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MANAGEMENT

Le management ou la gestion est au premier chef : l'ensemble des techniques d'organisation des ressources mises en œuvre dans le cadre de l'administration d'une entité, dont l'art de diriger des hommes, afin d'obtenir une performance satisfaisante. Dans un souci d'optimisation, le périmètre de référence s'est constamment élargi. La problématique du management s'efforce - dans un souci d'optimisation et d'harmonisation- d'intègrer l'impact de dimensions nouvelles sur les prises de décision de gestion.


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Le problÀme de l'agrégation des comportements indrtduels et le problÀme de l'apparition de l'organisation



Les données du problème


Ainsi que nous l'avons aussi noté dans le chapitre 1, l'organisation ne va pas de soi. Elle n'est pas un phénomène naturel, ce que mettent en évidence notamment Crozier et Friedberg. Cependant, ainsi que nous l'avions remarqué, l'analyse stratégique, bien que modèle important du fonctionnement de l'organisation, laisse cependant ouvert le problème de sa création ou son apparition en le considérant implicitement comme résolu car s'intéressant uniquement A  l'action organisée, plus qu'A  l'organisation. Il importe néanmoins de l'examiner plus avant.
Il ne s'agit pas ici de réifier l'organisation en un élément plus ou moins concret et plus ou moins matériel, mais du simple constat que la coordination des taches individuelles, qu'implique forcément l'action organisée ainsi qu'il l'a été noté dans l'introduction de ce chapitre, résulte obligatoirement en un construit dont les stratégies d'action individuelles doivent ensuite tenir compte. La question est celle de l'apparition de ce construit, quelle que soit d'ailleurs la faA§on dont on l'appelle : - organisation -, - communauté pertinente de l'action collective -, suivant la terminologie utilisée notamment par J.-D. Reynaud45, ou tout autrement, en fonction du degré de structuration plus ou moins éle que l'on souhaite lui accorder. Le fait demeure que, dans des situations sociales plus ou moins identiques, dans certains cas un de ces construits apparait, dans d'autres, il n'apparait pas. La question de la création ou de l'apparition de l'organisation est donc posée, et il est inévile, sinon de la traiter intégralement, du moins de rassembler ici les éléments d'explication disponibles. En effet, si, ainsi que les développements précédents et certains de ceux qui vont suivre le démontrent, nous disposons de bonnes, et mASme parfois de très bonnes réponses aux questions que pose le fonctionnement des organisations, l'action organisée A  travers les organisations et mASme - l'organizing - tel que le définit Weick46, cela est moins évident en ce qui concerne leur apparition et ses circonstances, et bien évidemment mutatis mutandi, leut non apparition dans des circonstances où elles nous paraitraient devoir exister.
Le but de cette section est donc de passer en revue rapidement les principaux éléments théoriques et les pistes dont nous disposons, sans avoir l'ambition de fournir une réponse originale ou exhaustive A  cette récurrente et lancinante question.
Rappelons qu'A  l'origine, le premier A  se préoccuper au théorique de ce problème est Barnard. Cependant, ainsi qu'il l'a été exposé au chapitre 3, les réponses qu'il apporte A  l'apparition de l'organisation ont été vivement critiquées et ne nous paraissent pas ici suffisamment opérationnelles. La coopération peut certes se résumer A  une explication par la volonté de coopérer et son utilité sociale et sa valeur morale, mais nous laisse alors toujours dans l'obscurité quant A  savoir quand une organisation, concrètement, apparaitra ou non.
En effet, il n'y a pas d'ajustement automatique des préférences individuelles en actions collectives. Ménard4~ rappelle très justement que le théorème d'impossibilité d'Arrow, précédé d'ailleurs par le paradoxe de Condorcet dès 1785, démontre que si tous les participants n'ont pas exactement le mASme système de valeurs, un présupposé que nous avons constaté comme étant totalement irréaliste au chapitre 7, alors il n'existe pas de procédure de choix collectif parfaitement satisfaisante. Il en résulte que, sauf imposition d'un choix dictatorial, on ne peut définir un ordre de préférence collectif qui respecte les ordres de préférence individuels des participants.
