette se forme, entièrement utilisée A  résorber le passif antérieur. C'est seulement dans une troisième phase que l'élévation des renus en fonction de l'age et la diminution des dépenses, notamment ac le passage des enfants A  la vie acti, permet la constitution d'un patrimoine familial par l'acquisition d'actifs liquides et de rapport. Enfin dans la quatrième phase de la retraite, le patrimoine reste sle jusqu'A  l'héritage ou est progressiment consommé par désépargne. D'autre part, comme le cycle de vie, les catégories socio-professionnelles influencent le montant et la structure de l'épargne. Sous l'influence des modifications de la répartition de la population acti, la formation de l'épargne est la résultante de deux mouments en sens contraire, la baisse de l'épargne en raison de la diminution du nombre des entrepreneurs individuels et l'augmentation de l'épargne des cadres. Les études de J. Marchai (29) en France, Lydall en Grande-Bretagne et Atkinson aux Etats-Unis permettent de dégager la mASme conclusion : les catégories socioprofessionnelles influencent la détention d'actifs déterminés. C'est pourquoi l'exploitant agricole achète des propriétés immobilières, l'entrepreneur individuel place ses capitaux dans les affaires et le salarié, par insécurité d'emploi ou par inexpérience, conser ses fonds liquides. Finalement, cette conception patrimoniale de l'épargne conduit Boulding, Morgan et l'équipe du CREDOC A  dresser un bilan du ménage composé d'actifs de service, d'actifs liquides et d'actifs de rapport et A  souligner ses différences ac celui d'une banque ou d'une entreprise.
Jusqu'A  une époque récente, la psychosociologie de l'entrepreneur était A  peu près inexistante. Sa position de trait d'union entre le marché des produits et celui des facteurs a conduit la théorie A  en faire un simple rouage du circuit économique et A  y substituer dirs concepts issus du principe de rationalité tels que la main invisible d'Adam Smith, le facteur organisation d'Alfred Marshall et l'efficacité marginale du capital chez Keynes. Schumpcter (30) lui-mASme a désincarné l'entrepreneur au profit du concept nouau d'innovation. Pourtant, dès 1904, Max Weber(31) avait posé le problème des conditions psychologiques et sociologiques qui ont amené les premiers entrepreneurs capitalistes A  avoir un comportement spécifique et cru trour la solution dans la conception calviniste de la prédestination. Pour les auteurs américains contemporains, l'individu est motivé par le rôle qu'il joue dans la société, A  l'inrse de Max Weber et de Schumpeter pour lesquels les motivations de l'entrepreneur étaient foncièrement individualistes. Ainsi pour Katona (32), Hickman et Kuhn, le comportement de l'entrepreneur est une application de la théorie des rôles, la recherche du profit qui anime l'entrepreneur n'est pas uniquement individualiste, mais imprégnée des considérations sociales de la société capitaliste actuelle et son rôle évolue ac l'entreprise et la société elles-mASmes.
Si, comme il ressort des enquAStes, l'entrepreneur est d'abord celui qui prend la décision d'instir, l'analyse de Shackle (33) apparait beaucoup plus originale. Pour théoriser les résultats de la psychologie de la décision, il introduit trois notions noulles : la surprise potentielle, étonnement que cause, non la surnance d'un événement, mais son anticipation, dépouillée de contenu subjectif qui est réintroduit dans la deuxième notion de désirabilité des résultats anticipés, enfin le degré d'attention est la synthèse des deux premiers. Les résultats très bons et très mauvais liés A  une surprise potentielle maximum ne retiendront pas beaucoup l'attention de l'entrepreneur, tandis que les cas affectés d'une surprise potentielle, qui n'est ni nulle ni maximum, et d'une certaine désirabilité la retiendront davantage. La combinaison qui possède la plus grande désirabilité pour une certaine surprise potentielle et qui retient le plus l'attention emportera donc la décision. En raison de son originalité, la théorie de Shackle a soulevé maintes objections, les unes concernant ses relations ac le calcul des probabilités, d'autres l'hypothèse de la mesurabilité de l'utilité. Enfin le recours aux courbes d'indifférence surprend dans une théorie qui cherche A  expliquer la décision A  partir de son contenu psychologique.


