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DROIT

Le droit est l'ensemble des règles générales et abstraites indiquant ce qui doit être fait dans un cas donné, édictées ou reconnues par un organe officiel, régissant l'organisation et le déroulement des relations sociales et dont le respect est en principe assuré par des moyens de contrainte organisés par l'État.


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Droit de la nature et des gens (i672)

Droit de la nature et des gens (i672) : le concept de droit



Pufendorf occupe une place éminente dans l'histoire du droit naturel. Continuateur de Grotius dont il reprend la plupart des thèses exposées dans le Droit de la guerre et de la paix (1625), il passe pour le vérile "père du droit naturel" moderne : son œuvre, très tôt traduite en franA§ais par Barbeyrac, exerA§a une influence considérable tant sur les philosophes franA§ais des Lumières, notamment les Encyclopédistes, que sur la philosophie allemande du XVIIIe siècle, jusqu'A  Kant et A  l'idéalisme allemand. Le contenu du livre, célèbre en Allemagne, de Wolff, Principes du droit de la nature et des gens (1758) est une reprise très fidèle du Droit de la nature et des gens (1672) de Pufendorf. En ce sens, lorsqu'on ut comprendre la position de philosophes comme Hobbes, Locke ou Rousseau sur la question du droit naturel, c'est l'œuvre de Pufendorf qui sert de référence.



Le livre I du Droit de la nature et des gens, qui "contient les préliminaires du droit naturel", remplit la fonction de fondation : c'est A  partir des "AStres moraux" créés par l'homme - on dirait aujourd'hui les "valeurs" - que peut se construire le système juridique qui régira l'existence sociale de l'homme. Le livre II dont nous donnons de longs extraits est la recherche de la loi naturelle, A  partir du principe de la sociabilité : le fondement de tout droit naturel qui "se tire de la constitution mASme de l'homme" est la nécessité de s'unir pour rendre possible une association et une paix profiles A  tous. "Tout ce qui contribue nécessairement A  cette sociabilité unirselle doit AStre tenu pour prescrit par le droit naturel, et tout ce qui la trouble au contraire doit AStre censé défendu par le mASme droit". C'est donc A  partir de la loi naturelle qu'il faudra comprendre la "première conntion" ou le contrat, vérile origine de la société civile. Cette première conntion, dite "pacte d'union" formera l'ébauche de l'Etat - mais une seconde conntion est nécessaire pour décider "A  qui l'on confère le pouvoir de gourner la société" ; c'est le "pacte de soumission" dont "résulte pleinement cette union et cette soumission des volontés qui achè déformer l'état et en fait un corps, que l'on regarde comme une seule personne". On comprend que la définition de la loi naturelle et la détermination de son contenu soient pour Pufendorf la condition indispensable pour fonder et légitimer tout l'édifice du droit civil et l'exercice de la souraineté de l'état.


Chapitre III De la Loi Naturelle en général

La condition naturelle de l'Homme ne permettant pas, comme nous l'avons fait voir, qu'il agit uniquement par caprice, sans avoir aucun principe fixe de conduite ; il faut voir présentement quelle est la Règle la plus générale des Actions Humaines, c'est-A -dire, celle que chacun doit suivre en qualité d'Animal Raisonnable. C'est ce qu'on appelle ordinairement Droit de Nature, ou LOI NATURELLE, et que l'on pourrait aussi nommer Loi Unirselle, parce que tout le Genre Humain est tenu de l'obserr, ou Loi Perpétuelle, A  cause qu'elle n'est point sujette au changement, comme les Lois Positis. Tachons donc de découvrir en quoi consiste cette Loi, comment on vient A  la connaitre, et A  quelles marques on peut distinguer ce qui est de son ressort, d'ac ce qui se rapporte au Droit Positif. La matière est de la dernière importance, et il faut l'examiner ac d'autant plus de soin, que si l'on n'appuie pas bien ce principe fondamental, tout ce qu'on batit dessus tombe de lui-mASme. Car, comme le disait judicieusement un ancien Docteur Chrétien, ici la différence des sentiments et l'erreur ne doint point avoir de lieu : il faut que tout le monde soit dans les mASmes principes, et que la Philosophie mASme donne des préceptes entièrement uniformes ; parce que, si peu qu'on se méprenne, tout le Système de la Vie est renrsé.
Les Jurisconsultes Romains entendaient par DROIT NATUREL, ce que la Nature enseigne A  tous les Animaux, et dont par conséquent la connaissance n'est point particulière A  l'Homme, mais est censée connir aussi au reste des Animaux. Suivant cette définition il faudrait rapporter au Droit Naturel toutes les choses pour lesquelles on sait que les BAStes, aussi bien que les Hommes, ont généralement du penchant ou de l'arsion ; de sorte qu'il y aurait un Droit commun aux Hommes et aux BAStes.
Je ne sais si ce sentiment ne doit pas son origine A  l'hypothèse fameuse de plusieurs Philosophes de l'Antiquité touchant une certaine Ame de l'Unirs dont toutes les autres n'étaient, selon eux, qu'autant de petites parties, qui ayant au fond une mASme Nature, produisaient différentes opérations suivant la dirsité des Corps auxquels elle se trouvaient unies, et selon la structure des organes qui leur étaient échus. Opinion fort approchante de celle de la Métempsychose, qui supposait que l'Homme ne diffère de la BASte que par la ure du Corps ; leurs Ames étant d'ailleurs en elles-mASmes toutes semblables, et passant tour A  tour des uns dans les autres.
Mais comme on ne saurait concevoir qu'un Etre destitué de Raison soit susceptible de Loi, la plupart des Savants rejettent ce prétendu droit commun A  l'Homme et aux BAStes. Jupiter, disait un des plus anciens Poètes, a prescrit aux Hommes la Loi de Justice, qui est la chose du monde la plus excellente ; mais il a éli que les Poissons, les BAStes farouches, et les Oiseaux se dévorassent les uns les autres, parce qu'il n'y a point de Justice entr'eux. J'avoue que plusieurs mouments des BAStes ressemblent pour l'extérieur A  quelques-unes des Actions par lesquelles l'Homme obser la Loi. Mais dans le fond il y a toujours une différence considérable ; c'est que les mouments des BAStes sont uniquement l'effet de la disposition et du penchant de leur nature ; au lieu que ceux de l'Homme partent d'un principe d'Obligation, dont les BAStes n'ont aucun sentiment. Lors donc qu'on attribue A  certaines BAStes la Justice, la Valeur, la Compassion, la Reconnaissance, la Chasteté ; ce font toutes expressions urées, fondées sur ce qu'on remarque quelquefois dans les mouments de ces sortes de BAStes je ne sais quelle ombre des Vertus qui ne conviennent proprement qu'A  l'Homme. Car quelque ressemblance qu'il y ait extérieurement entre deux choses, elles ne sont nullement les mASmes, si elles viennent d'un principe tant soit peu différent
Grotius prétend que c'est de quelque Principe Intelligent, mais extérieur, que procèdent certains mouments des BAStes ou il parait beaucoup d'ordre, par exemple, ceux des Fourmis et des Abeilles ; comme aussi le désintéressement de quelques-unes, qui, en faur de leurs petits ou le leurs semblables, abandonnent ou modèrent le soin de leur propre intérASt. Mais on ne peut admettre cette pensée qu'en l'expliquant ainsi ; c'est que, par la volonté du Créateur, la nature de ces BAStes est disposée A  produire de tels mouments : car il ne faut pas s'imaginer ici un principe extérieur qui dirige les BAStes, de la mASme manière qu'un Pilote conduit son Vaisseau. Si l'on demande, pourquoi on ne remarque pas en elles les mASmes dispositions par rapport A  d'autres choses qui ne sont pas plus malaisées, cela peut s'expliquer sans beaucoup de peine par les principes de la Philosophie Moderne, selon lesquels l'Ame des BAStes résulte uniquement de la ure, de la situation, et du moument de leurs petites parties. D'ailleurs, parmi les Hommes mASme on voit des gens qui ayant une facilité extrASme A  faire certaines actions, paraissent étrangement embarrassés quand il est question d'autres qui ne sont plus difficiles ; ce qui ne peut nir que d'une certaine disposition des parties de leur Corps, et surtout du Cerau et des Esprits Animaux.