Le point du caractère problématique de la coopération est d'ailleurs bien illustré par le dilemme du prisonnier, qui classiquement s'illustre comme suit. Deux malfaiteurs bien connus des services de police sont arrAStés près des lieux d'un crime, armés tous les deux, mais sans qu'aucun indice ne permette de prouver que l'un d'entre eux ne l'ait commis. Ils sont immédiatement incarcérés dans des cellules séparées, sans qu'ils aient eu la possibilité de communiquer et sans pouvoir le faire ultérieurement, et chacun d'entre eux se voit proposer le marché suivant par le parquet (nous sommes dans le cas de ure d'un système juridique anglo-saxon, où ce - plea bargaining - est sanctionné par la loi et la pratique) : il se tait et nie toute participation au crime ou il confesse et dénonce son partenaire en acceptant de témoigner contre lui. Dans le premier cas, si son partenaire se tait aussi, chacun se verra condamné A  deux ans de prison pour port d'arme prohibé ; si son partenaire, A  qui le mASme marché est proposé simultanément, le dénonce lui, il sera condamné A  vingt ans de prison alors que le partenaire, témoin contre lui s'en tirera avec six mois. Dans le second cas, s'il dénonce, lui, son partenaire et se porte témoin contre lui, si son partenaire se tait, c'est lui qui s'en tirera avec six mois et le partenaire qui sera condamné A  vingt ans ; si son partenaire le dénonce aussi simultanément et se porte aussi témoin, chacun d'entre eux aura dix ans en se partageant la peine maximale de vingt ans.
Alors qu'un équilibre bénéfique aux deux malfaiteurs est possible, il a toutes les chances de ne pas se réaliser, car ils ne peuvent pas communiquer. Chacun, seul dans sa cellule a intérASt A  dénoncer l'autre dans tous les cas de ure. Si l'autre se tait, il s'en tirera avec six mois, si l'autre parle, il n'aura que 10 ans, alors que s'il se tait, il en risque 20, si l'autre parle, et il n'a aucun moyen de s'assurer que cela ne sera pas le cas. C'est donc très probablement un autre équilibre, bien inférieur, de 10 ans de prison A  chacun qui va se réaliser, chacun dénonA§ant l'autre, car réalisant que c'est bien son intérASt quoique fasse l'autre. Le célèbre exemple donné par Jean-Jacques Rousseau de la chasse au cerf renforce le point. Dans l'état de nature, alors que deux chasseurs auraient tout intérASt A  coopérer pour traquer, A  bien moindre peine que seul où les chances de succès sont quasi inexistantes, un cerf et la quantité potentielle de nourriture qu'il représente, chacun d'entre eux abandonnera le projet commun au premier lapin qui passera A  sa portée, plus facile et commode A  chasser, par lui seul.
Un des problèmes fondamentaux de la théorie des organisations est donc bien précisément celui de leur apparition, et de l'activité de coopération qu'elles représentent. Nous avons déjA  rencontré des réponses théoriques implicites A  cette question, et nous en rencontrerons d'autres par la suite. Néanmoins un élément précieux est dès A  présent A  rechercher dans les explications données A  l'agrégation des comportements individuels.

Les articulations simples
Un de leurs principaux théoriciens est celui de l'individualisme métiiodologique, R. Boudon, chez qui nous puiserons des exemples, sinon une typologie, qu'il se refuse lui-mASme A  élir48.
Une première catégorie évidente d'agrégation de comportements indépendants avec des effets simples, dits effets de composition, est celle où chaque individu décide seul, ne considère que ses intérASts et ses intentions, et où un résultat global procède de l'addition de ces effets individuels. Au niveau le plus simple, c'est par exemple une élection. Le résultat, ici est la simple addition de décisions individuelles et n'a rien A  voir avec une volonté quelconque. Comme le rappelle Reynaud il est tout aussi absurde de conclure, en confondant les deux éléments dans les deux cas, que - l'élec-torat - a voulu donner une - leA§on - au Gouvernement en ne lui concédant qu'une faible majorité dans une élection, que de décider que la cohabitation a été voulue par lui. Aucun électeur, en votant, n'avait une idée du résultat final qu'il contribuait, pour une part infime, A  constituer !