Quoi qu'il en soit, le noul - homo œconomicus - est un personnage plus complexe qu'une marionnette guidée par l'intérASt personnel. C'est un homme triplement conditionné par l'environnement, le passé et l'incertitude qui, chacun, l'influencent comme consommateur, comme épargnant et comme entrepreneur. L'environnement social le marque A  trars la publicité, le rôle social et le climat des affaires. Le passé le détermine par les biens durables qu'il a déjA  achetés, les actifs déjA  acquis, les programmes d'instissement déjA  décidés. Enfin l'incertitude l'empASche de connaitre ce qui serait vraiment préférable et l'incite A  se contenter d'un niau de satisfaction acceple. Car son comportement dépend de son information ainsi que le souligne la théorie des anticipations rationnelles définie par John Muth dans deux articles de 1960 et 1961, comme - essentiellement les mASmes que les prévisions de la théorie économique pertinente et reprises par Robert Lucas pour rénor cette mASme théorie sur le macroéconomique -. Ce ne sont donc que des probabilités subjectis qui tendent A  AStre distribuées, grace A  une mASme connaissance de la théorie économique, comme des probabilités objectis.
Cette notion se rattache A  la fois A  Knight qui a distingué soigneusement l'incertitude du risque, les anticipations rationnelles étant plus proches du second terme que du premier, A  Keynes qui fonde son analyse ex ante sur les anticipations qu'il distinguait pourtant des probabilités, et A  M. Friedman qui explique par les anticipations (rationnelles) l'insensibilité du taux naturel de chômage A  l'inflation dans sa discussion de la courbe de Phillips.
Les anticipations rationnelles se distinguent donc assez mal des prévisions et des probabilités. L'anticipation plus mobilisatrice engage davantage le sujet économique que la prévision. Mais l'incertain est-il probabilisable ? Admet-il des probabilités objectis ? La théorie des anticipations rationnelles l'affirme péremptoirement en s'opposant aux anticipations adaptatis qui extrapolent les tendances passées naïment sans fondement théorique, mais prudemment sans trancher des mérites du calcul des probabilités pour éclairer l'incertitude.
Le succès des anticipations rationnelles est nu de ce qu'elles soulignent l'importance de l'information dans leur formation et le fonctionnement des marchés qui sont qualifiés d'efficients, sous entendu dans le traitement de l'information, tels les marchés boursiers ou des changes, au comptant ou A  terme.
Si l'anticipation est rationnelle, conforme A  la théorie, l'écart entre la valeur anticipée et la valeur réalisée est purement aléatoire. Les anticipations rationnelles ont donc généralisé l'opposition entre caractère permanent et élément transitoire que soulignait M. Friedman dans sa théorie du renu permanent et ont critiqué la politique de silisation keynésienne qui essaie de contrebalancer un choc aléatoire, alors que seules seraient efficaces les mesures imprévisibles.
Cette théorie a fait l'objet de deux séries de critiques. Elle a été taxée d'irréalisme par Arrow qui lui reproche de transformer les agents économiques en superstatisticiens et de ne pas AStre vérifiée sur le marché du travail, marché si peu efficient qu'il connait parfois un chômage durable. Elle a été rejetée par l'économiste autrichien Ludwig Lachmann et par Shackle, tous deux défenseurs d'une conception plus subjectiviste. Pour Lachmann, l'anticipation est une hypothèse de travail, non l'enseignement d'une théorie préalable. Pour Shackle. la surprise potentielle exprime mieux l'incertain que les probabilités.
Finalement, concept séduisant par son caractère flou et rassurant par son contenu quantifiable, l'anticipation rationnelle a connu un grand succès, depuis les années 70. Elle explique A  la fois l'animation des marchés efficients et l'échec des politiques de silisation. Mais personne n'est convaincu que les anticipations sont vraiment rationnelles.