Vouloir donc, comme font quelques-uns, donner le nom de Droit Naturel A  cette disposition des BAStes qui leur fait produire certains mouments, c'est abuser sans nécessité du terme de Droit. Outre qu'on ne voit mASme aucune sorte de BASte, dont les mouments fournissent une image parfaite de tous les Devoirs des Hommes : au contraire 0 n'y a pas un seul de ces Devoirs A  l'égard duquel plusieurs BAStes ne fassent précisément le contraire. Tout l'usage qu'on peut faire de l'exemple des BAStes, c'est d'en tirer quelques moralités pour toucher le Peuple, qui conA§oit mieux la turpitude d'un crime, lorsqu'on lui représente que les BAStes mASmes ont de l'horreur pour de pareilles Actions ()
() D'autres élissent pour matière du Droit Naturel les actes qui renfermant par eux-mASmes quelque chose de moralement honnASte ou déshonnASte, sont de leur nature ou obligatoires ou illicites, et que l'on conA§oit A  cause de cela comme nécessairement ordonnés ou défendus de Dieu. C'est ce qui distingue, dit-on, le Droit Naturel, non seulement du Droit purement Humain, mais encore du Droit Divin Volontaire ou Positif, qui n'ordonne ni ne dépend pas des choses obligatoires ou illicites par elles-mASmes et de leur propre nature, mais qui les rend illicites en les défendant, et obligatoires en les commandant. Car les choses que la Loi Naturelle défend, ne sont pas déshonnAStes parce que Dieu les a défendues, mais Dieu les a défendues A  cause qu'elles étaient déshonnAStes par elles-mASmes. Et celles que la mASme Loi commande ne deviennent pas honnAStes ou moralement nécessaires parce que Dieu les commande, mais Dieu les commande parce qu'elles sont honnAStes de leur nature.
Outre que cette hypothèse ne nous donne A  connaitre ni quels sont ces actes illicites par eux-mASmes et comment on peut les bien distinguer des autres ; ni quelle est la raison immédiate pourquoi ils sont tels : nous avons prouvé ailleurs qu'il n'y a point d'acte humain obligatoire ou illicite par lui-mASme, avant que la Loi le rende tel. Mais, dit-on, si toute la Moralité des Actions Humaines dépend de la Loi, Dieu aurait donc pu former la Loi Naturelle de telle sorte que les maximes en fussent contraires A  celles qu'elle renferme aujourd'hui ; qu'on mit, par exemple, au nombre des Devoirs mutuels des hommes, le Meurtre, le Larcin, l'Adultère, la Calomnie ; et au rang des choses défendues, la Reconnaissance, la Fidélité A  tenir sa parole, l'exactitude A  rendre ce que l'on nous a prASté, et autres choses semblables ? A cela il suffirait de répondre en un mot, qu'il est également superflu et téméraire de mettre en question ce que Dieu aurait pu faire, lors que l'on fait certainement ce qu'il a fait. Si pourtant on était d'humeur de s'arrASter A  résoudre de vaines difficultés, on n'aurait pas de la peine A  faire voir qu'un tel doute suppose une chose qui implique contradiction. Il est certain qu'il n'y a aucun principe ni extérieur, ni intérieur, qui ait porté Dieu nécessairement A  créer l'Homme : (car c'est avoir une idée bien basse de la Puissance Divine, que de s'imaginer que la Gloire du Créateur aurait demeuré cachée s'il n'eut pas mis au monde les habitants de la Terre). Mais du moment qu'il se fut déterminé A  produire un Animal Raisonnable et Sociable, tel que l'Homme, la Loi Naturelle ne pouvait que connir A  l'état d'une telle Créature, non d'une nécessité absolue, mais d'une nécessité conditionnelle. En effet, si l'Homme eut été obligé A  des Devoirs opposés, Dieu n'aurait pas créé un Animal Sociable, mais une autre espèce d'Anirftakfarouche et hideux. Cela n'empASche pourtant pas qu'avant l'élissement de quelque Loi tous les actes humains ne soient indifférents. Car par cela mASme que Dieu résolut de créer l'Homme, c'est-A -dire, un Animal dont toutes les actions ne devaient pas AStre indifférentes, il lui imposa aussi certaines Lois. D'ailleurs, de ce que nous soutenons que tout acte humain est par lui mASme indifférent avant la Loi, il ne s'ensuit pas, comme l'ont osé soutenir certaines gens, que Dieu eut pu, s'il l'avait trouvé bon, ordonner qu'on le servit par des blasphèmes, ou par un mépris impie. Car une Créature Raisonnable, c'est-A -dire, qui a reA§u de Dieu la faculté d'apercevoir les choses telles qu'elles sont, ne saurait concevoir son Créateur que comme un Etre non seulement infiniment élevé au dessus d'elle, mais ayant encore sur elle un empire sourain : autrement elle se forgerait une vaine Idole, et une idée chimérique qui représenterait tout autre chose que Dieu. Or il implique manifestement contradiction de concevoir un mASme Etre comme infiniment élevé, et comme digne de mépris ; comme nôtre Maitre, et comme celui qu'on peut légitimement insulter. Il ne serait pas moins absurde de prétendre qu'on put faire en signe de vénération pour la Majesté Divine, et par respect pour les ordres du Créateur, ce qui par lui-mASme marquerait directement le contraire. Quand donc on dit que Dieu ne peut point prescrire de pareilles choses, cela ne déroge pas plus A  sa Toute puissance, que de dire qu'il ne saurait mourir, ni mentir, ni faire que ce qui est déjA  arrivé ne le soit pas.
Il faut remarquer encore, que si l'on pose pour fondement du Droit Naturel l'honnASteté ou la turpitude nécessaire de certaines Actions cette définition devient très obscure, et renferme un cercle vicieux ; comme il paraitra pour peu que l'on examine la définition de Grotius.
On a aussi remarqué judicieusement que dans la définition de la Loi Naturelle le Bien doit AStre pris pour un Bien Naturel, et non pour un Bien Moral ; y ayant de l'absurdité A  faire entrer dans une définition quelque chose qui suppose que le défini est déjA  connu.
Ceux qui cherchent en Dieu mASme le modèle du Droit Naturel, se partagent en deux opinions. Car les uns élissent pour premier principe de ce Droit, la Volonté Divine, qui étant sourainement libre leur donne lieu de conclure que dieu peut changer la Loi Naturelle, et ordonner mASme le contraire, comme cela a lieu en matière de Lois positis. Les autres posent pour fondement la Sainteté et la Justice Essentielle de Dieu, lesquelles ne pouvant souffrir aucune altération ni aucun changement, rendent le Droit Naturel absolument immuable.
A l'égard de la première opinion, je remarque qu'il a bien dépendu de la Volonté Divine de produire ou de ne pas produire une Créature de telle constitution, que la Loi Naturelle lui convienne nécessairement. Mais depuis qu'il a créé actuellement un Animal tel que l'Homme, qui ne saurait se conserr sans l'observation des Lois Naturelles, il n'est plus permis de croire que Dieu uille les abolir ni les changer, tant qu'il ne fera aucun changement A  la Nature Humaine, et tant que les Actions prescrites par ces Lois contribueront, par une fuite nécessaire, A  l'entretien de la Société, d'où dépend le bonheur temporel du Genre Humain ; et que les Actions opposées tendront aussi nécessairement A  la destruction de cette Société ; c'est-A -dire, tant que la Bénéficience, l'Humanité, la Fidélité, la Reconnaissance, et autres semblables dispositions, auront la rtu d'unir les cœurs, et que la Malice, la Perfidie, les Injustices, l'Ingratitude, seront capables d'irriter les gens les uns contre les autres. Ainsi, posé seulement que les choses demeurent au mASme état qu'elles sont, et que la Nature Humaine ne reA§oi aucun changement ; quoi qu'elle ait été au commencement formée de cette manière par un pur effet de la Volonté Divine, la Loi Naturelle subsiste ferme et invariable : en cela bien différente des autres sortes de Lois, qui dépendent absolument de la Volonté Divine, sans que la constitution du Genre Humain en demande nécessairement la pratique.
