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MANAGEMENT

Le management ou la gestion est au premier chef : l'ensemble des techniques d'organisation des ressources mises en ouvre dans le cadre de l'administration d'une entité, dont l'art de diriger des hommes, afin d'obtenir une performance satisfaisante. Dans un souci d'optimisation, le périmètre de référence s'est constamment élargi. La problématique du management s'efforce - dans un souci d'optimisation et d'harmonisation- d'intègrer l'impact de dimensions nouvelles sur les prises de décision de gestion.


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Communauté et contrat

Le premier peut-AStre, le comte Claude de Saint-Simon (1760-l825) analyse les conditions de l'avènement d'un nouveau système politique et social, le -système industriel-, appelé A  se substituer au -système féodal-. Celui-ci, organisé en vue de la guerre et de la défense, s'était jusqu'alors appuyé sur les instruments de soumission constitués par les autorités militaire et religieuse. Or, selon Saint-Simon, la logique féodale est maintenant condamnée par le développement des facultés productives. La société nouvelle devra -reposer tout entière sur l'industrie- et sur la -classe des industriels-. Elle deviendra une -société positive- mettant en relation non pas des seigneurs et des féaux mais des -sociétaires- associés pour l'action commune de production.
Herbert Spencer (1820-l903), philosophe anglais contemporain de Marx, utilisera plus tard un cadre d'analyse pas substantiellement différent, si ce n'est que le marché prend pour lui la place éminente qu'aient pour Saint-Simon l'industrie et la production. Spencer oppose lui aussi la société industrielle A  la -société militaire-, dans laquelle il voit pour sa part une société tout entière soumise A  l'Etat. Il expose que dans l'ordre créé par la société industrielle, ce qui découle du status ' c'est-A -dire de la position sociale dont on hérite par la naissance ' tend A  se trouver supté par le contrat, c'est-A -dire par toutes les formes d'échanges résultant de positions acquises sur un marche, A  la suite d'un accord libre entre des intérASts ou des volontés (Spencer, 1873, 1874-l875). Spencer est un adepte de la philosophie évolutionniste; il est aussi un ardent défenseur de la révolution libérale qu'il décrit : sa mémoire, éclipsée par le destin du marxisme, ne survivra guère A  sa disparition aux tous débuts du XXe siècle. Mais le paradoxe veut que la discussion qu'il lance dans ces termes vers 1870 ait sensiblement mieux cadré que la pensée marxiste avec les préoccupations de la génération de sociologues qui allait suivre.
En 1887, Ferdinand Tonnies (1855-l936), sociologue allemand, publie un ouvrage intitulé Communauté et société (Tônnies, 1887). L'idée qu'il met en ant d'un passage progressif du stade de la communauté {Gemeinschaft) au stade de la société (Gesellschaft) est sensiblement équilente A  ce que voulaient signifier les théories de Spencer sur la société industrielle. Mais, outre qu'il est plus proche de la psychologie que de l'économie politique, Tônnies n'est pas un défenseur de l'évolution du système marchand, qu'il confond plutôt avec une sorte de catastrophe socialiste. Il n'en continue pas moins d'élargir le sillon déjA  tracé : autrefois était la gemeinschaft, incarnée par la famille, par l'ordre villageois et ce que nous appellerions aujourd'hui leur -convivialité- respective; désormais se développe la gesellschaft, civilisation mécanique et abstraite soumise au droit des marchands et des propriétaires. Celle-ci prospère sur la dissolution de celle-lA . Elle se passe de loyauté, de confiance mutuelle, de proximité affective. Elle met en péril la coutume, la religion et avec elles les sentiments, l'accord entre l'homme et la nature.
