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MANAGEMENT

Le management ou la gestion est au premier chef : l'ensemble des techniques d'organisation des ressources mises en œuvre dans le cadre de l'administration d'une entité, dont l'art de diriger des hommes, afin d'obtenir une performance satisfaisante. Dans un souci d'optimisation, le périmètre de référence s'est constamment élargi. La problématique du management s'efforce - dans un souci d'optimisation et d'harmonisation- d'intègrer l'impact de dimensions nouvelles sur les prises de décision de gestion.


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Le phénomÀne de la coalition en france

Le phénomÀne de la coalition en france : l entree en scene de la classe ouvriÈre



C'est une surprenante histoire que celle de la coalition ouvrière en France. En 1791, lorsque l'heure était venue pour l'Assemblée constituante de la France rélutionnaire de jeter les bases de la société républicaine, celle-ci avait décrété coup sur coup la fin des corporations, l'interdiction des associations professionnelles et le droit A  la libre entreprise. Puisque la liberté de travailler avait été proclamée pour tous, il fallait procéder A  l'éradication de ce qu'il restait des structures médiévales de l'échange et de la production; en finir une fois pour toutes avec la confusion des règlements professionnels en vigueur; éliminer aussi les Chambres syndicales. Ces associations nouvelles, qui n'avaient cessé de se développer tout au long du xvine siècle, s'étaient greffées sur le système des corporations : elles regroupaient les membres d'un mASme métier et en défendaient les intérASts. Plus de corporations, plus de chambres syndicales ! Ces corps intermédiaires étaient autant d'obstacles A  la liberté des individus sur le marché des biens et du travail.


En inspirant celte grande rupture, l'esprit des Lumières ne s'était pas contenté de rejoindre l'idéologie anglaise du capitalisme libéral. A ce qui dans ces temps-lA  n'était encore qu'une théorie de l'enrichissement et du bien-AStre, il avait donné une consécration philosophique : la société de l'avenir serait celle de l'entreprise; l'entreprise accoucherait d'un homme neuf, libéré du joug de la tradition. Il y allait d'une redéfinition substantielle des rapports sociaux : tout procéderait du droit des individus. Aux rapports d'allégeance, il conviendrait désormais de substituer le droit de contracter. Les sujétions de la cohabitation communautaire ne devraient plus s'opposer au libre exercice du marchandage.
Ce qu'il advint de ces principes est une autre affaire. Les corporations furent bel et bien démantelées. Mais l'heure des remises en cause ne se fit pas attendre. Dès l'ère napoléonienne, puis plus nettement encore après la Restauration, les groupements professionnels furent de nouveau ménagés. Plus précisément, les corporations se réincarnèrent au travers de deux types d'institutions, l'une et l'autre protégées par une présomption d'innocence. En premier lieu, il y eut un regain du comnonnage, sous des formes très proches de ce que ce terme avait désigné tout au long des xvif et xvme siècles : un vaste réseau de confréries itinérantes, parallèles aux métiers des maitres et régies comme de vériles communautés spirituelles. Ce fut d'autre part la grande époque des sociétés de secours mutuel, organisations professionnelles d'assistance dont les membres recevaient des prestations en cas de maladie, de retraite ou de décès.
Les autorités de l'Etat prirent toutes les précautions possibles pour que le mouvement mutualiste s'en tienne A  cette très honorable fonction sociale. Mais en vain. A partir de 1830, mais surtout après 1840, l'industrialisation du pays s'intensifia. L'engrenage de la prolétarisation se mit en marche. Les grèves, émeutes et violences de toutes sortes se multiplièrent. Insensiblement, la société franA§aise se mit A  vivre dans la peur de ses ouvriers, jusqu'A  ce qu'en 1871, les événements de la Commune cristallisent pour de bon la crainte d'un très grave affrontement. Tout au long de cette période, rien ne s'était plus opposé A  une doublA§ élution.
D'un côté, les sociétés de secours s'étaient muées en d'authentiques organisations ouvrières. Les anciennes -chambres syndicales-, passées des mains des maitres aux mains des salariés, s'étaient multipliées. D'un autre côté et au fur et A  mesure que la tendance s'était affirmée, l'esprit des corporations avait refait surface. Certes, l'heure n'était plus au face-A -face de deux systèmes : le système corporatif contre le système de l'entreprise. La confrontation était maintenant celle de deux classes sociales : celle des ouvriers et celle des entrepreneurs. Il n'empASche que sur le fond, ni la nature ni la fonction de la coalition professionnelle n'avaient changé. Il s'agissait toujours et encore de défendre les -communautés de producteurs- contre la -liberté de l'industrie-. Singulièrement, les gens de métier entendaient encore faire admettre que, dans un mASme corps, les tarifs pratiqués fussent non seulement acceples, mais surtout qu'ils ne fissent pas l'objet de variations trop sensibles d'un chantier A  un autre, d'une entreprise A  une autre entreprise.
Lentement, le pouir rendit les armes. En 1864, le Second Empire se laissa convaincre de la nécessité de rélir le droit de la coalition. Puis, en 1884, la jeune Troisième République prit des mesures irréversibles. Soucieux d'affermir ses prétentions laïques et démocratiques, le Parlement se saisit du problème du syndicalisme. Les députés, mais aussi les chefs d'entreprise et les autorités de tous bords appelés en consultation, s'avisèrent qu'une -représentation des corporations- serait en définitive le meilleur moyen pour assurer le développement harmonieux de l'industrie et de la société moderne. Les groupements d'intérASts professionnels furent reconnus, les syndicats légalisés. Les faits n'avaient d'ailleurs pas attendu : les syndicats étaient lA , pour la plupart déjA  fédérés entre eux. Dix ans plus tard, en 1895, naissait la Confédération générale du travail (la C.G.T.).