De plus, selon cette opinion, Dieu est la vérité reconnu pour auteur de la Loi Naturelle, de quoi on ne saurait douter raisonnablement : mais il reste encore A  savoir par ou l'on peut découvrir la Volonté de Dieu, et A  quoi l'on connait que Dieu a voulu renfermer telle ou telle chose dans les Lois du Droit Naturel.
Le mASme inconvénient se trou dans l'autre opinion. Car quoi qu'on puisse soutenir sans impiété que la Loi Naturelle contienne quelque chose de contraire A  la Sainteté et la Justice de Dieu ; on aurait bien de la peine A  faire voire que la Loi Naturelle soit une copie si exacte de la Sainteté et de de la Justice Divine, que, pour se conformer A  cette Loi, les Hommes doint agir les uns enrs les autres de la mASme manière que Dieu agit enrs ses Créatures, et sur tout enrs les Hommes. En effet, je ne vois pas comment le droit sourain que Dieu exerce enrs ses Créatures, pourrait AStre le modèle du droit qui doit avoir lieu entre des Etres naturellement égaux, ou comment une Loi qui impose aux Hommes des Obligations mutuelles, pourrait passer pour une ébauche de l'Autorité Divine, qui est essentiellement indépendante de toute Loi et de toute Obligation.


Ce que l'Ecriture Sainte dit de l'Image de Dieu selon laquelle l'Homme a été créé, ne fait rien ici. Car ceux mASme qui avouent que cette Image est perdu, reconnaissent que l'Homme n'a pas laissé de conserr les lumières de la Loi Naturelle. D'ailleurs, parmi les Hommes on donne d'ordinaire le titre de Saints A  ceux qui s'abstenant des vices les plus grossiers, s'attachent sincèrement A  remplir leur Devoirs. Or qui oserait se faire une pareille idée de la Sainteté de Dieu ? On tient aussi pour un homme juste, celui qui tache de ne faire du mal A  personne, et de rendre A  chacun le sien. Mais Dieu a un droit sourain de détruire ses Créatures, mASme en leur faisant souffrir quelque douleur. Et il ne peut rien devoir aux Hommes, en sorte que, s'il ne le leur rend pas, il leur fasse aucun tort. Il tient ponctuellement ce qu'il a promis, non que personne ait acquis par lA  quelque droit, mais parce qu'il serait indigne de sa Grandeur et de sa Bonté, de frustrer l'attente de ceux A  qui il a fait espérer quelque chose. En effet, lorsqu'on ne tient pas ce qu'on a promis, c'est ou manque de forces pour l'exécuter ; ou par légèreté ; ou par malice ; ou A  cause que, quand on s'est engagé, on ne prévoyait point la situation ou se trouraient les affaires au temps de l'exécution : toutes choses qui emportent une imperfection manifeste. Il faut donc dire, que Dieu ne peut qu'effectuer ses promesses ; au lieu que les Hommes doint indispensablement ne pas manquer A  tenir les leurs : de sorte que l'exécution des Promesses Humaines est obligatoire ; au lieu que celle des Promesses Divines est purement gratuite. Pour les règles que Dieu obser dans l'exercice de sa Justice Vengeresse, nous ne saurions les déterminer : tout ce que nous en connaissons, c'est qu'elle ne s'exerce pas toujours d'une manière qui réponde aux maximes des Tribunaux Humains. En un mot, ce n'est pas tout A  fait sans fondement qu'un ancien Philosophe disait : Quelles Actions attribuerons-nous aux Dieux ? Des actions de Justice ? Mais ne serait-il pas ridicule A  eux de traiter et de négocier ensemble, de se rendre des dépôts et de faire entr'eux d'autres semblables Contrats ? Des Actions de Valeur ? Sera-ce donc afin qu'ils soutiennent courageusement des maux terribles, et qu'ils s'exposent A  de grands dangers pour le maintien de la Vertu ? Des Actions de Libéralité ? Mais A  qui feront-ils part de leurs biens ? Et puis, ne serait-ce pas une chose plaisante, que de s'imaginer entr'eux un commerce d'argent, ou de quelque autre chose pareille ? Des Actions de Tempérance ? Mais la belle louge pour eux, que de n'AStre point sujets A  des Passions déréglées ? Que si nous parcourons toutes les autres sortes d'Actions, nous n'en trourons aucune qui ne soit basse, et indigne de la Divinité.
Au reste, par nôtre sentiment, qui exclut tout droit commun A  Dieu et aux Hommes, il est aisé de répondre aux exemples qu'on allègue pour prour que Dieu peut dispenser de la Loi Naturelle : comme lorsqu'il ordonna A  Abraham d'immoler son fils, et aux Israélites d'emporter les vases d'or et d'argent des Egyptiens. Car comme il est le Sourain Maitre de toutes choses, le droit qu'il a sur ses Créatures est infiniment plus relevé et plus absolu, que celui d'un Homme sur un autre Homme, qui lui est naturellement égal. Lors donc qu'un Homme, par un ordre exprès de Dieu, exécute, en qualité de simple instrument, quelque acte du droit que cet Etre Sourain a sur toutes ses Créatures, ce n'est point proprement une dispense de la Loi Naturelle. Il faudrait AStre bien ignorant pour s'imaginer que le changement de l'Objet, ou des circonstances qui l'accomnent, causa quelque changement dans la Loi mASme. Si un Créancier, par exemple, n'a plus de lieu A  l'égard de celui-ci, parce que le prASt ne subsiste plus. Lorsque le Magistrat en confisquant un Dépôt, exempte le Dépositaire de l'obligation de restituer ; il ne se fait non plus aucun changement ni dans la Loi, ni dans l'objet enrs lequel la Loi prescrit le devoir. Car voici proprement en quoi consiste la Loi : Un dépositaire doit rendre le dépôt ou A  la personne mASme qui le lui a remis entre les mains, ou A  tout autre qui succède aux droits de cette personne. Ainsi cela ne regard ni un Voleur, parce que le Dépôt ne lui appartient point ; ni un homme qui est banni de l'état ; parce qu'alors la chose déposée passe au domaine du Fisc ()
() Il y en a d'autres qui posent pour fondement du Droit Naturel, le consentement de tous les Hommes, ou de toutes les Nations, ou du moins de la plupart et des plus civilisées, A  reconnaitre certaines choses pour honnAStes ou déshonnAStes. Mais outre que par lA  on donne seulement une démonstration a posteriori, comme on parle, et qui ne nous enseigne point pourquoi telle ou telle chose est prescrite ou défendue par le Droit Naturel : c'est dans le fond une méthode bien peu sure, et environnée d'une nombre infini de difficultés. Car si on en appelle au consentement de tout le Genre Humain, il nait de lA , comme le montre fort bien Hobbes, deux inconvénients facheux. Le premier, c'est que, dans supposition, il serait impossible qu'aucun homme qui ferait actuellement usage de la Raison, péchat jamais contre la Loi Naturelle : car dès lA  qu'une seule personne, qui fait partie du Genre Humain, entre dans quelque opinion différente de celle des autres, le consentement du Genre Humain devient imparfait. L'autre, c'est qu'il parait visiblement absurde de prendre pour fondement des Lois Naturelles, le consentement de ceux qui les violent plus sount qu'ils ne les obsernt.
On n'est pas mieux fondé A  en appeler au consentement de toutes les Nations. Car qui est-ce qui fait bien, je ne dirai pas les mœurs et les coutumes de tous les Peuples de la Terre, mais seulement leurs noms ? En vain répliquerait-on, que le consentement des Nations civilisées suffit, et qu'on ne doit avoir aucun égard aux Nations barbares. Car y a-t-il quelque Peuple tant soit peu éclairé, et soigneux de sa propre conservation, qui uille se reconnaitre lui-mASme barbare ? Ou quelle Nation sera assez vaine pour prétendre que toutes les autres se règlent sur elle, et pour se croire en droit de déclarer barbares celles dont les mœurs ne se trount pas conformes aux siennes ? C'était A  la vérité l'idée superbe que les anciens Grecs se faisaient de leur Nation par rapport A  tout le reste du monde. Les Romains leur succédèrent dans ces sottes et orgueilleuses prétentions. Aujourd'hui mASme quelques Peuples de l'Europe se sont mis sur le pied de regarder tous les autres comme fort au dessous d'eux pour la politesse des Mœurs.