Une autre catégorie de résultat des articulations de comportements individuels est celle qui produit des effets dits - contre-intuitifs - ou - pervers -. Au niveau le plus simple, le résultat des comportements agrégés est oppose aux intentions de chacun des acteurs, auteurs des comportements individuels. C'est le succès d'un produit qui entraine la rupture de stock, la volonté de chacun de profiter d'un beau dimanche de printemps au bon air qui produit les encombrements et embouteillages qui font que chacun n'arrivera nulle part et rentrera après avoir absorbé des doses record de pollution issue des gaz d'échappement des autres automobilistes. A ce niveau, les interdépendances sont cachées. Le comportement de chacun contribue au résultat final non recherché mais sans prendre en compte le comportement des autres. Chacun sur la foi d'une rumeur retire ses dépôts et cause la faillite de la banque, alors que des retraits ordonnés dans le temps lui auraient permis de négocier et rélir sa position de liquidité. Chacun pris de panique cherche A  sortir immédiatement d'une salle de cinéma en feu et nombre de gens meurent dans la bousculade et du fait de l'incendie car la bousculade a retardé la sortie de tous, alors qu'une retraite ordonnée assortie d'une courte attente de beaucoup aurait permis de sauver tout le monde. A€ un niveau plus complexe, les interdépendances sont ouvertes. Elles résultent des anticipations cumulatives, par chacun, des décisions des autres. Chacun poursuit ses études pour s'assurer une meilleure position sociale, mais l'élévation du niveau général d'éducation fait que la longueur des études donne proportionnellement de moins en moins accès A  des positions valorisées. Dans la course au diplôme, l'objectif n'est plus fixe, ce n'est plus d'arriver A  une place dans un ordre, mais de faire mieux que l'autre, qui le sait et essaie lui aussi de faire mieux que les autres.


Les modèles sles d'équilibre

Ils sont notamment illustrés par Reynaud49. Le plus évident est le marche, ou par la simple fixation du prix, acheteurs et vendeurs sont en position d'équilibre. Un autre en est le succès ou l'échec d'un conflit collectif, où chacun, sauf la minorité de militants, décide de participer ou non en fonction de la participation effective constatée relative A  la participation qu'il attend des autres (pour que cela vaille la peine de participer pour lui). Le taux de participation des premières heures va conduire A  un équilibre, soit de la participation de tous les participants potentiels par une dynamique de succès, soit A  l'échec par une dynamique en sens inverse.
Les deux classes de modèles présentés ci-dessus offrent des aperA§us fort utiles, mais ne suffisent cependant pas plus A  expliquer l'apparition des organisations dans les circonstances où elles se créent que, A  l'inverse, leur non apparition dans des circonstances où elles pourraient potentiellement se créer. Il convient donc de rechercher d'autres pistes théoriques complémentaires. Un autre apport fructueux possible peut se trouver dans le renversement du questionnement et l'analyse des raisons pour lesquelles les organisations ne se forment pas ou disparaissent quand elles ont existé.

Les obstacles A  l'apparition des organisations et/ou les conditions qui empASchent leur création
L'analyse d'Oison50 est ici particulièrement pertinente. Il se pose le problème concret de savoir comment il se fait que nombre d'organisations non-marchandes, potentiellement utiles A  nombre d'individus, ne voient jamais le jour. On peut étendre le raisonnement A  toutes sortes d'actions collectives dont il serait dans l'intérASt bien compris de chacun de leurs membres ou bénéficiaires éventuels qu'elles soient entreprises ou créées, car ils en dériveraient un avantage direct et immédiat. Les exemples d'associations d'utilisateurs de services dits - publics - sautent naturellement immédiatement aux yeux.
