IPeut - écrits et documents
ManagementMarketingEconomieDroit
ss
Accueil # Contacter IPEUT




les metamorphoses du patronat icon

MANAGEMENT

Le management ou la gestion est au premier chef : l'ensemble des techniques d'organisation des ressources mises en ouvre dans le cadre de l'administration d'une entité, dont l'art de diriger des hommes, afin d'obtenir une performance satisfaisante. Dans un souci d'optimisation, le périmètre de référence s'est constamment élargi. La problématique du management s'efforce - dans un souci d'optimisation et d'harmonisation- d'intègrer l'impact de dimensions nouvelles sur les prises de décision de gestion.


NAVIGATION RAPIDE : » Index » MANAGEMENT » ENTERPRISE MANAGEMENT » Les metamorphoses du patronat

Le patronage industriel

La France du xixe siècle était-elle de ce point de vue dans une position très différente de celle de l'Angleterre? A première vue, la situation n'y était pas du tout able. Mais A  la fin du compte, dans ce pays qui avait de toute faA§on manqué le départ de la première révolution industrielle, l'édence est que la classe des entrepreneurs fut ici encore bien moins qu'outre-Manche en état de provoquer des ruptures radicales dans la société.
Au nombre des différences, il y a d'abord le fait que la France était une terre catholique et non protestante. Le courant d'idéalisme ascétique décrit par Max Weber fut ici bien plus tempéré, de telle sorte que, dans les premiers temps, la France fut épargnée par la surenchère A  laquelle s'adonnait ailleurs la bourgeoisie d'affaires en faveur de la rationalisation économique et technique. La religion joua plutôt dans le sens de l'affirmation d'une interdépendance passive entre les classes, jusqu'A  ce que, bien plus tard et A  mesure de la progression de la sensibilité laïque et socialiste, cette interdépendance ne fasse l'objet d'un vérile rejet dans tel ou tel segment de l'élite ouvrière.
En sens inverse, la France était le pays de la Révolution de 1789. Mais cette grande rupture avait d'abord été une rupture politique. Dans l'ordre économique, il en avait résulté surtout les effets non désirés qu'on a déjA  partiellement décrits. L'esprit de l'aristocratie avait resurgi et avec lui, un dédain plus grand qu'ailleurs A  l'égard du profit capitaliste. Le statut social attaché A  la propriété de la terre, aux rentes et aux offices était resté la position-étalon, bien plus prisée que tout ce qui s'attachait A  la capacité d'entreprendre et d'accumuler. Parallèlement, le partage des biens nationaux et l'abolition des prilèges naguère concédés aux corporations avaient mis en difficulté les artisans et les ouvriers de métier : en effet, ceux-ci s'étaient retrouvés en concurrence avec le groupe montant des petits propriétaires paysans, poussés A  agrandir leurs lopins de terre et encouragés pour cela A  s'adjoindre des actités nouvelles.
C'est ainsi que la France du XIXe siècle, par ailleurs dessere par une faible progression démographique et urbaine, emprunta la voie de la -proto-industrialisation- (Dewerpe, 1989). A contre-courant des capitalistes de Manchester qui, au mASme moment, concentraient les fabriques dans une immense cité industrielle, la tendance dominante fut ici la multiplication des ateliers A  la camne. Dans le Nord, en Normandie, dans le Midi, le moindre bourg prit sa part du travail du lin, du coton et de la laine, non sans provoquer le gonflement d'un groupe multiforme d'-ouvriers-paysans- que personne ne prétendait arracher A  leurs terres et A  leur mode de e. Ce processus tardif et intensif d'industrialisation rurale n'en resta pas lA  : il s'étendit progressivement A  des actités telles que le travail du cuir, la verrerie, la serrurerie, la coutellerie, l'horlogerie, la clouterie, l'épinglerie. A l'édence, les mines, la sidérurgie et la grosse métallurgie ne se prAStaient pas A  la mASme dispersion. Il n'empASche : jusqu'aux années 1880, on continua A  travailler le métal dans près de la moitié des départements franA§ais. Les centres sidérurgiques étaient encore pour la plupart des agglomérats d'unités de production plus ou moins indépendantes les unes des autres : chacune avait ses logements et son arrière-pays d'où elle tirait tout A  la fois son énergie (le bois) et sa main-d'ouvre. En 1870, aux mines de Carmaux, la majorité des ouvriers était toujours composée de paysans-propriétaires - qui possédaient assez de bien pour vre en le travaillant- (Dewerpe, ibid., p. 28).
Le reste de la mosaïque était constitué des ouvriers urbains, issus de la lignée des artisans et installés pour la plupart non dans des lles -industrielles-, mais dans des lles anciennes et de longue tradition. Tout cela dessinait un monde ouvrier insle et multiforme, dont l'unité objective résidait surtout dans le fait qu'il puisait ses références dans les modes de e et les groupes d'appartenance traditionnels - ici ruraux, lA  corporatifs. Mieux, ce monde ouvrier ne se reconnaissait pas encore dans le moule de l'entreprise capitaliste, au point qu'il n'y avait pas dans les esprits de forme standardisée de l'ordre usinier : en fonction des circonstances, on travaillait au temps, A  la tache ou en commandite (selon un régime de salaire aux pièces collectif). Souvent, l'ouvrier n'était pas placé sous la tutelle directe de l'employeur : mASme dans l'industrie lourde, le système dit du marchandage permettait A  un chef d'équipe de fixer un tarif avec un patron, pour faire ensuite son affaire du recrutement des gens et de la répartition des salaires.