Mais en revanche il se trou des Nations qui s'estiment infiniment plus polies que nous. Il y a longtemps que les Chinois se croyant seuls sages et ingénieux, disent fièrement que les Européens n'ont qu'un œil, et que tous les autres Peuples sont entièrement augles. On voit mASme des gens qui méprisent extrASmement les Sciences que nous cultivons ac tant de soin et qui les regardent comme un secours étranger par lequel nous tachons de suppléer A  notre peu de génie ; car, disent-ils, le Bon Sens n'a pas besoin de tant de Science, et l'expérience fait voir que bien des gens sans lettres ont naturellement l'Esprit juste et pénétrant : outre que le Savoir n'est pas toujours accomné des Bonnes Mœurs, comme il le faudrait. D'ailleurs, il y a des Peuples qui tirant vanité d'un appareil embarrassant de mille choses vaines ou superflus, prétendent, A  cause de cela, AStre en droit de mépriser ceux qui mènent une vie plus simple. Cependant on trou sount plus de probité parmi les derniers que parmi les premiers ; et rien n'est plus judicieux que la réflexion d'un Historien Latin au sujet de Scythes ; On ne saurait, dit-il, trop s'étonner de voir que la Nature donne A  des Peuples ignorants une Sagesse, où les Grecs ne sauraient parnir par une étude opiniatre et par tous les préceptes de la Philosophie, et que les mœurs des Barbares l'emportent sur celles d'une Nation polie par les Arts et par les Sciences : tant il leur est plus avantageux d'ignorer les Vices, qu'il ne l'est aux Grecs de connaitre les Vertus.
Mais quand le consentement des Peuples serait plus général qu'il ne parait, cette raison seule ne fournirait point par elle-mASme une preu bien considérable. Car l'expérience fait voir, qu'il y a ordinairement plus de Sots que de Sages ; que peu de gens formulent leurs opinions sur un examen attentif et désintéressé des vériles fondements des choses ; et que la plupart au contraire, sans faire presque aucun usage de leur propre Raison, s'en rapportent aux décisions d'autrui ac une déférence augle.
Enfin, j'avoue bien qu'on est assez assuré du consentement de la plupart des Nations connues, du moins en matière des maximes générales du Droit Naturel ; et que la conformité d'une mASme Nature peut faire vraisemblablement présumer, que les autres Nations, dont nous n'avons aucune connaissance, ont lA -dessus des idées approchantes. Mais tout ce qu'on peut conclure de lA , c'est que la pratique de tels ou tels Devoirs leur parait juste et nécessaire A  l'égard des Membres d'un mASme Etat ; car il n'est pas toujours sur d'en inférer, qu'elles étendent cette Obligation aux Etrangers. On voit au contraire que plusieurs Peuples ont regardé tous ceux qui n'étaient pas de leur Nation, quand l'occasion s'en présentait, sans croire faire aucun mal ()
() C'est sans doute cette prodigieuse dirsité de Lois et des Mœurs qui a donné occasion A  quelques personnes de nier absolument le Droit Naturel, et de soutenir que la source et l'unique règle de toute sorte de Droit, c'est l'utilité particulière de chaque état. L'utilité, disait un ancien Poète, c'est comme la Mère de la Justice et de l'Equité Il faut connir, si l'on ut remonter jusqu'aux premiers Siècles, qu'on ne s'est avisé défaire des Lois que pour se mettre A  court des insultes des Hommes. La Nature toute seule n'est pas capable de démASler ce qui est juste d'ac ce qui ne l'est pas, de la mASme manière que son instinct nous fait connaitre ce qui nous est bon, et ce qui nous est mauvais, ce qu'il faut rechercher, et ce qu'il faut fuir. Le plus célèbre défenseur de cette opinion parmi les anciens Philosophes, c'est Carnéade, dont un ancien Docteur Chrétien nous a conservé les arguments en abrégé. Les Hommes, disait-il, se sont faits des Lois selon que leur avantage particulier le demandait ; et de lA  vient qu'elles sont différentes non seulement selon la dirsité des Peuples, mais encore quelquefois chez le mASme Peuple selon les temps. Pour ce que l'on appelle Droit Naturelle, c'est une pure chimère. La Nature porte tous les Hommes, et généralement tous les Animaux, A  chercher leur avantage particulier : ainsi, ou il n'y a point Justice, ou s'il y en a quelqu'une, ce ne peut AStre qu'une souraine extravagance, puis qu'elle nous engage A  procurer le bien d'autrui au préjudice de nos propres intérASts. Car si tous les Peuples célèbres par leur puissance, et les Romains mASme qui sont maitres de l'Unirs, voulaient suivre les règles de la Justice, c'est-A -dire s'ils voulaient restituer le bien d'autrui, il faudrait qu'ils allassent demeurer dans des Cabanes, et qu'ils vécussent pauvres et misérables, comme faisaient leurs AncAStres.
Mais, pour détruire ces vaines subtilités, il faut remarquer d'abord, après Ciceron, que le langage et les opinions des hommes se sont beaucoup écartés de la Vérité et de la droite Raison, en distinguant l'HonnASte de l'Utile, et en se persuadant qu'il y a des choses honnAStes qui ne sont pas utiles, et qu'il y en a qui sont utiles quoi qu'elles ne soient pas honnAStes. Il n'y a rien de plus pernicieux A  la Société Humaine, ni de plus capable de corrompre les mœurs des Hommes qu'un tel sentiment, qui, au jugement de Socrate, sépare ce que la Nature et la Vérité ne séparent point. En effet, ces gens-lA , pour en faire accroire aux ignorants, se sont servis de l'ambiguïté du terme d'utile, qui se prend en deux significations différentes, selon qu'on juge par dirs principes de l'avantage que les choses sont capables de procurer. Car il y a une Utilité qui ne parait telle qu'au jugement corrompu des Passions déréglées, lesquelles, sans s'embarrasser de l'anir, s'attachent uniquement aux avantages présents et passagers. Mais il y a une autre Utilité fondée sur les lumières, de la droite Raison, qui ne considère pas seulement ce qu'on a devant les yeux, mais qui en examine les suites. Ainsi cette Raison éclairée ne juge vérilement utile que ce qui est tel toujours et A  tous égards, comme aussi pour tout le monde : elle condamne au contraire absolument ces désirs augles qui nous font soupirer après quelque avantage passager, d'où il naitra une foule de maux ; comme quand un Malade, dans le chaud de la fièvre, avale de grands rres d'eau froide, qui lui causeront ensuite de violentes douleurs. Je dis donc : 1. Que les Actions conformes A  la Loi Naturelle sont non seulement honnAStes, c'est-A -dire propres A  conserr et A  augmenter l'honneur, l'estime, et la dignité de l'Homme, mais encore vérilement utiles, c'est-A -dire, capables de lui procurer quelque solide avantage, et de contribuer A  sa félicité. Et cette dernière qualité, bien loin de diminuer l'excellence de la Vertu, lui convient si naturellement, que les Ecrivains Sacrés mASme nous disent, que la Piété sert en toutes choses, ayant les promesses de la Vie présente, et de celle qui est A  nir. Au lieu que les Actions contraires A  la Loi Naturelle sont toujours et déshonnAStes et désavantageuses. Car si elles causent sount quelque plaisir, et si mASme quelquefois elles semblent procurer quelque avantage ; outre que ces plaisirs et ces avantages ne sont pas de longue durée, ils entrainent après eux un grand nombre de maux infiniment plus sensibles. Bien loin donc que les Lois Civiles mASme aient été élies en vue de cette fausse et momentanée utilité ;