Brièvement résumé, Oison démontre que son raisonnement s'applique aux organisations qui ont pour but de fournir un bien public ou un bien collectif aux membres d'un groupe, c'est-A -dire un bien tel que, pour un groupe donné, s'il est produit, il est obligatoirement disponible pour tous si et quand il existe pour un seul. Ce bien est obligatoirement défini pour un groupe de référence, dans chaque cas, et A  l'intérieur de ce groupe donné, ne peut AStre pri sélectivement de ce bien aucun membre du groupe A  partir du moment où ce bien est produit, car il n'est ni économiquement faisable, ni mASme parfois tout simplement possible d'exclure un membre du groupe du bénéfice qu'apporte le bien une fois qu'il est produit, mASme s'il n'a pas contribué lui-mASme A  sa réalisation. C'est par exemple le cas de la défense nationale pour un pays, l'armée protégera les frontières également pour tous et non pour telle ou telle catégorie seulement. Il en est de mASme pour la sécurité publique dans une municipalité, qui sera assurée plus ou moins bien, mais identiquement pour tous les résidents, qu'ils aient payé ou non leurs impôts fonciers. En d'autres termes, un bien public est tel que ceux qui ne contribuent pas au financement de sa production, ou ne prennent pas part A  l'action qui le produit ne peuvent pas AStre empASchés de bénéficier de ses avantages, ou en AStre exclus, A  partir du moment où ce bien est créé. Donc tout but collectif ou intérASt commun atteint signifie qu'un bien public ou collectif a été produit pour le groupe concerné éventuellement sous la forme d'une organisation non marchande, puisqu'il s'agit d'un bien public.


Dans le cas de petits groupes, au moins un des membres du groupe, ou mASme plusieurs, vont voir qu'il est de leur intérASt personnel de produire le bien collectif. En effet, pour un membre quelconque le gain total provenant du bénéfice qu'apporte la création du bien public A  cet individu dépasse le coût de produire seul (ou en coalition) une quantité de ce bien, qui profitera A  tous. Il y a donc dans le tout petit groupe des membres qui vont se trouver mieux, du fait de la production du bien collectif, qu'ils ne se seraient trous s'il n'avait pas été produit, mASme s'ils doivent encourir eux-mASmes la totalité du coût de sa production. Par exemple un fermier chassant les animaux nuisibles dans son voisinage protège aussi les animaux de basse-cour de ses voisins, mais il sauvegarde les siens, ce qui ne se produirait pas s'il ne chassait pas, au bénéfice de tous. Donc, dans tout petit groupe, où chaque membre obrient une proportion substantielle du bien commun, car il y a peu d'individus dans le groupe, un bien collectif peut AStre produit néanmoins par l'action volontaire dans son intérASt propre d'un membre isolé ou en commun avec d'autres. Cependant, ce bien collectif, sauf peut-AStre dans les tous petits groupes ne sera pas produit en quantité optimale, le membre du groupe n'en produisant pas autant que cela serait nécessaire idéalement. D'une part cela sera le cas car, dès qu'il existe, par définition les autres le consomment gratuitement et son producteur ne reA§oit qu'une partie du bénéfice lié aux coûts qu'il encourt. Le chasseur, par exemple ne passe pas autant de temps A  poursuivre les nuisibles qu'il serait nécessaire pour les éliminer tous. D'autre part, la quantité du bien que chaque individu reA§oit gratuitement des autres réduit son incitation A  produire ce bien A  ses propres frais. Il économise ses cartouches. Plus la taille du groupe croit, plus la quantité de biens collectifs produits sera inférieure A  l'optimal.