C'est dans ce contexte catholique, néo-aristocratique et -proto-industriel- qu'il conent de comprendre les orientations qui prévalurent alors du côté des entrepreneurs et le peu d'empressement qui s'y manifesta pour proclamer la naissance d'un ordre économique dégagé des entraves de l'histoire. D'abord, le patronat franA§ais du XIXe siècle ne fut qu'exceptionnellement un patronat proprement industriel, c'est-A -dire dont tous les moyens auraient été mobilisés au serce d'une production particulière. Bon nombre de dirigeants restèrent en fait A  mi-chemin entre la terre et l'usine et combinèrent leurs investissements industriels avec des placements fonciers et immobiliers. Parfois il est vrai, c'était la nature des taches A  accomplir qui imposait une relation organique entre la terre et l'industrie. Mais le plus souvent, il ne s'agissait que d'une mesure de sagesse de nature A  réguler les profits et A  prémunir contre les incidents. Ensuite, les patrons franA§ais ne cessèrent d'introduire des ponts entre le système industriel et le très rassurant système familial. Du point de vue juridique et financier, on fit jouer A  fond la solidarité entre frères, sours et cousins, appelés A  apporter leur écot A  l'aventure et A  partager peu ou prou le risque capitaliste. Mais la notion d'entreprise familiale ne s'arrASta pas A  cette signification première : elle draina aussi la fameuse référence au paternalisme.
L'idéologie paternaliste est celle A  laquelle on doit les concepts si révélateurs de patron et de patronat (patron : père protecteur). Elle conduit A  confondre l'entreprise et les salariés qui en sont membres avec un -cercle familial élargi- (Bunel & Saglio, 1979). Les -patrons- franA§ais du xixe siècle en usèrent d'autant plus volontiers qu'un de leur constant souci fut A  ce moment-lA  de s'entourer d'une main-d'ouvre qualifiée, sûre et sle. L'esprit corporatif était très fiable du point de vue professionnel, mais suspect au contraire de véhiculer de l'indépendance A  l'égard de l'employeur et un goût certain pour la mobilité : de telle sorte que le paternalisme consista jusqu'A  un certain point A  consolider la tradition domestique des communautés rurales au détriment de l'autre tradition, celle des -comnons-.
L'impératif premier était de fixer l'ouvrier A  l'entreprise. Pour cela, on l'aida A  faire l'acquisition d'un logement, mais aussi d'un lopin de terre grace auquel se trouvait confirmée la norme de la pluri-actité. On pourvut aussi au développement et A  la protection des familles ouvrières par le versement de suppléments familiaux, par le financement des écoles et par la création de toutes sortes d'institutions d'assistance mettant les gens A  l'abri des plus gros soucis (économats, caisses de secours, caisses de retraite). Le système avait bien sûr un sous-bassement moral et religieux : il s'agissait d'obtenir non pas la soumission absolue de l'ouvrier, mais son consentement. En ordre général, celui-ci trouvait sa garantie dans l'adhésion commune des partenaires A  la religion catholique ' au demeurant dépositaire naturel des valeurs de la famille.
Au milieu du siècle, le paternalisme franA§ais eut son inspirateur et théoricien en la personne de Frédéric Le Play. Le Play (1806-l882), précurseur du catholicisme social, était un scientifique qui accepta de hautes charges auprès de Napoléon DL Il était A  sa manière un moderne, favorable au développement de l'industrie et soucieux que les mours industrielles fassent progresser les rapports sociaux. En ce sens, l'homme récusait le paternalisme dans sa forme autoritaire, suspect A  son as d'entretenir une certaine filiation avec le servage et avec les liens forcés de l'Ancien Régime. Le Play n'en était pas moins préoccupé par le risque de la perte de substance des communautés humaines. Hostile A  l'idéologie égalitaire et indidualiste qui avait accomné la Révolution franA§aise avant d'imprégner le nouveau Code cil, il prônait le retour A  un équilibre social qui, selon lui, ne pouvait trouver appui que sur les valeurs traditionnelles de la religion, de la propriété et de la famille. D'où son engagement en faveur du patronage industriel, qu'il définissait comme -un lien volontaire d'intérASt et d'affection- opposable A  la fois aux relations contraintes du passé et A  la nouvelle logique marchande (Le Play, 1864).
La doctrine du patronage idéalisait sans doute A  bon compte le paternalisme ordinaire, et elle ne réussit jamais A  l'acquitter totalement de ses ces. Elle était pourtant le contraire d'une utopie. A l'édence, l'idée selon laquelle il fallait restaurer dans l'entreprise un principe d'autorité calqué sur le modèle de la -famille souche- entrait en résonance avec la logique de la proto-industrie A  la franA§aise. Elle disait la situation paradoxale de ces entrepreneurs occupés A  combiner l'ordre industriel et l'ordre domestique, de telle sorte que soient préservés non seulement le rapport direct A  la terre, mais aussi l'inscription de l'entreprise dans un espace social fini, donnant sa place A  chaque partenaire.
Le Play se méfiait des turpitudes de la lle et du déracinement; il voulait que l'entreprise fût une institution responsable et l'entrepreneur une -autorité sociale-. Sous ces deux rapports et en dépit de tous les abus auxquels cela put conduire, il est indiscule que le système franA§ais fut un modèle. On y usa jusqu'A  la corde l'ancienne culture rurale pour l'adapter aux nouvelles exigences de la production; au point qu'en plein XXe siècle, Michel Verret pouvait encore mettre en avant le fascinant attachement des ouvriers franA§ais A  leur espace domestique ' maison, jardin (Verret, 1979). Par ailleurs, nulle part plus qu'ici le patron ne s'identifia A  cette image de l'autorité légitime, installée au cour de la communauté locale et garante de son intégrité. Avec le risque permanent que tout ne bascule, et que la confiance ne soit trompée. De ce point de vue, il ne serait pas excessif de dire qu'en France, le développement du conflit industriel fut d'abord synonyme d'une émancipation -par rapport au père-. Une forme d'émancipation qui, on le sait, fut loin de mettre les relations entre ouvriers et patrons A  l'abri de la olence.