leur principal but est d'empAScher que le Citoyens ne règlent lA -dessus leur conduite. En effet, si quelqu'un prétendait rapporter tout uniquement A  son propre avantage, sans avoir aucun égard aux autres ; comme ceux-ci seraient en droit d'en user de mASme, il naitrait de lA  infailliblement une extrASme confusion, et une espèce de guerre de chacun contre tous, qui est ce que l'on peut concevoir de plus désavantageux et de moins connable aux Hommes. Au contraire, lors qu'on tache de gagner la bienillance des autres en pratiquant A  leur égard les Devoirs de la Loi Naturelle, on peut se promettre plus sûrement de leur part quelque avantage, que si en se confiant sur ses seules forces on entreprenait de faire A  qui l'on voudrait tout le mal qu'il nous plairait. 2. De plus, on ne saurait raisonnablement se urer aucune utilité tellement particulière A  quelqu'un, qu'elle ne puisse connir A  tout autre. Car la Nature n'ayant donné A  personne le privilège de s'attribuer sur les autres un droit dont ils ne puissent user A  leur tour par rapport A  lui ; en vain se flatterait-on de trour quelque avantage A  enler aux autres ou par ruse, ou par force, ce qu'ils ont acquis par leur industrie, puisqu'ils sont en droit de se défendre, et de se prévaloir contre nous de la mASme licence : en vain croirait-on utile de manquer A  sa parole, puis que les autres peunt A  leur tour ne pas tenir celle qu'ils nous ont donnée. 3. Il n'y a mASme personne d'assez puissant pour avoir lieu de croire qu'on ne soit pas en état de lui rendre la pareille. Car toute puissance résulte des forces réunies de plusieurs, et la violence seule n'est pas un moyen propre A  engager ou maintenir les autres dans nos intérASts. De sorte que, si cette fausse utilité est la règle de toute nôtre conduite, l'homme le plus puissant courra grand risque de la vie toutes les fois qu'il y aura une seule personne qui croira avoir intérASt de le faire périr ; et cette personne ensuite apprendra aux autres par son propre exemple A  entreprendre contr'elle la mASme chose. Ce n'est donc pas la Justice, mais plutôt l'Injustice, qui doit passer pour une souraine extravagance ; puis qu'elle n'est ni généralement avantageuse, ni d'une utilité solide et durable, quelque bon succès que les entreprises injustes semblent avoir pour un temps : outre qu'elle tend A  détruire la Société, d'où dépend la conservation des Hommes. Et cela se vérifie non seulement A  l'égard de chaque Particulier, mais encore A  l'égard des Sociétés Civiles, dont aucun jusqu'ici n'a été si grande ni si puissante, qu'elle n'ait jamais eu besoin de l'amitié des autres, et que celles-ci, du moins en se joignant plusieurs ensemble, n'aient été en état de lui faire bien du mal. Les pensées d'Epicure approchent assez de ce que nous nons d'élir. La Justice, disait-il ; non seulement ne nuit jamais A  personne, mais encore elle procure toujours quelque bien, soit par la rtu propre et naturelle qu'elle a de mettre l'esprit en repos, soit par l'espérance qu'elle fait concevoir qu'il ne nous manquera rien de ce que peut désirer la nature non-corrompue Du moment que l'Injustice s'est emparée de l'esprit d'un homme, il est impossible qu'il ne s'excite en lui du trouble et de l'agitation : jusque lA  que s'il vient A  former quelque mauvais dessein, quoi qu'il l'exécute en secret, il ne sera jamais assuré que son action demeure toujours cachée La justice ayant été inntée pour le Bien commun, il faut que le Droit ou le Juste qu'elle a en vue soit quelque chose de bon et d'avantageux A  tous en général et A  chacun souhaite ce qui lui est bon, le Droit ou le Juste ne peut qu'AStre conforme A  la Nature, et par conséquent doit AStre appelé Naturel Le droit Naturel n'est donc autre chose que la marque A  la quelle on connait l'Utile, ou cet avantage que l'on s'est proposé d'un commun accord, et qui consiste A  ne faire ni recevoir aucun mal, et par conséquent A  vivre en repos, et en sûreté ; ce qui étant bon et avantageux A  chacun, chacun aussi le désire naturellement. Mais pour ce qu'on ajoute ensuite de la dirsité des intérASts selon la dirsité des Nations, d'où l'on infère que la Justice elle-mASme est variable ; cela ne peut AStre admis qu'A  l'égard du Droit Civil, et nullement A  l'égard du Droit Naturel.


Au reste, il n'y a personne qui ne voie combien il est contraire au Sens Commun, de prendre pour unique règle de toutes Actions l'Utilité opposée A  la Justice. Voici ce que dit très bien lA -dessus, dans les Dialogues de Platon, un Sophiste d'ailleurs fort impertinent. Dans tous les autres Arts, si quelqu'un se vante d'y exceller, et qu'un homme, par exemple, se donne pour un excellent Joueur de flûte sans en savoir jouer ; tout le monde le siffle ou s'emporte contre lui ; et les Parents viennent et le font retirer comme un homme qui a perdu l'esprit. Au contraire, quand on voit une homme, qui sur la Justice et sur les autres Vertus Politiques, dit devant tout le monde, et témoigne contre lui-mASme qu'il n'est ni juste, ni rtueux, quoi que dans toutes les autres occasions on ne trou rien de plus louable que de dire la vérité, et que ce soit une marque de pudeur, on le prend pourtant lA  pour une marque de folie, et l'on dit pour raison, que tous les Hommes sont obligés de dire qu'il sont justes, quand mASme ils ne le seraient pas ; et que celui qui ne sait pas au moins contrefaire le juste, est entièrement fou, comme n'y ayant absolument personne qui ne soit obligé de participer A  cette rtu, ou bien il faut qu'il cesse d'AStre homme. Il n'y a personne, disait un ancien Orateur, qui soit assez, méchant pour vouloir AStre regardé comme tel ; j'ajoute, et qui ne témoigne mASme plus d'honnASteté dans ses paroles, que dans ses sentiments ou dans ses actions. Enfin, par un effet de la Providence divine, l'expérience confond d'ordinaire les défenseurs du dogme pernicieux que nous réfutons ici. On pourrait en alléguer une infinité d'exemples, mais je me contente de deux ou trois. Lysandre, ce grand fourbe, qui faisait consister la Justice et l'HonnASteté uniquement dans l'intérASt particulier de chacun, et qui soutenait que la Vérité ne vaut pas mieux que le Mensonge, et qu'il faut amuser les hommes par des serments, comme on amuse les enfants ac osselets : cet homme, dis-je, élit-il sa fortune sur un fondement plus solide, que s'il se fût toujours proposé de suivre la Vérité et la Vertu lAgesilas, qui d'ailleurs dans ses discours élevait la Justice au dessus de toutes les autres Vertus, soutenant mASme que sans elle la Valeur ne servait de rien ; ne laissa pas de dire, pour excuser l'entreprise de Phebidas sur la Forteresse de Cadmée, qu'il fallait examiner si cette action en elle-mASme apportait quelque utilité aux Lacédémoniens, parce qu'on pouvait faire de son pur moument et sans attendre aucun ordre, tout ce qui était avantageux A  l'Etat. Mais cette entreprise ne fut-elle pas cause que les Lacédémoniens perdirent l'empire de la Grèce ?
Cela posé, on peut aisément répondre aux Objections des Adrsaires. Les Etats, dit-on, se sont fait des Lois différentes, selon que leur intérASt particulier le demandait : donc il n'y a point de Droit Naturel et invariable. Mais cette conséquence n'est pas juste. Car toutes les Lois Civiles supposent ou renferment du moins les principaux chefs de la Loi Naturelle, sans l'observation desquels le Genre Humain ne saurait se conserr, et qui ne sont nullement détruits par les Statuts particuliers que l'intérASt de chaque Société Civile a demandé qu'on y ajoutat.
J'avoue que les Lois pénales, ou la Sanction pénale des Lois, ont été inntées pour empAScher les injustices ; lorsque les maximes de la Loi Naturelle n'ont plus eu par elles-mASmes assez de force pour réprimer la Malice Humaine. C'est en ce sens seulement qu'on peut dire que les Lois ont été élies A  l'occasion, et pour mettre les Hommes A  court des insultes les uns des autres.
A l'égard de ce que dit encore Horace, que la Nature toute seule n'est pas capable de démASler ce qui est juste d'ac ce qui ne l'est pas, j'en tombe d'accord, si l'on entend par la Nature ce principe commun aux Hommes et aux BAStes, qui fait apercevoir aux BAStes mASme le moyen de leurs Sens ce qui est connable ou nuisible au Corps, sans leur donner pourtant aucune connaissance de l'HonnASte ou du DéshonnASte. Mais si par la Nature on entend un principe Intelligent et Raisonnable, la Proposition est fausse ()
() Pour travailler donc ac plus de succès A  découvrir ce principe si important, il faut remarquer d'abord qu'il y a une chose en quoi la plupart des Moralistes conviennent c'est que les Règles du Droit Naturel découlent des maximes d'une Raison éclairée. D'où vient que l'Ecriture Sainte mASme nous représente la Loi Naturelle comme écrite dans le cœur des Hommes.