Dans des groupes intermédiaires plus grands où, d'une part, aucun membre ne dérive de l'existence du bien collectif un avantage si grand qu'il ait intérASt A  le produire seul (car il en recevra une part trop minime), mais, d'autre part, qui sont suffisamment petits pour que la contribution ou non d'un individu par rapport au groupe et A  son objectif ait un effet perceptible sur les coûts et les avantages des autres membres, le résultat est indéterminé. Admettons, par exemple, qu'un bien collectif soit déjA  fourni A  un groupe de taille intermédiaire par une action collective, un groupe de propriétaires ayant par exemple embauché un garde-chasse dont ils partagent le coût du salaire et qui tue les nuisibles. Si l'un des membres arrASte de contribuer, le coût individuel va nolement augmenter pour les autres. Us peuvent donc, soit refuser de continuer A  contribuer, et l'action collective disparait (ou par analogie ne sera pas créée si on part de zéro), soit inciter le déserteur A  revenir sur sa décision en exerA§ant une pression sociale suffisante, et l'action collective persiste. L'individu déserteur peut, par ailleurs dans le premier cas, réaliser ex post que son refus de contribuer le prive du bien et le place ainsi dans une situation pire qu'auparavant et donc offrir de participer A  nouveau (ou non).
Dans les grands groupes, la différence que fait, pour la totalité du groupe, la contribution ou l'absence de contribution d'un membre n'est perceptible ni pour les autres membres ni pour le groupe en tant qu'entité, car il contient trop de membres. De plus, du fait de la taille mASme du groupe, une organisation formelle est nécessaire et doit AStre élie, alors que pour un petit groupe, une organisation informelle pourrait se créer automatiquement et tacitement. Il en découle des coûts supplémentaires d'organisation, en plus de ceux encourus pour fournir le bien. Ces coûts d'organisation, de plus croissent avec la taille du groupe. Par ailleurs, pour le membre du grand groupe, plus celui-ci est grand moins il recevra une fraction importante du bien collectif et moins 0 sera récompensé en proportion de son activité éventuelle en faveur du bien collectif fourni au groupe. De mASme, le groupe est trop grand, par définition, pour que les individus qui le composent se connaissent individuellement et puissent exercer une pression sociale efficace les uns sur les autres. Ainsi, aussi, l'individu appartenant au groupe de grande taille sait que ses efforts dans un sens ou dans un autre ne font aucune différence quant A  la production du bien collectif, car il - nage dans la masse - dont il ne constitue qu'un élément sans impact possible. Enfin, si le bien collectif est produit quoi qu'il en pense, il en bénéficiera gratuitement en tous les cas.
Les individus dans un grand groupe, s'ils sont économiquement rationnels et agissent dans leur propre intérASt, n'ont donc aucune raison d'encourir personnellement des coûts aux fins de la création de ce bien, mASme s'ils y gagneraient collectivement en tant que groupe et en tant qu'individu dans le groupe, si le bien était créé.
Ces grands groupes sont dits latents. Ils ne seront jamais producteurs de biens collectifs A  l'initiative de leurs membres, mASme si ce bien bénéficierait aux créateurs de l'organisation destinée A  le produire comme A  tous les membres du groupe. L'exemple de ce type en est les services publics, fournis par l'état certes, mais sans jamais que le paiement des impôts, qui en finance la production, repose exclusivement et uniquement sur le principe de la contribution volontaire.
Oison considère la situation comme analogue A  celle d'un marché parfaitement compétitif, où, bien qu'il soit de l'intérASt de chacun dans l'industrie considérée de maintenir un prix unitaire éle, du fait que ce prix doit AStre commun, mais que chaque firme présente sur le marché ait intérASt aussi A  produire une quantité qui équilibrera coût et prix marginaux, elle augmenteta sa production jusqu'A  ce point et donc fera baisser le prix moyen parce qu'il est dans son intérASt immédiat de se comporter ainsi pour augmenter son profit propre, et donc que ce soient les auttes firmes qui paient le coût, en termes de production réduite, d'un prix plus éle. Chacune raisonnant de cette manière, toutes patiront d'un prix moyen abaissé.
Il existe plusieurs exceptions A  ce principe éli par Oison :
- Les petits groupes, qui viennent d'AStre définis pour les raisons qui ont été élies.