Peu de temps après, Emile Durkheim (1858-l917), sociologue franA§ais, s'inspirera beaucoup de ces catégories, allant mASme jusqu'A  engager un long colloque avec les théories de Spencer dans sa thèse de doctorat sur la Division du trail social (Durkheim, 1893). Durkheim ne partage pas du tout la foi libérale de Spencer, mais il est bien plus ouvert que Tônnies aux évolutions de la société moderne. Par contre, il n'est loin ni de l'un ni de l'autre lorsqu'il propose de distinguer les formes mécaniques des formes organiques de la solidarité. Les premières .peuvent AStre ées au status de Spencer et A  la communauté de Tônnies :, elles procèdent des similitudes existant entre des individus que leur origine ou leur condition ont rapprochés; les secondes, assimilables aux catégories opposées du contrat et de la société, procèdent au contraire de la séparation et de la spécialisation progressive des occupations dans la société. Pour Durkheim, s'il existe une forme de coopération caractéristique de la société suscitée par l'industrie, elle est de type organique au sens qu'elle renvoie A  une injonction morale du type de celle que contient cette formule : -Mets-toi en état de remplir utilement une fonction déterminée- (Durkheim, 1893, éd. 1986, p. 6).
Sur ces bases, l'originalité de Durkheim dans le débat sur la société industrielle tient en ce qu'il est A  la fois optimiste et sceptique.
Optimiste, il l'est foncièrement au sujet des effets supposés de la division du trail. En elle-mASme, la formule de la solidarité organique est déjA  chargée de l'affirmation implicite que la complexification de la société ne saurait s'opposer A  son progrès. L'impression se confirme lorsqu'on découvre tout ce que Durkheim associe A  cet état de complexité : il parle notamment d'une société qui, élent l'individu plutôt que les collectifs, tend A  substituer un droit coopératif (dit encore restitutif) au droit répressif de la tradition. Par rapport A  la terminologie marxiste, l'inversion a quelque chose de fascinant tant il est clair que chez Marx, l'organique et le coopératif seraient plutôt mobilisés pour qualifier ce que l'ordre capitaliste met en danger !
Durkheim n'est pas angélique pour autant, de sorte qu'il retrouvera Marx au terme de son parcours en n'éludant ni la question des antagonismes sociaux, ni mASme celle de la -guerre des classes-. Son avis A  ce sujet est celui-ci : il n'existe pas d'antagonismes de classes inhérents A  la division du trail, mais seulement des -formes anormales de division du trail-. Si la société industrielle a effectivement pour propriété de multiplier les conflits d'intérASts entre les agents économiques et d'ériger d'insupporles rapports de subordination entre les classes, elle ne le doit pas A  sa nature profonde. Plutôt au fait qu'on la laisse filer sur des chemins dangereux et pour laquelle elle n'est pas faite. La solidarité organique se mérite : elle exige une morale collective et des formes de contrôle social bien supérieures A  ce que réclamait la solidarité mécanique (Durkheim, 1893, Livre III).
Après l'optimisme sur la division du trail, c'est ici que le scepticisme affleure. Il concerne la place du contrat dans la société. Durkheim est d'accord avec un Spencer pour observer que la société industrielle est et sera une société du contrat plutôt qu'une société du status : la thèse de la solidarité organique clairement dans ce sens. Mais contrairement A  lui, il s'ésectiune de toute griserie libérale en excluant que cette société puisse se bien trouver de ne plus AStre régie que par le contrat. Au contraire, écrit-il : plus de contrat suppose plus de règlement. Parce qu'elle soustrait les individus A  leurs communautés et les met face A  face sur le marché, la société industrielle est par nature menacée de dérèglement. Elle n'évite le désastre que pour autant qu'elle se dote d'instances de régulation extérieures au jeu. D'où un plaidoyer en faveur des pouvoirs administratif et constitutionnel.
On voit la portée du propos : au fur et A  mesure de ses incursions sur le terrain de l'éthique et de la politique, Durkheim met en évidence l'énorme extension du problème de la division du trail. De son propre avis, la question de l'industrie est révélatrice de changements dont il convient d'observer -l'influence croissante dans les régions les plus différentes de la société-. L'entreprise est définitivement consacrée comme l'une des grandes affaires de la société.
Avec Max Weber (1864-l920), économiste et sociologue allemand, cette perspective ne sera pas reniée. Car, partant du mASme type de matériau, Weber affiche son ambition de construire une théorie générale des rapports entre l'économique et le social. D'où la fameuse Economie et société, somme malheureusement interrompue et seulement partiellement traduite en franA§ais (Weber, 1922). Dans la première partie de l'ouvrage, consacrée aux concepts fondamentaux de la sociologie, Weber s'attache A  caractériser les types fondamentaux de relations sociales. LA , il ne tarde pas A  donner sa propre version du débat engagé autour du couple gemeinschaft-gesellschaft de Tônnies. D'un côté, écrit-il, il y a la communalisation (Vergemeinschaftung), forme de relation où -la disposition de l'activité sociale se fonde () sur le sentiment subjectif (traditionnel ou affectif) des participants d'appartenir A  une communauté -; A  l'opposé se trouve la sociation (Vergesellschaftung), forme de relation où -la disposition de l'activité sociale se fonde sur un compromis d'intérASts motivés rationnellement (en leur et en finalité), ou sur une coordination d'intérASts motivés de la mASme manière- (Weber, 1922, trad. fr. 1971, p. 41).