J'avoue que les Ecrivains Sacrés nous fournissent de grandes lumières pour connaitre plus certainement et plus distinctement les principes du Droit Naturel. Mais cela n'empASche pas qu'on ne puisse découvrir et démontrer solidement ces principes sans le secours de la Révélation, par les seules forces de la Raison naturelle dont le Créateur a pourvu tous les Hommes, et qui sans contredit subsiste encore aujourd'hui.
Il n'est pourtant pas nécessaire, A  mon avis, de s'opiniatrer A  soutenir que les principes de la Loi Naturelle, du moins les plus généraux, soient nés, pour ainsi dire, ac nous et gravés dans nos Esprits, dès le premier moment de notre existence, en forme de Propositions distinctes et actuellement présentes A  l'Entendement, de forte qu'aussitôt qu'on A  l'usage de la Parole chacun puisse de lui-mASme les exprimer sans aucune instruction ni aucune réflexion. C'est lA  une pure supposition, destituée de fondement, et pour en tomber d'accord il ne faut qu'envisager ac un peut d'attention la manière sensible dont les Enfants sortent peu A  peu leur ignorance. Les Ecrivains Sacrés mASme désignent l'Enfance par un age ou l'on ignore le Bien et le Mal, et l'age de discrétion par un état ou l'on connait l'un et l'autre. Car pour le passage de St. Paul, que bien des gens pressent si fort, c'est une expression urée, qui n'emportera autre chose qu'une connaissance évidente, profondément gravée dans la mémoire, et dont chacun est convaincu dans sa propre conscience ; de quelque manière que les idées en aient été imprimées dans l'Esprit. Un Prophète dit aussi, que le péché de Juda est gravé sur les plaques de son cœur : prétendra-t-on insérer de lA , que ce péché, qui était sans doute un péché actuel, fût connu aux Juifs dès le moment de leur naissance ? J'avoue que les Enfants, et le Peuple le plus grossier, paraissent avoir une grande facilité A  discerner le Juste d'ac l'Injuste. Mais cela vient de l'habitude qu'ils ont contractée insensiblement, A  mesure qu'ils voient, dès le berceau, pour ainsi dire, et depuis qu'ils avaient commencé A  faire quelque usage de leur Raison, le Bien approuvé, et le Mal désapprouvé, le premier loué, et l'autre puni. Car la pratique ordinaire des principales maximes du Droit Nature, et toutes la suite de la Vie commune, qui est réglé la-dessus, fait qu'il y a peu de gens qui s'avisent de douter si les choses pourraient aller autrement. Cependant pour peu qu'on examine ces maximes, on troura qu'il y en a plusieurs dont il est fort difficile de rendre raison, que le Peuple pratique néanmoins ac une promptitude et une facilité merilleuse. Par exemple, dit l'Auteur dont j'examinais un peu plus haut les pensées, lors qu'un Voleur est surpris sur le fait, toute la multitude s'empresse et par ses vœux, et par des efforts réels, A  le faire prendre. Mais si un homme en a tué un autre par un moument impétueux de colère, chacun souhaite qu'il s'évade, personne du moins ne prASte volontiers main forte pour le saisir. Le Peuple ignore la raison de ces différents sentiments ; la voici : c'est que chacun a plus A  craindre de la part d'un Voleur, qui en ut aux biens de tout le monde, que de la part d'un homme qui ne s'est emporté contre un autre que parce qu'il en avait été insulté. Ainsi lorsque nous soutenons que la Loi Naturelle est fondée sur les maximes de la droite Raison, nous voulons dire par lA , l'Entendement Humain a la faculté de découvrir clairement et distinctement, en réfléchissant sur la nature et la constitution des Hommes, la nécessité qu'il y a de conformer sa conduite aux Lois Naturelles ; et qu'il peut en mASme temps trour un principe fondamental d'où ces Lois se déduisent par des démonstrations solides et convaincantes.
En vain objecterait-on, qu'une infinité de gens ou ignorent, ou ne comprennent point les démonstrations méthodiques des principes de la Loi Naturelle ; et que la plupart n'apprennent et ne pratiquent ordinairement cette Loi que paf un effet de la Coutume ou de l'Expérience commune. Car on voit tous les jours des Ouvriers qui copient fort bien des ouvrages dont ils ne comprennent point l'artifice, ou qui se sernt d'instruments abrégés dont ils ignorent la Mécanique, sans que ces ouvrages et ces instruments doint moins pour cela AStre regardés comme des inntions Mathématiques, fondées sur des démonstrations très-certaines.
De lA  il parait par où il faut juger de la droiture de la Raison dans la recherche des fondements du Droit Naturel ; c'est-A -dire, A  quoi l'on connait qu'une maxime est conforme ou contraire A  la droite Raison. Car les maximes de la droite Raison sont des principes vrais, c'est-A -dire, qui s'accordent ac la nature des choses bien examinée, ou qui sont déduits par une juste conséquence de quelque premier principe vrai en lui-mASme. Ce sont au contraire des maximes de la Raison corrompue, lors qu'on batit sur de faux principes, ou que de principes vériles en eux-mASmes on vient A  tirer quelque fausse conséquence. Si donc ce que l'on donne pour une maxime de la Loi Naturelle, est effectiment fondé sur la nature des choses, on pourra le regarder A  coup sûr comme un principe vérile, et par conséquent comme un principe de la droite Raison : car la nature des choses ne nous fait connaitre que ce qui existe réellement, et la cause d'où il tire son origine, en quoi il ne se trou jamais de fausseté ; le Faux pronant uniquement de l'erreur des hommes, qui séparent des idées naturellement jointes ensemble, ou qui en joignent d'autres naturellement séparées. Ac ces précautions il n'est point A  craindre qu'on puisse nous faire prendre pour Loi Naturelle le chimères d'une imagination échauffée, ou les désirs déréglés d'un cœur escla de ses Passions.
Car la Vérité et la Droiture consistant dans la connance des Idées et des Propositions ac les Choses mASmes qu'elles représentent, en vain en appellera-t-on A  la Raison, tant qu'on ne pourra point démontrer ce qu'on avance par des principes conformes A  la nature des choses, c'est-A -dire, par des principes vériles. Pour ceux qui, faute de génie ou de pénétration, ignorent l'art de démontrer méthodiquement une vérité, ils seraient bien impertinents de prétendre qu'on dût avoir quelque égard pour visions de leur cerau, lorsqu'elles s'ésectiunent des sentiments ordinaires.
Une autre chose qui est nécessaire pour élir le vérile fondement du Droit Naturel, et de la nécessité de laquelle on conviendra aisément pour peu qu'on sache les règles des Démonstrations ; c'est que les principes, dont on se sert, doint AStre non seulement nécessairement vrais, et primitifs, mais encore propres et affectés, pour ainsi dire, A  la Science que l'on ut expliquer, et accomnés d'une si grande évidence, que fournissant A  l'Esprit la raison directe et immédiate des Propositions qu'on avance, ils le forcent A  y acquiescer entièrement, sans chercher d'autre preu. Cest A  quoi n'ont pas fait assez d'attention ceux dont nous avons examiné ci-dessus les hypothèses, et quelques autres encore qui posent pour maxime fondamentale de la Loi Naturelle, Que l'HonnASteté Naturelle consiste dans un juste accord de la Raison et de l'Appétit ; et que la règle en est l'excellence et la dignité de la Nature Humaine, aussi bien que la fin pour laquelle la Nature nous a mis au monde. En effet, tant qu'on se contente de raisonner ainsi : cette Action convient A  l'excellence et A  la dignité de l'Homme ; donc elle est HonnASte, et par conséquent d'une nécessité indispensable : on n'acquiert point par lA  une connaissance claire et distincte, A  laquelle l'Esprit puisse acquiescer entièrement ; il reste encore A  savoir, en quoi consiste cette excellence, et pourquoi elle convient A  l'Homme. Si l'on disait, par exemple, A  un Ecclésiastique : Il n'est pas bienséant A  une personne comme vous de fréquenter les Cabarets et les lieux de Débauche, parce que cela est contraire A  la dignité de vôtre Emploi : il n'y aurait lA  rien que de très vérile ; mais on n'alléguerait point la raison immédiate et qui laisse plus aucun doute dans l'Esprit.