Privacy - Conditions d'utilisation




Copyright © 2011- 2024 : IPeut.com - Tous droits réservés.
Toute reproduction partielle ou complète des documents publiés sur ce site est interdite. Contacter

Au sujet des enterprise management

DÉfinitions de la pme/pmi
Capitalismes et pme
Buts et profils des dirigeants
L entreprise artisanale
L entreprise de service
L analyse stratÉgique de la pme
L avantage concurrentiel
Les risques en pme
L assistance a la pme
La gestion des ressources humaines
La gestion commerciale
La gestion financiÈre
L organisation des pme
L organisation en rÉseau
La naissance de l entreprise
La phase de dÉmarrage
Le «maternage»: pme et dÉveloppement local
La croissance des pme
L innovation en pme
L internationalisation
L entreprise numÉrique
Les différents environnements de l évaluation d entreprise
Paramètres des méthodes d évaluation
Retraitement économique comparé des comptes
Évaluer par la valeur patrimoniale
Le passage du rubicon
La recherche de l idée
Le plan de développement
Le financement
Les questions juridiques
Les démarches juridiques et administratives
Secteur public
Secteur professionnel
Les spécificités de la reprise d une entreprise
La naissance de reprise d une entreprise
La recherche des entreprises conformes au profil souhaité
Diagnostics internes et externes des entreprises cibles
L évaluation, les modalités juridiques et la recherche de financements
Le plan de reprise et la negociation
L application du plan de reprise
L entree en scene de la classe ouvriÈre
Les metamorphoses du patronat
Le siÈcle des organisateurs
Les sociologues face À taylor
L entreprise en actions
La forme franÇaise de l entreprise
Les rÉsurgences : artisanat et rÉseaux
Les tendances : l entreprise institution