b. ' L'évolution de l'entreprise et du capitalisme
L'apport des sociologues contemporains A  la théorie économique a consisté A  introduire des groupes tels que les catégories socio-professionnelles, les entreprises, les syndicats, lA  où les classiques et les néo-classiques ne raisonnaient que sur des individus et des nations. Les réalités sociales étant différentes de part et d'autre de l'Atlantique, cette réflexion sur les groupes sociaux, notamment sur l'entreprise, a pris des orientations différentes aux Etats-Unis et en Europe.
Substituant A  la conception de l'entreprise comme unité microéconomique de production, celle du groupe social structuré, les sociologues américains tels que March et Simon (34) ont bati une théorie des organisations qui, bien qu'elle ait été induite A  partir du fonctionnement interne de l'entreprise avant d'AStre étendue aux administrations (Merton, Selznik, Gouldner). a réinterprété l'entreprise en y appliquant les concepts nouaux de motivation, d'identification et de participation.
Selon eux, le comportement de l'homme de l'organisation ne correspond ni A  la rationalité parfaite des économistes et des mathématiciens, ni A  l'entière soumission au groupe. Relevant d'une rationalité limitée, la plupart des décisions tendent A  obtenir un niau satisfaisant et ne visent qu'exceptionnellement l'optimum. La théorie du - full cost - (R. Hall et C. J. Hitch) (35) est une bonne illustration de cette rationalité limitée. En effet, l'entreprise n'utilise pas le coût marginal pour calculer son prix de nte, mais son coût majoré de marges rendant compte des frais fixes et du profit. Elle oppose aux traditionnelles courbes en V du coût marginal et du coût moyen la courbe plate du prix de revient qui se relè brusquement une fois atteinte la capacité de production et dont la partie horizontale correspond davantage A  un niau satisfaisant d'emploi de la capacité de production qu'A  un optimum.
D'autre part, la conrgence de plusieurs analyses sur l'évolution du capitalisme américain, notamment celle d'Adolf A. Berle, de Shonfield, et de J.K. Galbraith, ne peut manquer de frapper l'attention. Tous soulignent la ification informelle de l'économie américaine née de la conrgence de la programmation des grandes firmes et de l'interntion de l'Etat sous forme de contrats d'étude et de marchés publics.
Mais alors que A. Berle (36) analyse les transformations de la propriété, du capital et du marché sous un angle plutôt juridique, Galbraith (37) ac le rare bonheur qui le caractérise pour expliciter les évolutions et les qualifier d'un terme évocateur, a forgé la notion noulle de technostructure. Alors que l'entreprise individuelle ou sociétaire sur laquelle a raisonné Schumpeter était dominée par l'entrepreneur, l'entreprise contemporaine que James Burnham, Gardiner Means et A. Berle ont popularisée est dominée par la technostructure, c'est-A -dire le groupe de - tous ceux qui apportent une connaissance spécialisée, leur talent ou leur expérience au groupe de décision -. La prééminence des techniciens ou technostructure s'explique A  la fois par les progrès de la technologie, l'abondance du capital, A  l'ère de l'opulence et la ification des entreprises. Or, la technostructure, selon Galbraith, facilite l'identification du travailleur A  son entreprise : il adopte l'objectif de l'entreprise en remplacement de son objectif propre et se sent fier et solidaire de l'équipe de techniciens, alors qu'il ne l'était pas des directeurs ou du patron et de ses commanditaires. A l'époque de la technostructure, l'entreprise recherche un niau satisfaisant, qui implique un profit minimum et non maximum, et sa propre croissance qui renforce le pouvoir de la technostructure.
C'est A  la psychologie et A  la sociologie américaines que la micro-économie doit de s'AStre enrichie de la théorie des organisations dont Herbert A. Simon, conseiller d'entreprise, et professeur de psychologie au Carnegie Institue of Technology A  Pittsburgh et prix Nobel 1978 est l'un des fondateurs par ses livres célèbres Administrati behavior-Organitations, Models of Man. Il conteste le principe de la maximisation de l'utilité cher aux néo-classiques, considérant que l'homme préfère une solution simplement satisfaisante A  la recherche de la solution optimale. Décomposant en éléments simples le mode de raisonnement, en quoi l'ordinateur aide A  comprendre le cerau humain, il analyse les techniques de prise de décision, qu'elles soient routinières ou programmées ou politiques noulles et mal structurées, bref non programmées comme celle de l'entrepreneur chez Schumpeter et chez Keynes.