Au reste, pour avoir lieu de soutenir, que la Loi Naturelle est connue de tous les Hommes qui font usage de leur Raison, il n'est pas nécessaire que tout le monde soit capable d'en démontrer méthodiquement les maximes ; il suffit que les Esprits les plus médiocres puissent du moins comprendre ces démonstrations lorsqu'elles leur sont proposées, et en reconnaitre clairement la vérité en les ant ac la constitution de leur propre Nature. Pour le bas Peuple, dans l'esprit duquel les principes de la Loi Naturelle s'introduisent par une instruction superficielle, et par les impressions de l'Exemple et de la Coutume ; il peut s'assurer suffisamment de la vérité de ces maximes, non seulement par l'autorité de ses Supérieurs, qui les font obserr dans la Société Civile où il vit, mais encore par l'impossibilité où il est de trour aucune raison apparente qui soit capable d'en détruire ou d'en ébranler seulement la certitude, et par l'utilité manifeste qu'il en voit renir tous les jours. VoilA  pourquoi la Loi Naturelle est censée suffisamment publiée, en sorte qu'aucun Homme en age de discrétion, et en son bon sens, ne saurait lA -dessus alléguer pour excuse recevable une ignorance invincible.


Hobbes, pour faire voir que la connaissance des maximes de la Loi Naturelle est aisée A  acquérir, pose en fait que les plus ignorants peunt s'en instruire par cette seule règle : Que toutes les fois qu'on doute si ce qu'on ut faire enrs les autres est conforme ou contraire au droit Naturel, il faut se mettre A  leur place. Car alors, dit-il, l'Amour propre et les Passions, qui faisaient fortement pencher la balance d'un côté, passant, pour ainsi dire, de l'autre, on rra aisément A  quoi la Raison nous porte. Bien que cette Règle se trou confirmée par les plus sages Païens, et, qui plus est, par nôtre Seigneur Jesus-Christ, un Auteur moderne ne la croit pas généralement vraie ; car, dit-il, si cela était, un Juge devrait absoudre des Voleurs reconnus tels et convaincus juridiquement ; puisque s'il se trouvait A  leur place, il souhaiterait sans doute qu'on lui sauvat la vie. Par la mASme raison, il faudrait donner A  un Pauvre tout ce qu'il demanderait, puisque, si l'on était A  sa place, on voudrait que les autres en usassent ainsi ac nous. Un maitre devrait aussi nettoyer les souliers de son Valet, parce qu'il exige ordinairement de lui un pareil service. Mais tout cela n'empASche point, A  mon avis, que la Règle, dont il s'agit, ne soit sûre, pourvu qu'on regarde en mASme temps les deux côtés, si j'ose ainsi parler, de la balance, c'est-A -dire, pourvu qu'on examine, non seulement si la chose nous parait agréable ou désagréable A  nous-mASmes, mais encore si les autres se trount dans quelque Obligation, ou dans quelque nécessité, A  cet égard, et si l'on peut exiger d'eux une telle chose sans blesser ni leur devoir, ni le nôtre. .T'avoue néanmoins que cette Régie, quelque raisonnable qu'elle soit en elle-mASme, ne saurait passer pour une maxime fondamentale du Droit Naturel, puis que c'est une conséquence de la Loi qui ordonne de regarder tous les autres comme nous étant naturellement égaux, et qu'ainsi l'on ne peut la démontrer a priori.
Pour moi je ne trou point de voie plus abrégée ni plus commode pour découvrir les principes du Droit Naturel, que de considérer ac soin la nature, la constitution, et les inclinations de l'Homme. Car soit que la Loi Naturelle lui ait été donnée pour la rendre plus heureux, ou pour empAScher que sa malice ne lui devint funeste A  lui-mASme ; le meilleur moyen de connaitre cette Loi, c'est de voir en quoi il a besoin ou de secours, ou de frein. J'avoue pourtant que dans l'examen de la condition humaine il faut nécessairement faire réflexion A  bien des choses extérieures, surtout A  celles qui peunt nous apporter quelque avantage ou quelque désavantage ()
() Cela posé, nous n'aurons pas beaucoup de peine A  découvrir le vérile fondement du Droit Naturel. L'homme, comme nous l'avons vu ci-dessus, étant un Animal très affectionné A  sa propre conservation, pauvre néanmoins et indigent de lui-mASme, hors d'état de se conserr sans le secours de ses semblables, très capable de leur faire du bien, et d'en recevoir ; mais d'autre côté malicieux, insolent, facile A  irriter, prompt A  nuire, et armé pour cet effet de forces suffisantes ; il ne saurait subsister, ni jour des biens qui conviennent A  son état ici bas, s'il n'est sociable, c'est-A -dire, s'il ne ut vivre en bonne union ac ses semblables, et agir ac eux de telle manière, qu'il ne leur donne pas lieu de penser A  lui faire du mal, mais plutôt qu'il les engage A  maintenir an A  avancer mASme ses intérASts. Voici donc la Loi fondamentale du Droit Naturel : c'est que CHACUN DOIT ETRE PORTé A FORMER ET ENTRETENIR, AUTANT QU'IL DéPEND DE LUI, UNE SOCIéTé PAISIBLE AVEC TOUS LES AUTRES, CONFORMéMENT A LA CONSTITUTION ET AU BUT DE TOUTE LE GENRE HUMAIN SANS EXCEPTION. D'où il s'ensuit que, comme quiconque oblige A  un certaine fin, oblige en mASme temps aux moyens sans quoi on ne saurait l'obtenir, tout ce qui contribue nécessairement A  cette Sociabilité unirselle, doit AStre tenu pour prescrit par le Droit Naturel ; et tout ce qui la trouble au contraire, doit AStre censés défendus par le mASme Droit.
J'ai dit que la Sociabilité doit AStre entretenue conformément A  la constitution et au but de tout le Genre Humain sans exception ; pour donner A  entendre qu'il ne suffit pas de se joindre ac d'autres dans quelque vue que ce soit, et que notre Sociabilité n'est pas précisément cette disposition qui porte A  former des Sociétés particulières, où l'on peut entrer A  mauvais dessein et d'une manière criminelle, comme font les Brigands ; mais qu'elle consiste dans ces sentiments d'un Homme enrs tout autre, qui font qu'il le regarde comme uni ac lui par la paix, la bienillance, l'affection, et mASme par des obligations réciproques. Il est donc très-faux, que cette Sociabilité s'étende indifféremment aux bonnes et aux mauvaises Sociétés.
J'ai dit encore, que chacun doit AStre porté A  l'entretenir, autant qu'il dépend de lui ; pour insinuer, que comme il ne dépend pas de nous de faire en sorte que tous les autres agissent ac nous de la manière qu'ils devraient ; pourvu que de notre côté nous n'ayons rien négligé de ce qui était en notre pouvoir pour les engager A  témoigner enrs nous des sentiments réciproques de Sociabilité, nous nous sommes pleinement acquittés de notre devoir.