- Des groupes de tailles intermédiaires s'ils sont composés de membres de taille et d'importance inégales et que certains membres aient un intérASt plus éle que les autres A  la création de ce bien public, et où la contribution de chaque membre a un effet sur les autres. L'indétermination, alors est tranchée dans un sens favorable A  la production du bien collectif. Ce sera par exemple le cas d'une organisation d'industriels destinée A  faire pression sur les pouvoirs publics et financée très largement par une (ou quelques) firme dominant le marché au milieu d'une nébuleuse de petits concurrents.
- Des groupes de grande taille, issus de groupes de petite taille, où le coût pour fournir le bien public (ou créer l'organisation) était négligeable. Ce niveau de coût ne change que peu et est si faible é au bénéfice individuel que son augmentation n'est mASme pas perA§ue par l'individu qui le fournissait, ou bien que son coût n'est pas changé, quand la taille du groupe passe de petit A  grand A  la suite de l'entrée massive d'autres individus en grand nombre. Il est difficile d'imaginer un tel bien public. La seule image concrète qui vienne A  l'esprit est celle d'un groupe religieux où un individu prie pour le salut des autres membres.
- Des groupes de grande taille fédérés, c'est-A -dire constitués de petits groupes ayant des liens entre eux. Par exemple une organisation nationale d'employeurs regroupant de multiples associations d'industries, chacune comportant un nombre faible de firmes, A  l'intérieur desquelles une pression sociale peut s'exercer entre membres.
- En pratique, et peut-AStre surtout, des groupes de grande taille où des enjeux stimulants sont disponibles seulement pour ceux qui appartiennent A  l'organisation, ces enjeux étant distincts et différents du bien public fourni par l'organisation et formant un bien accessoire obtenu en plus. Ceci stimulera un individu A  agir en faveur du groupe, c'est-A -dire A  prendre l'initiative de créer ou d'adhérer A  l'organisation qui fournira le bien public. C'est le cas par exemple d'une milice où l'appartenance apporterait aussi un prestige social, outre la sécurité publique apportée par l'existence de la milice elle-mASme. Il en serait de mASme d'un mouvement social mais ou l'accès aux organes dirigeants ouvrirait la voie A  de fructueux contacts utilisables soit socialement, soit en vue d'une carrière dans d'autres organisations, notamment politiques. L'on peut imaginer, par exemple, le cas d'un mouvement syndical étudiant, où l'exercice de responsabilités importantes faciliterait la participation aux cabinets ministériels de gouvernements d'une certaine orientation, ou la désignation comme candidat dans certaines circonscriptions électorales gagnables par un parti de la mASme orientation.
Les groupes de taille importante qui ne sont pas rapporles A  ces exceptions ne seront pas amenés A  s'organiser pour la création du bien public collectif favorable aux membres du groupe et tombent dans la catégorie élie plus haut des - groupes latents -. L'exemple type cité par Oison est celui des cadres qui ne se syndiquent que très peu. Les syndicats ouvriers sont issus, aux Etats-Unis, de petits noyaux fédérés et tombent ainsi dans l'un des cas particuliers.
