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MANAGEMENT

Le management ou la gestion est au premier chef : l'ensemble des techniques d'organisation des ressources mises en œuvre dans le cadre de l'administration d'une entité, dont l'art de diriger des hommes, afin d'obtenir une performance satisfaisante. Dans un souci d'optimisation, le périmètre de référence s'est constamment élargi. La problématique du management s'efforce - dans un souci d'optimisation et d'harmonisation- d'intègrer l'impact de dimensions nouvelles sur les prises de décision de gestion.


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Entreprise et corporation : l'impossible rupture

Entreprise et corporation : l'impossible rupture : l entree en scene de la classe ouvriÈre



Entreprise et corporation : l'impossible rupture
Dans la France de la fin du xixe siècle, il ne fait aucun doute que les émeutes fomentées par le nouau prolétariat industriel furent pour beaucoup dans le moument qui aboutit A  la constitution progressi des syndicats. Analysant les grès ouvrières franA§aises d'après 1870, l'historienne Michelle Perrot confirme que la masse des -bagnards et des forA§ats de l'usine- y était de loin la plus présente : mineurs, ouvriers du textile, et autres -ouvriers spécialisés de fabrique- en tASte, devant les manœuvres, ces - marginaux- de ["industrialisation (terrassiers, dockers, gens de la chimie, de l'alimentation) (Perrot, 1973, t. 1, pp. 337-338). En mASme temps cependant, et comme dans le cas de l'Angleterre, il est tout aussi clair que le moument ouvrier d'alors ne trouva son élan que dans la conjonction de l'action des prolétaires ac celle des ouvriers de métier, héritiers plus ou moins directs de l'économie préindustrielle. La fonction historique du syndicat fut de lier le destin de l'une et de l'autre.


Les ouvriers de métier étaient groupés dans les secteurs sur lesquels le machinisme avait eu le moins de prise. Ils étaient en grand nombre dans le travail de la pierre et du bois, mais aussi dans le secteur des métaux et de la mécanique. MASme s'ils étaient passés sous la coupe des entrepreneurs, ces ouvriers-lA  n'avaient pas été déloges de leurs ateliers. Leur tendance naturelle était de continuer A  se prévaloir de la culture des travailleurs indépendants, quand ils ne s'estimaient pas descendants en ligne directe de la tradition corporati. Ils ne se contentaient pas de cultir une identité d'artisan, nourrie de savoir-faire, d'autonomie professionnelle, de rareté sur le marché : ils s'efforA§aient aussi d'entretenir des réseaux de solidarité transrsaux A  l'entreprise et dans lesquels l'idéologie du travail continuait A  s'afficher comme supérieure A  l'idéologie du capital.
Ces ouvriers-lA  étaient eux aussi des grands usagers de la grè, bien que leur rapport A  l'action ait été essentiellement différent de celui qui avait cours chez les -forA§ats de fabrique-. Pour les prolétaires, la grè était l'action par excellence : une violence opposée A  une autre violence, l'expression d'une quASte élémentaire de dignité able A  la quASte du pain. Pour les gens de métier, experts en coalition, la grè n'était pas première. Avant elle et A  l'instar des anciens comnons, ils faisaient usage de la restriction de l'offre de travail; usage A  dire vrai moins systématique en France qu'il pouvait l'AStre en Angleterre, dont il est question dans ce commentaire de Béatrice et Sydney Webb, grands connaisseurs de la situation britannique des années 1880-l890 :
-Dans les années de crise aiguA«, quand des milliers de mécaniciens ou de chaudronniers, de maA§ons ou de plombiers arpentent les rues en quASte de travail, l'employeur le plus avide sait qu'il leur offrira en vain du travail dans leur métier A  dix ou quinze shillings par semaine. Plutôt que d'accepter cette entorse A  leur sentiment de ce qui convient A  leur position sociale, ils travailleront comme manœuvres ou A  des travaux de fortune pour un salaire égal ou inférieur A  ce qu'ils refusent dans leur métier- (Webb, 1897; cité par Reynaud, 1975, t. l.p. 9).
Une fois qu'ils avaient accepté un emploi dans leur métier, les ouvriers de métier avaient encore d'autres moyens -pacifiques- de manifester leur autonomie. Toute occasion leur était bonne pour résister A  la hiérarchie, c'est-A -dire pour démontrer que la coopération entre les ouvriers était plus nécessaire A  la production que les efforts de rationalisation tentés par les employeurs. Et quand l'injonction A  la productivité se faisait plus pressante, il leur restait encore l'exercice de la flanerie, attribut ordinaire de qui voulait faire savoir qu'il n'était pas A  la botte du maitre. La grè n'était qu'un dernier recours, et elle n'avait pas sa fin en soi : elle était une stratégie, un moyen pour arrir quelque part. Elle s'inscrivait dans un processus de régulation trouvant normalement son issue dans un compromis, dont on imagine qu'il passait le plus sount par l'augmentation des salaires.
Comme ailleurs, et en dépit du volontarisme libéral de la Révolution franA§aise) ce second modèle historique de la coalition apportait la preu que la société industrielle ne s'était pas batie sur des ruines. L'entrée en scène de l'entreprise capitaliste était décidément très loin d'avoir tout écrasé de l'ancienne culture de la production : elle n'avait pas eu raison de l'autonomie de la main-d'œuvre; elle n'avait pas éliminé les motifs de cohésion intrinsèques A  la vie de travail, ni la capacité des ouvriers d'en tirer parti. Mais le constat ne s'arrASte pas lA  : au lieu de régresser pour ne plus valoir que dans des ilôts d'économie traditionnelle épargnés par l'age industriel, la ure de l'ouvrier professionnel allait en effet regagner progressiment du terrain. A la fin du XIXe siècle, le fait déterminant fut de ce point de vue la croissance des métiers de la métallurgie (fondeurs, chaudronniers, ajusteurs) dont on sait la place prépondérante qui leur a été reconnue au siècle suivant.