Enfin, il faut encore examiner ici, s'il y a un Droit des Gens Positif, distinct du Droit Naturel ? Les Savants ne s'accordent pas bien lA -dessus. Plusieurs croient que le Droit Naturel et le Droit des Gens ne sont au fond qu'une seule et mASme chose, et qu'ils ne diffèrent que par une dénomination extérieure. C'est ainsi que Hobbes divise la Loi Naturelle en Loi Naturelle de l'Homme, et Loi Naturelle des Etats. Cette dernière, selon lui, est ce que l'on appelle d'ordinaire Droit des Gens. Les maximes, ajoute-t-il, de l'une et de l'autre de ces Lois, sont précisément les mASmes ; mais comme les Etats du moment qu'ils sont formés, acquièrent en quelque manière de propriétés personnelles ; la mASme Loi qui se nomme Naturelle, lorsqu'on parle des Devoirs des Particuliers, s'appelle Droit des Gens, lorsqu'on l'applique au Corps entier d'un Etat ou d'une Nation. Je souscris absolument A  cette proposition ; et je ne reconnais aucune autre sorte de Droit des Gens Volontaire au Positif, du moins qui ait force de Loi proprement dite, et qui oblige les Peuples comme émanant d'un Supérieur. Il n'y a mASme dans le fond aucune contrariété entre notre opinion, et celle de quelques Savants, qui rapportent au Droit Naturel, ce qui est conforme A  une Nature Raisonnable ; et au Droit des gens, ce qui est fondé sur nos besoins, auxquels on ne saurait mieux pourvoir que par les Lois de la Sociabilité. Car nous soutenons seulement qu'il n'y a point de Droit des Gens Positif, qui dépende de la volonté d'un Supérieur. Et ce qui est une fuite des besoins de la Nature Humaine, se doit rapporter, selon moi, au Droit Naturel. Que si nous n'avons pas jugé A  propos de fonder ce Droit sur la connance des choses, qui en font l'objet, ac une Nature Raisonnable ; c'est pour ne pas élir dans la Raison mASme la règle des maximes de la Raison, et pour éviter le cercle où se réduit la démonstration des Lois Naturelles faite selon cette méthode. Au reste, la plupart des choses que les Jurisconsultes Romains, et le commun des Savants rapportent au Droit des Gens, par exemple, les différentes sortes d'Acquisition, les Contracts, et autres choses semblables, ou font de Droit Naturel, ou font partie du Droit Civil de chaque Nation. Et quoi qu'en matière de ces sortes de choses qui ne sont pas fondées sur la constitution unirselle du Genre Humain, les Lois se trount les mASmes chez la plupart des Peuples ; il ne résulte point de lA  une espèce particulière de Droit : car ce n'est point en rtu de quelque Conntion ou de quelque Obligation mutuelle que ces Lois font communes A  plusieurs Peuples, mais purement et simplement par un effet de la volonté particulière des Législateurs de chaque Etat, qui se sont accordés par hasard A  prescrire ou A  défendre les mASmes choses. De lA  vient qu'un Peuple seul peut changer ces Lois de son propre chef, sans consulter les autres, comme on l'a vu arrir sount.
Il ne faut pourtant pas rejeter absolument l'opinion d'un Auteur moderne, qui prétend que les Jurisconsultes Romains entendent par Droit des Gens, celui qui concerne les actes que les Etrangers pouvaient exercer et les affaires qu'il leur était permis de négocier valablement dans les Etats du Peuple Romain : par opposition au Droit Civil, qui était particulier aux Citoyens Romains. De lA  vient qu'on rapportait au Droit Civil les Testaments, et les Mariages, qui n'étaient valides qu'entre Citoyens : au lieu que les Contracts passaient pour AStre Droit des Gens, parce que les Etrangers pouvaient traiter de cette manière ac les Citoyens. Plusieurs donnent aussi le nom de Droit des Gens A  certaines coutumes, surtout en matière de Guerre, lesquelles se pratiquent ordinairement, par une espèce de consentement tacite, entre la plupart des Peuples, du moins de ceux qui se piquent de quelque politesse et de quelque humanité. En effet, les Nations civilisées ayant attaché le plus haut comble de la Gloire A  se distinguer par les armes, c'est-A -dire, A  oser et savoir adroitement faire périr un grand nombre de gens ; ce qui a produit de tout temps plusieurs Guerres non nécessaires, ou mASme injustes : les Conquérants, pour ne pas se rendre tout-A -fait odieux par leur ambition, ont jugé A  propos, de ne se permettre que ce qu'on a droit d'exécuter dans une Guerre juste, et de tempérer l'horreur des armes par quelque apparence d'humanité et de magnanimité. De lA  vient que l'on épargne certaines sortes de choses et certains ordres de personnes dans les expéditions militaires ; que l'on garde quelque mesure dans les maux qu'on fait aux Ennemis ; que l'on traite les Prisonniers d'une certaine manière ; et autres ordres choses semblables. Mais, quoi que ces sortes de coutumes paraissent renfermer quelque Obligation fondée du moins sur une conntion tacite ; si un Prince, dans une Guerre juste, manque de les obserr, après avoir déclaré qu'il ne ut point s'y assujettir ; pourvu qu'en prenant le parti contraire il ne viole point le Droit Naturel, il ne pourra AStre accusé que d'une espèce d'impolitesse, en ce qu'il n'aura pas suivi l'usage reA§u de ceux qui mettent la Guerre au nombre des Arts Libéraux : de mASme que parmi les Maitres d'armes on tient pour un ignorant celui qui n'a pas blessé son homme selon les règles de l'Art. Ainsi tant qu'on ne fait que des Guerres justes, on peut consulter uniquement les maximes du Droit Naturel, et mépriser toutes les coutumes des autres Peuples ; A  moins qu'on n'ait intérASt de s'y conformer, pour engager l'Ennemi A  exercer contre nous, et contre les nôtres, des actes d'hostilité moins rigoureux. Mais ceux qui entreprennent une Guerre mal fondée, font bien de suivre ces coutumes, pour garder du moins quelque mesure et quelque tempérament dans leur injustice. Cependant comme ces raisons-lA  ne sont point généraies, elles ne sauraient constituer aucun Droit unirsel, qui oblige tous les Peuples : d'autant plus que, dans toutes les choses qui ne sont fondées que sur une consentement tacite, chacun peut se dégager en déclarant expressément qu'il ne ut point s'astreindre A  leur observation, et qu'il consent que les autres ne les obsernt pas non plus A  son égard. Aussi voyons-nous que plusieurs de ces coutumes ont été abolies ac le temps, et que mASme quelquefois il s'est introduit des coutumes directement opposées.
C'est en vain que quelqu'un s'est déchainé contre notre opinion ; comme si elle renrsait les fondements de la sûreté, des avantages, et du salut des Peuples : car tout cela ne dépend point des coutumes dont on vient de parler, mais de l'observation du Droit Naturel, principe beaucoup plus solide et plus inviolable, auquel si on se conforme religieusement, le Genre Humain n'aura pas grand besoin de ces sortes de coutumes. D'ailleurs, en fondant une coutume sur les maximes du Droit Naturel, on lui donne une origine beaucoup plus noble et une autorité beaucoup plus grande, que si on la faisait dépendre d'une simple conntion des Peuples.
Entre les choses que l'on croit AStre de Droit des Gens que Grotius appelle Volontaire, on met au premier rang le Droit des Ambassades. Mais, par le Droit Naturel tout seul, les Ambassadeurs doint AStre des personnes sacrées, mASme par rapport A  un Ennemi ; pourvu qu'il soutiennent vérilement le caractère d'Ambassadeurs, et non pas le personnage d'espions ; et que d'ailleurs ils ne trament aucun acte d'hostilité ; quoi qu'ils puissent, en suivant les voies ordinaires, ménager par des traités et des négociations, les intérASts de leur Maitre, au préjudice mASme de ceux du Sourain auprès duquel ils exercent leur emploi. En effet, le Droit Naturel nous ordonnant de rechercher la paix par toutes les voies honnAStes ; et ces sortes de personnes étant nécessaires pour la procurer, la conserr, ou l'affermir par des Traités : le Droit Naturel est aussi censé pourvoir A  leur sûreté, sans quoi l'on ne saurait obtenir cette fin qu'il nous prescrit. De lA  il s'ensuit encore, qu'en rtu du mASme Droit de Nature, les Ambassadeurs du moins A  l'égard des choses qui concernent précisément leur caractère, doint AStre hors de toutes juridiction et de toute contrainte de la part de celui auprès de qui ils sont envoyés : autrement ils ne pourraient point ménager, comme il faut, les intérASts de leur Maitre, s'ils étaient tenus de rendre raison de leur conduite A  cet égard, A  quelque autre qu'A  lui. Mais pour ce qui regarde les autres privilèges que l'on accorde d'ordinaire aux Ambassadeurs, surtout A  ceux qui résident dans un Etat plutôt pour en découvrir les secrets, et y former des intrigues, que pour travailler A  une paix ; ces privilèges dépendent uniquement de l'indulgence des Puissances auprès desquelles les Ambassadeurs sont envoyés, de sorte qu'elles peunt les leur refuser sans aucune injustice, quand elles le jugent A  propos ; pourvu qu'en mASme temps elles trount bon qu'on en use de mASme A  l'égard de leurs propres Ambassadeurs. Le Droit de Sépulture, dont Grotius semble faire un autre chef particulier du Droit des





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