Sur le macroéconomique, Herbert Simon étudie dès 1960 ( The new Science of Management Décision, traduit en franA§ais sous le titre du Nouau management, la décision par les ordinateurs), l'influence de l'informatique sur l'économie qu'il voit s'orienter rapidement rs les services, mais ne pas AStre durablement frappée de chômage technologique car l'homme est insatiable. Optimiste comme économiste ' peut-AStre trop ? ' radical comme informaticien 'tout est possible A  la machine qui peut mASme créer, il n'adopte aucun parti philosophique sur les limites respectis de l'homme et de l'ordinateur. Mais, sa réflexion, profondément humaniste, l'amène A  penser A  la révolution dans la maitrise de l'information comme Smith, Ricardo et Marx avaient médité la révolution dans la maitrise de l'énergie. Il se concentre sur les rapports entre la technique et la société quand trop d'économistes se limitent A  une relecture sophistiquée de Marx, de Wal-ras et de Keynes.
En Europe, au contraire, la participation A  l'entreprise s'inspire moins de motivations psychosociologiques que d'une politique de réforme institutionnelle. La participation ' ou du moins l'intéressement des salariés A  l'entreprise qui a fait l'objet de maintes expériences concrètes dans les pays européens depuis les années soixante ' est l'aboutissement curieux de courants d'idées très différents.
D'une part, l'encyclique Mater et Magistra de Jean XXIII a modernisé la notion thomiste de juste salaire en une participation aux fruits de l'expansion dont les modalités sont volontairement laissées dans le vague. D'autre part, la théorie keynésienne élit que la croissance de l'économie et la répartition des renus ne se concilient sans inflation que si la distribution des renus additionnels est contractuellement affectée A  l'épargne. Enfin, des projets de réforme de l'entreprise aussi différents que le pancapi-talisme de M. Loichot (38) et celle de Bloch-Lainé (39) qui fait de l'entreprise une petite démocratie économique, se rejoignent pour accroitre la responsabilité des travailleurs dans la gestion de l'entreprise.
Mais c'est surtout le problème que les sociologues posent en termes généraux de conflit-coopération et les marxistes en termes de lutte des classes qui a suscité les analyses de sociologie industrielle les plus intéressantes, notamment en France. Alain Tou-raine, Pierre Naville (40), Serge Mallel (41), P. Belleville, pour n'en citer que quelques-uns, mettent en lumière la transformation de la classe ouvrière et de la stratégie syndicale dans le néocapitalisme. Les prolétaires décrits par Marx ac quelque avance sur la réalité industrielle de son temps existent encore, mais la modification des modes de production provoque une évolution de la classe ouvrière elle-mASme. Ac l'automation, la noulle classe ouvrière, caractérisée par son haut niau de qualification, la jeunesse de ses techniciens, la relati sécurité de l'emploi et le travail en équipe, est en partie intégrée A  l'entreprise, non tant pour les raisons psychologiques qu'imaginent les sociologues américains que pour des raisons techniques, tout changement d'entreprise risquant de disqualifier le travailleur. D'où son affiliation A  un syndicalisme d'entreprise succédant au syndicalisme de métier du XIX' siècle et au syndicalisme de masse de la première moitié du XXe siècle. La noulle classe ouvrière, que Pareto aurait présentée comme un phénomène de circulation des élites, devient au contraire le moteur d'une noulle stratégie ouvrière que Pierre Le Brun (42) a qualifié de participation conflictuelle ; la classe ouvrière tolère le système et se décharge sur les partis politiques de son renrsement. MASme s'il doit AStre un jour renrsé, elle en accepte les résultats, mais refuse de participer A  sa gestion. On peut alors se demander si les forces de contestation restent entières lorsque l'habitude est prise de participer aux résultats. Le pari patronal d'affaiblir insidieusement la lutte des classes de cette manière est sans doute plus réaliste que l'hypocrisie de la participation conflictuelle. Celle-ci se transforme A  son tour. Les noulles formes de contestation tendent moins A  des hausses nominales de salaires dont les syndicats comprennent le côté fallacieux en termes de pouvoir d'achat et s'orientent davantage rs la rendication gestionnaire dans l'entreprise et celle d'une vérile ification démocratique A  l'échelle de la nation. A la limite, la contestation des travailleurs éclate en grès sauvages mal maitrisées par les syndicats.