Il ne faut pas se laisser impressionner par cette formulation sophistiquée : elle ut ni plus ni moins comme la quintessence des propos de Spencer et de Tônnies, avec en plus la volonté de substituer la précision théorique A  l'implication morale. Dans le contexte de son ouvrage, Max Weber a pour objectif non de décrire l'évolution de la société mais de construire des -idéaux-types-, c'est-A -dire des catégories abstraites A  partir desquelles pourra s'apprécier la réalité. Il n'en est pas moins clair que, pour l'auteur, ces concepts n'ont d'intérASt que dans la mesure où ils contribuent A  l'intelligence des bouleversements qui ont marqué les xvin et xixe siècles. Discutant plus loin des -sociétés de commerce modernes-, il sera d'ailleurs naturellement poussé A  reprendre les mASmes problèmes en multipliant les angles d'obsertion. Ce sera par exemple le cas lorsqu'il traitera de la tendance au changement dans les types de la domination. Implicitement, il y retrouvera l'opposition entre les relations de type communautaire et sociétaire : A  la société traditionnelle s'attachaient des formes de pouvoir traditionnel, où le chef, écrit Max Weber, -n'était pas un supérieur mais un seigneur-, les gouvernés -non les membres d'un groupe mais des sujets- (ibid., p. 232). A la société moderne s'attache un autre type de pouvoir, légitimé sur une base rationnelle et bureaucratique, et signifié par le rapport des supérieurs aux subordonnés.
Que fait ici Weber si ce n'est enrichir notre représentation de la civilisation industrielle en formation? Mais le voici qui apporte encore d'autres précisions : entre la légitimité traditionnelle et la légitimité rationnelle, il faut compter avec une légitimité du troisième type ' la légitimité charismatique ' qu'il est presque aussi difficile d'associer A  la communauté qu'A  la société. La particularité du pouvoir charismatique ' le plus purement étranger A  l'économie selon Weber ' est qu'il suppose l'adhésion A  quelque chose ou A  quelqu'un d'extraordinaire. Le charisme implique sinon l'enthousiasme, du moins l'engagement affectif et idéologique. Or celui-ci n'est pas acquis d'ance dans les groupes de fait comme la famille ou le village, et évidemment moins encore dans les systèmes d'échange et de production construits A  l'initiative d'un entrepreneur. Pour rendre compte du type de -communauté- qui pourrait AStre en phase avec ce principe de domination, d'autres sociologues parleront de la ligue, modèle de groupe volontaire construit autour d'un chef et dont il soutient le projet.
Dans cette affaire de la ligue, la question de l'ordre usinier n'est certes pas mASme en filigrane. Du moins pour le moment ! Il n'empASche : toutes ces catégories, pour subtiles et controversées qu'elles soient dans la spéculation scientifique, se superposent A  plaisir et A  l'évidence, elles nous racontent déjA  l'histoire de l'entreprise. Par la mASme occasion et compte tenu du contexte socio-économique dans lequel elles sont élaborées, elles ne cessent de nous dire A  quel point se tiennent la question de l'usine et celle de la société.
Encore une fois, ceci ne signifie pas que tout ait été inscrit dans l'éternité des temps. La faveur très riable que tous ces intellectuels accordent au nouveau cours des choses est A  l'image des tensions qui ne cesseront de traverser la société elle-mASme dans sa quASte d'un nouvel équilibre. On reviendra sur ce point : l'affrontement de l'ordre sociétaire et de l'ordre communautaire ne fait A  certains égards que commencer. Du moins le terrain de la confrontation est-il circonscrit. Le cadre est tracé, et pour un bon moment.
Pour un siècle? Pour dantage?



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