Dans ces circonstances, la mise en place des grandes fédérations ouvrières fit l'objet d'une sorte de guerre entre deux cultures : la culture prolétarienne d'un côté, la culture de -l'aristocratie atelière- de l'autre. Un des échos en fut le conflit opposant la sensibilité anarcho-syndicaliste (s'accommodant du désordre et de la violence) aux partisans de l'action de masse organisée. Mais, malgré des traces idéologiques quasiment indélébiles, cette guerre ne dura pas. Les effets mécaniques jouèrent en faur des gens de métier. Du jour où la notion d'association ouvrière entra dans les esprits, il fut prévisible que, d'une manière ou d'une autre, le modèle d'action des ouvriers qualifiés étendrait son hégémonie sur la culture des prolétaires. Il y avait A  cela plusieurs raisons. Une association déclarée était une association condamnée A  clarifier ses objectifs et ses modes d'action. En mASme temps, une telle organisation ne pouvait qu'échoir A  des dirigeants -raisonnables-, c'est-A -dire rompus aux techniques de la négociation : il ne pouvait s'agir que des gens de métier.
Les députés de 1884 ne firent eux-mASmes rien d'autre que de réprimer la dangereuse culture prolétarienne au profit de la culture civilisée des corps professionnels. La reconnaissance des syndicats, puis leur déloppement au grand jour eurent finalement pour effet que les pratiques prolétariennes perdirent leur légitimité. Le pouvoir traditionnellement réservé A  l'ouvrier qualifié fut transféré sur le syndicat; de sorte que le modèle de mobilisation initialement lié au métier tendit A  prendre une valeur unirselle. Le rôle déterminant dévolu dans le syndicalisme A  la structure professionnelle ' réplique A  peine voilée des grands corps de métier pré-industriels ' contribua A  entériner cette situation.
Dès 1902, la C.G.T. prit il est vrai une décision importante et allant apparemment en sens contraire. Au nom de la solidarité anticapitaliste, la noulle confédération résolut en effet de substituer aux syndicats de métier proprement dits des syndicats d'industrie, regroupant toutes les strates et tous les corps de métier d'une mASme branche d'activité. Mais, outre que la mesure ne devait entrer que fort laborieusement dans les faits, elle était en fait absolument ambivalente : sous prétexte de porter un coup d'arrASt aux corporatismes, la noulle structure -industrielle- ne fit rien d'autre que de mettre l'identité professionnelle, et la stratégie de la coalition qui lui était associée, A  la disposition de tous les ouvriers, qu'ils fussent ou non des gens de métier.
Telles sont les origines de la tradition syndicale franA§aise, dans l'état où elle nous est parnue : une tradition d'opposition radicale A  l'entreprise capitaliste, mais qui l'aurait simultanément protégée du pire en régénérant sans cesse A  ces côtés la culture de la coalition; une tradition attachée A  la défense des plus démunis, mais qui n'aurait pas survécu si elle ne s'était constamment replongée dans l'unirs des gens de métier, et mise en position de perpétuer la mémoire de la coopération préindustrielle. Une tradition de ce point de vue fort peu spécifique A  la France : de la aison esquissée ici entre la France et l'Angleterre, il ressort en effet de nombreux points communs, contrairement A  ce que suggèrent les interprétations -politiques-, portées A  mettre en avant la spécificité des itinéraires nationaux.
Une tradition au moins typiquement européenne? On ne peut le garantir. C'est ainsi que, sur des points essentiels, le moument ouvrier américain appellerait des interprétations similaires A  celles dont il vient d'AStre question, bien qu'il se soit A  l'évidence éli sur des bases tout autres. Au début du XXe siècle, les Etats-Unis étaient encore un peu le Nouau Monde. Ce monde-lA  pouvait apparaitre A  bon droit comme la terre vierge sur laquelle le marché et l'entreprise pourraient s'épanouir A  l'état pur; ce qu'il fut sans doute partiellement jusque rs le milieu du xixe siècle, avant que le phénomène des trusts, ne jette une ombre sur le libéralisme officiel. Il n'y avait eu lA  ni Ancien Régime, ni traditions corporatis. Dans cette nation sans lointain passé, les immigrants avaient diffusé une mentalité de petits producteurs indépendants, et la conscience de classe était notoirement absente.
Pourtant, parallèlement au déloppement des grandes entreprises et A  la généralisation du salariat, il y eut des syndicats. Selig Perlman, auteur d'une célèbre Théorie du moument ouvrier remontant aux années 1920, crut pouvoir en rendre compte dans les termes suivants, pas si éloignés qu'on aurait pu le penser de la situation européenne. Les syndicats américains du début du XXe siècle reflétaient la montée de la -conscience salariale- dans le monde du travail, c'est-A -dire la conscience acquise par les ouvriers qu'ils partageaient la mASme situation de dépendance A  l'égard des employeurs. La question est de savojr sur quel état de la culture collecti se greffa alors cette croissance de la wage consciousness. Pas plus qu'ailleurs, elle ne se construisit sur le simple malheur de n'AStre plus indépendant. Il fallait un point d'origine structurant : ce fut, selon l'analyse de Perlman, le job consciousness, le sentiment d'appartenii A  un groupe professionnel particulier. La conscience de métier devint le levie naturel de la coalition ouvrière, mais aussi la passerelle qui conduisit A  la naissance de solidarités entre les différentes communautés professionnelles (Perlman, 1928).