c. ' Le renoullement par la sociologie de la dynamique économique
Depuis Marx, la science économique emprunte A  la sociologie une conception de la dynamique comme un ensemble d'actions et de réactions des groupes sociaux. Cette voie de recherche l'a conduit A  renouler l'analyse de la croissance, de l'inflation et de la répartition du Renu National.
Albert Hirschman pratique comme Kenneth Galbraith, - le non-respect des frontières séparant habituellement le domaine de l'économie de celui des autres sciences sociales - ac un moindre sens de la publicité et une plus grande séduction intellectuelle. Il a enrichi l'analyse interdisciplinaire de six ouvrages importants dont la moitié sont traduits en franA§ais (43).
L'apport essentiel de ce sociologue américain A  l'économie peut AStre schématiquement résumé en trois concepts :
' l'effet de tunnel qui se définit ainsi : - l'augmentation de l'inégalité est tolérée par ceux qui n'en profitent pas tant qu'elle leur parait prometteuse d'une amélioration, A  échéance pas trop éloignée, de leur propre sort, mais elle cesse de l'AStre lorsqu'ils perdent espoir ou a fortiori lorsqu'ils la soupA§onnent de les menacer d'une détérioration (P. Salmon, Analyses de la SEDEIS, nov. 1982, p. 3) ;
' l'alternati exit-voice (qu'on peut traduire par désertion ou protestation) qui analyse deux degrés d'opposition sociale et éclaire des phénomènes aussi dirs que les grès, les résolutions, les migrations et les mouments internationaux de capitaux ;
' l'effet d'entrainement, exprimant la proation stimulante d'un changement social, qui élargit la notion keynésienne de multiplicateur, annonce les industries industrialisantes (Destannc de Bernis), les filières (Boublil) et la théorie du déséquilibre et renoulle la théorie du déloppemnt économique en rejetant A  la fois les approches néo-classiques et néo-marxistes.
Ces trouvailles, qui permettent A  A. Hirschman sans formalisations, de - penser plus fortement - la société, ont été ensuite A  la source de modèles économétriques. On ne peut donc pas leur reprocher de ne pas AStre opérationnelles. En revanche, sa conception a-hislorique de la réalité sociale lui fait sous-estimer l'importance des effets d'apprentissage dans nos sociétés parfois surinformées.
Le rôle des phénomènes socio-culturels dans la croissance est une vieille idée rajeunie. Sous le vocable scientifique de - mouments des idées -, les structures sociales et mentales ont depuis longtemps fourni l'une des principales explications de l'évolution des régimes politiques et de l'histoire économique. Mais leur rôle s'est précisé ac les travaux de Lewis et surtout de Rostow (44). professeur d'histoire économique au MIT qui a dégagé des expériences historiques d'industrialisation une théorie des conditions socio-culturelles de la croissance. Selon lui, le taux de croissance et le taux de productivité du travail et du capital ne dépendent pas de motivations strictement économiques, mais de six propensions, A  la recherche fondamentale ou A  avoir des enfants, par exemple, dont une seule, la propension A  consommer, avait été retenue par les économistes. Rostow a approfondi ce thème dans Les Etapes de la croissance (1960) où il distingue cinq phases : la société traditionnelle, la préparation du décollage par transformation des structures politiques, sociales et mentales, le décollage marqué par une brusque augmentation du taux d'instissement de moins de 5 % A  plus de 10 %, un accroissement de productivité dans l'agriculture et les industries extractis, et l'élissement d'infrastructures. La quatrième phase, la maturité, débute environ soixante ans après le décollage ; enfin, l'age de la consommation de masse caractérisé par l'importance des biens de consommation durables et des services, correspond A  ce que Galbraith appelle de son côté l'ère de l'opulence, marquée par le volume important des dépenses publicitaires, la disparité choquante entre l'hypertrophie de la production privée et l'atrophie des services publics, la concentration du pouvoir économique privé et sa limitation par le pouvoir compensateur des syndicats et de l'Etat.