Sans que cela fût dit, il s'agissait bel et bien d'une remise en cause du libéralisme individualiste de la Rélution franA§aise. Un siècle d'histoire économique et sociale avait eu raison de l'utopie positiviste des Lumières. Certes, l'industrie s'était développée et elle s'était imposée comme source de progrès. Parallèlement et jusqu'A  un certain point, la déstructuration sociale annoncée et souhaitée par les libéraux avait bien eu lieu. Le développement de l'entreprise en avait été un des puissants leviers. Mais la philosophie du -marché national unifié-, inséparable d'une représentation idéalisée de l'entreprise et du libre accès des hommes au travail, avait globalement fait faillite. Le mythe qui avait valu A  l'essor de l'économie d'AStre identifié A  l'amorce d'un ordre social nouveau, égalitaire, substitutif des cloisonnements du vieux monde, avait lé en éclats.
Deux facteurs s'étaient conjugués pour proquer cet extraordinaire revire-ment. D'abord, l'expérience des conflits ouvriers et le spectre de l'émeute so-ciale avaient convaincu les dirigeants des effets pervers qu'il y avait A  se représenter la société A  partir des individus. LA  où la Rélution avait imaginé des hommes libres et égaux, le XIXe siècle avait en fait subi des masses indis-tinctes, dangereuses, imprévisibles. Au lieu de célébrer l'avènement de l'indi-vidu, la société avait vécu dans la hantise du nombre et sous la menace de la décomposition sociale. Dans le mouvement qui poussait maintenant A  la restruc-uration, nombre de philosophes et de juristes entendaient d'ailleurs ne pas rester en chemin : dans leur esprit, la légalisation du syndicat n'était que la première étape d'un processus de -syndicalisation générale- du corps social, rendant A  - donner une structure juridique définie aux différentes classes de la société- (Rosanvallon, 1988, p. 103).
En second lieu, la décision de 1884 sanctionnait le constat que la société nl'avait pas vraiment changé. Un siècle après la Rélution franA§aise, le monde du travail n'avait toujours pas abdiqué sa propension A  toujours refaire sa co-nésion communautaire. Le goût de la coalition, prétendument périmé, puis in-cerdit et réprimé A  chaque fois qu'il donnait lieu A  des manifestations d'insoumission, était toujours revenu au devant de la scène. Bien plus : il n'avait cessé de faire revenir au grand jour les communautés professionnelles, sur lesquelles s'étaient construits autrefois tous les modes traditionnels de la production et de l'échange, et tous les réseaux de la solidarité au travail. Cha-nuté durant un siècle par tant de secousses politiques, tant de contradictions déologiques, le fil de la coalition ne fut en réalité jamais rompu. Depuis les corporations de l'Ancien Régime, il parvint intact jusqu'au .syndicalisme ouvrier moderne, alors que tous les éléments semblaient a priori s'AStre ligués pour que les relais ne passent pas.


On retrouve ici la thèse D'E. P. Thompson sur le rapport paradoxal qui aurait existé au xixe siècle entre la culture artisanale et le radicalisme ouvrier : en France comme en Angleterre, la continuité avec le passé fut au total bien plus déterminante que les ruptures dans l'affirmation de la conscience de classe des prolétaires. Un chercheur américain, William H. Sewell, appliquant cette hypo-hèse A  l'élution du monde du travail en France entre l'Ancien Régime et la Rélution de 1848, a cherché A  comprendre par le détail comment ce processus avait alors fonctionné. 11 explique que la tradition corporative d'Ancien Régime, endue comme elle l'était contre la liberté de l'entreprise, devint le terreau naturel de l'union du prolétariat (Sewell, 1980).
L'époque avait été traversée par d'incessants renversements de la situation politique; les signes s'étaient accumulés d'une dislocation des anciennes structures sociales. Mais la naissance de la conscience de classe parmi les ouvriers ne procéda pas de la dislocation. Elle naquit plutôt de la capacité des - gens de métier-, héritiers des corporations, A  faire usage de leur culture. William H. Sewell éyoque A  ce sujet l'étonnant véhicule culturel que fut -le langage du travail - : entendons par lA  non seulement la manière de parler, mais aussi les gestes, règles et coutumes qui avaient cours entre les gens d"un mASme métier. De l'Ancien Régime jusqu'A  la Restauration, explique Sewell, ce -langage- avait mis en valeur la cohésion interne de chaque corporation plutôt qu'il n'avait nourri un sentiment général de solidarité au sein du monde du travail. A partir de 1830 cependant, sous la pression des grèves puis des événements de la rélution de Juillet, -l'idiome corporatif- prit sa place dans la parole publique, comme fondement d'un discours revendicatif opposable au discours bourgeois. 11 concourut A  la création des associations ouvrières pour devenir finalement le matériau de base de l'expression de cette -confraternité des prolétaires- A  laquelle il semblait de prime abord si indifférent (Sewell, ibid.. pp. 265-295).
Belle démonstration du mécanisme qui valut A  la culture de la coalition de pouir se transposer sans dépérir : autrefois, les corporations avaient été mises sur pied pour faire régner l'ordre dans les systèmes de la production et de l'échange. Au xixA° siècle, les ouvriers se les approprièrent dans le but de défendre leurs intérASts collectifs et de suppléer aux carences de l'entreprise. Jusqu'au jour où elles -finirent par AStre perA§ues comme les éléments moteurs d'une transformation rélutionnaire de la société tout entière- (Sewell, ibid., p. 264).





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