Supposons que cette thèse soit la bonne : elle signifie que ce -nouai monde- de l'entreprise connut lui aussi, jusqu'A  un certain point, la reconstitution de la dynamique corporatiste, et mASme la relation entre corporatisme et conscience de classe.
Derrière des récurrences aussi paradoxales, le sociologue est tenté d'invoqué des lois générales du déloppement social. La résurgence permanente de la coalition face A  l'ordre individualiste de l'entreprise ne suggère-t-elle pas que la société industrielle n'aurait cessé de chercher son équilibre, pour faire perpétuellement retour sur les formes traditionnelles de la sociabilité? De mASme le constant retour A  la culture corporati n'a-t-il cessé de faire contrepoids au mécanisme de la prolétarisation ouvrière.
On peut comprendre que des sociologues réputés conservateurs, tel l'Américain Robert A. Nisbet, aient tiré argument de ce type de phénomènes pour présenter la sociologie comme une science dont l'histoire aurait été rigoureusement solidaire des avatars de la révolution industrielle. Face aux tendances de la division du travail et de la société de marché, la théorie sociologique aurait eu pour fonction objecti de souligner la nécessité où la nature humaine se trouvait de respirer un autre air que celui de l'échange et de l'intérASt. De mASme, les idéaux rationalisateurs charriés par la Révolution franA§aise auraient-ils appelé la sociologie comme le feu appelle l'eau : face aux Lumières, sa fonction fut de ressusciter la communauté, mais aussi les concepts défunts de l'autorité. du statut, du sacré (Nisbet, 1966).
Le postulat sous-jacent A  ce type d'analyse est peu nuancé : il y aurait une forme intangible de relation sociale qui ne saurait AStre impunément sacrifiée, Les apologistes de l'individualisme libéral n'y avaient pas pris garde : ils accordaient d'autant plus de foi au déloppement de l'entreprise qu'ils croyaienl A  l'apparition d'un noul état de la sociabilité, parfaitement exprimée par la philosophie du contrat social. Or l'entreprise ne se déloppa qu'au prix d'une blessure sociale. De lA  le message supposé de la sociologie naissante : le contrat, et ac lui l'entreprise, ne sont que des abstractions; ils placent les individus dans des unirs étales, indifférenciés. Face A  eux, la relation sociale réelle fait rappel de la nécessité où les AStres humains se trount de toujours reproduire de l'existant, de se référer A  des représentations et A  des valeurs tirées du passé, A  des groupes situés dans l'espace et dans le temps.
Dans son acception la plus extrASme, cette représentation rtueuse de la sociologie est A  vrai dire A  la fois intéressante et suspecte. Intéressante, parce qu'il faut admettre qu'aucune révolution n'a jamais changé la nature profonde du lien social. Suspecte, parce que de telles généralités ne suffisent pas A  fonder une théorie sérieuse des déboires de la société marchande.
Ne retenons pas cette problématique trop simpliste. Pour ce qui va suivre, gardons quand mASme cette idée simple : dans la société de marché encore moins que dans toute autre, aucun contrat n'a jamais été conclu A  l'écart de quelque principe de cohésion sociale. C'est pour ne pas y avoir suffisamment pris garde que le déloppement capitaliste des deux siècles écoulés s'est tant de fois trouvé au bord du gouffre. C'est aussi pour cela qu'il a tant de fois contraint le corps social A  se mettre en quASte d'un nouau monde moral.
A chaque fois qu'une entreprise éloigna un homme de son terroir, A  chaque fois qu'un entrepreneur suscita un nouau contrat, il se substitua A  la relation qui s'effondrait une noulle relation, un noul ordre moral. Il y alla des solidarités les plus élémentaires et fugitis jusqu'aux institutions fondatrices telles que les syndicats. En ce sens, l'histoire sociale de l'entreprise se lit A  trars les mille manières dont celle-ci a perpétuellement réussi A  se protéger du désespoir.





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