Si la notion de décollage a connu un grand succès, elle n'en a pas moins été critiquée pour ne rien apporter de nouau par rapport A  celle d'industrialisation, pour la datation discule des décollages nationaux successifs et pour l'incertitude relati A  l'ordre des mutations structurelles. Rostow, en effet, montre bien que les mutations économiques, en l'absence de mutations socioculturelles, sont insuffisantes pour provoquer le décollage, mais il ne s'interroge pas sur leur synchronisation possible, ni, en l'absence de synchronisation, sur l'ordre souhaile des révolutions politiques, économiques, démographiques, etc.
La théorie de l'inflation a aussi été renoulée rs 1950 par des économistes tant franA§ais qu'américains qui en ont fait le résultat des rendications inégales des dirs groupes sociaux. Ainsi Henri Aujac (45), renrsant la théorie traditionnelle qui voit dans l'inflation un phénomène monétaire A  conséquences sociales, l'analyse au contraire comme un phénomène social A  conséquences monétaires. En effet, entre les dirs groupes sociaux : salariés, entrepreneurs, rentiers, Etat, existent des liaisons monétaires vis-A -vis desquelles ces groupes peunt adopter un comportement de rupture, s'ils disposent d'un pouvoir de domination économique ou, sinon, un comportement d'adaptation. Le groupe social qui, le premier, adopte un comportement de rupture, exporte son refus, déforme le réseau des liaisons monétaires et provoque l'inflation qui peut donc AStre déclenchée sans événement monétaire, par une simple grè générale, mais se traduit toujours par une profonde modification de la structure des prix. Seul l'Etat peut imposer aux groupes sociaux un comportement d'adaptation qui empASche l'inflation.
Assez proche, l'analyse de F. H. Holzman (46) utilisant des paramètres pour chiffrer le comportement des groupes, gagne en précision algébrique ce qu'elle perd en contenu sociologique. Selon la valeur attribuée aux paramètres de comportement, le modèle peut aussi bien aboutir au retour A  l'équilibre qu'A  l'explosion des prix. De mASme, Duesenberry (47) a présenté une analyse analogue aux deux précédentes. Ce qui est frappant, c'est la simultanéité de ces explications sociologiques de l'inflation début 1950, avant le déclenchement de l'inflation coréenne qui devait orienter la théorie de l'inflation dans une autre direction ; celle de la distinction, aussi célèbre qu'exagérée, entre l'inflation par les coûts et l'inflation par la demande.
La théorie de l'entreprise comme groupe social et de la nation comme groupe de groupes suggérait de reformuler l'analyse traditionnelle de la répartition en termes de conflit entre les groupes sociaux pour l'attribution du renu national. Cet effort tenté en France par J. Marchai et J. Lecaillon s'est révélé un peu décevant sur l'apport de la sociologie A  la théorie économique.
Dès 1951. Jean Marchai (48) a essayé de renouler la théorie du profit en faisant de l'entrepreneur un - disjoncteur de prix - affrontant le groupe des travailleurs sur leurs conditions de travail, celui des capitalistes A  propos de la distribution des bénéfices, l'Etat, en matière fiscale et mASme les consommateurs qu'il violente par la publicité. Sociologique par sa formation, le profit l'est aussi dans son attribution au groupe social des patrons qui perA§oint un profit brut, seule réalité observable lA  où l'analyse distingue artificiellement un profit pur, un salaire et des intérASts. Cette analyse, qui fait du profil le résultat d'une lutte entre groupes sociaux, a été ensuite étendue, aux autres renus : salaires, renu agricole, intérASts, transferts sociaux. Après avoir essayé de rapprocher les types de renus des catégories socioprofessionnelles et avoir été critiqué pour cette tentati novatrice. J. Marchai et J. Lecaillon ont montré que le conflit pour la répartition du renu national se situe sount aujourd'hui A  l'échelle nationale plus qu'A  celle de la firme, sous l'arbitrage officiel ou officieux de l'Etat et qu'il porte autant sur les règles du jeu elles-mASmes que sur l'enjeu. Cette approche très noulle pendant les années 50 n'a toutefois pas boulersé les conclusions des modèles néo-classiques et néo-keynésiens de répartition. Le syndicalisme n'est guère parnu A  modifier les mécanismes de répartition en faur des salariés s'il a réussi A  transformer la nature des rémunérations. On peut donc conclure qu'en définiti les forces économiques finissent pas s'imposer - bien que la lutte entre groupes sociaux exerce une influence directe sur le processus de croissance, sur ses formes et sa rapidité - (49).
La théorie économique a longtemps cherché au-delA  d'elle-mASme les causes économiques fondamentales. L'analyse structurale, inrsant le risque, a incité la théorie économique A  ne plus fonder ses raisonnements que sur la logique formelle, pour éviter le biais idéologique ou le - vice ricardien -. Or mathématiques et psychosociologie négligent toutes deux la logique du contenu, cet enchainement des causes et des effets qui dépend de la nature complexe et unique des phénomènes mis en relation et que la formalisation algébrique laisse échapper en cela mASme qu'elle est une généralisation. En un mot, toute la logique ne s'enferme pas dans le moule formel, mASme si l'essentiel s'y abrite. Ce qui s'échappe du moule, nous l'appellerons logique du contenu. Or, l'analyse structurale, aussi bien d'ordre psychosociologique que mathématique, a accordé trop d'importance A  la logique formelle aux dépens de la logique du contenu. Celle-ci se cache dans les hypothèses du modèle mathématique et dans les caractéristiques du milieu culturel, en ce qui concerne la psychosociologie. Le contenu des hypothèses mathématiques est généralement fourni par la psychosociologie, qui suppose certaines régularités de comportement. Inrsement, la signification du milieu culturel est implicitement fournie par une conception linéaire de l'évolution des sociétés, allant de la tribu primiti, chère aux ethnologues, A  la société industrielle dont la fine fleur serait les Etats-Unis d'Amérique. Dans la logique formelle triomphent l'élégance du raisonnement mathématique et le sens de l'évolution sociale. Mais la logique du contenu réapparait timidement : les équations les plus élégantes ne sont pas les plus réalistes, toutes les sociétés n'évoluent pas rs la société post-industrielle et celle-ci rs le modèle américain. Le formalisme de l'analyse structurale l'handicape donc pour saisir la dynamique des structures. L'analyse structurale contemporaine ut AStre formelle pour AStre scientifique et risque d'AStre statique pour AStre formelle. Réintroduire la logique du contenu, c'est recourir A  l'histoire et A  la politique. On dira que l'histoire et la politique représentent une - perte de scien-tificité -, que la science économique est plus scientifique que l'économie politique, que l'école de Lausanne l'était plus que l'école historique allemande.
C'est d'abord nier le caractère scientifique de l'histoire qui fait jaillir le contenu implicite des hypothèses, oublié par la logique formelle et montre que les problèmes changent plus qu'ils ne se résolnt dans la vie économique ou autre. L'histoire entraine la science économique rs un déterminisme infiniment plus souple et plus subtil au moment où pour échapper au formalisme des mathématiques modernes, celles-ci, grace A  la puissance des ordinateurs, peunt tester tous les raisonnements, traiter une infinité de relations et denant qualitatis, tenter de reconquérir, ou du moins de cerner, ce qui n'est pas entièrement formalisable.
Les structures économiques et sociales sont des catégories logiques, mais ce sont aussi des phénomènes vivants. Saisissant les limites de l'analyse structurale, après en avoir épuisé la fécondité, la méthodologie économique devrait prendre peut-AStre une orientation plus génétique. Elle pourrait alors comprendre ce que De Maria appelle les phénomènes entéléchiens, - le surgissement de faits nouaux dont la détermination a priori est tout A  fait impossible -. L'entéléchie permet d'analyser les discontinuités, les irrérsibilités, et place l'économiste au cœur de ce processus de déstructuration-restructuration que l'analyse structurale a laissé paradoxalement échapper.





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