Oison admet que sa théorie, bien que toujours valide et d'application générale devienne nettement moins opérationnelle quand elle est appliquée A  ce qu'il appelle les - organisations non économiques -, c'est-A -dire les organisations autres que les entreprises, telles que philanthropiques, idéologiques, politiques, etc. Il note correctement, nous semble-t-il, que cela est le cas parce qu'il a retenu un critère strict de rationalité économique (c'est-A -dire impliquant que les individus vont agir collectivement et/ou s'affilier A  des organisations si le coût de ce faire est inférieur aux bénéfices qu'ils en attendent), car les motifs psychologiques, moraux et sociaux sont difficiles A  prendre en compte opérationnellement autrement. S'il relachait ce critère strict, sa théorie pense-t-il perdrait peut-AStre beaucoup de sa valeur d'explication : il considère que tout comportement individuel peut AStre a priori considéré comme rationnel car il est toujours possible de dire que chacun en agissant poursuit un - intérASt - ou une - motivation - interne quelconque de laquelle il retire une - satisfaction - accrue qu'elle soit morale, sociale, etc. Cependant cette explication du comportement serait purement tautologique. Le relachement du critère de rationalité économique enlèverait ainsi toute mesurabilité et tout caractère prédictif A  la théorie : chacun a agi ainsi parce qu'il le préférait, mais il est impossible de savoir A  l'avance ce qu'il préfère et pourquoi. Il reste cependant incontesle dans nombre de cas en pratique, comme nous l'avons vu en détail plus haut qu'une stricte application de la rationalité économique constitue une explication insuffisante du comportement. Notons au passage, en particulier, qu'en ce qui concerne la syndicalisation, on ne peut assimiler un syndicat A  une organisation totalement rationnelle. L'absence de critère unique rationnel de maximisation (nombre de membres, influence, emploi, cotisations) l'interdit déjA  au de la théorie économique, et ceci sans mASme prendre en compte les autres aspects de l'adhésion syndicale pour l'individu5'. Par ailleurs l'explication retenue par Oison pour les syndicats ouvriers n'est pas valable dans la plupart des contextes historiques hors l'hypothèse de quelques fédérations de petits syndicats artisanaux du type de ceux A  l'origine de l'AFL aux états-Unis, mais qui mASme dans ce cas furent contestées plus tard par le CIO et son mode d'organisation. L'utilisation des outils de l'analyse stratégique permet cependant de résoudre le problème en fournissant les outils qui ex post vont pouvoir faciliter la reconstruction des limites de la rationalité procédurale des acteurs. Leurs - objectifs - et leurs - stratégies - sont ainsi compris dans une lumière plus large que celle de la rationalité économique au sens étroit.


Un dernier point, plus mineur, peut AStre avancé pour compléter la théorie d'Oison. Il serait en effet erroné d'en déduire systématiquement qu'une action collective ou la création d'une organisation pour la fourniture d'un bien collectif est d'autant moins probable que la taille du groupe concerné est importante, donc qu'elle s'applique indistinctement A  tous les grands groupes. A€ partir d'une certaine taille critique où le groupe n'est plus un petit groupe ni un groupe intermédiaire, la taille ne fait plus aucune différence". C'est dorénavant le coût de l'action collective qui compte et qui va AStre le facteur critique. Si le coût d'organisation croit avec la taille, alors, en effet, la probabilité de création de l'organisation ou de l'action collective pour la création du bien décroit avec l'augmentation de la taille. Un exemple limite en est illustré par le cas où la participation de tous est nécessaire, faute de laquelle l'échec est certain. Reynaud" cite l'exemple de la défense d'une forteresse, où la trahison d'un seul suffit A  la faire tomber, ou celui de la paix chez soi, où la défaillance d'un seul dans le maintien du calme le détruit sans appel. Si au contraire, le facteur critique est une taille minimum de l'organisation et/ou de l'action collective, par rapport A  la population de référence, alors les chances de création du bien public au contraire croissent avec la taille du groupe (considéré au départ comme grand par définition dans notre hypothèse), car le nombre de participants potentiels A  la formation du groupe critique croit, et non les coûts, avec la taille du groupe. Par exemple, une manifestation au sein d'une catégorie professionnelle donnée sera considérée comme un succès ou un échec non tant en fonction du pourcentage de membres de la catégorie concernée qui y participera mais surtout en fonction de la taille absolue du groupe mobilisé et occupant la rue.

Les causes de l'apparition et de la disparition des organisations : le modèle de l'entreprise

Dans nos sociétés occidentales développées, un rôle fondamental est joué par un type particulier d'organisation : les entreprises. De plus, tout cet ouvrage, destiné aux gestionnaires est centré sur l'entreprise, ce qui justifie que nous y consacrions, comme nous l'avons d'ailleurs déjA  fait abondamment, des développements particuliers.
Dans les circonstances nouvelles nées de la révolution industrielle vont apparaitre les grandes organisations modernes et en particulier les entreprises. Deux théories importantes sont A  citer A  cet égard. Elles dépassent par leur importance et leur champ conceptuel la théorie des organisations mais elles contiennent une explication implicite de l'apparition et de la disparition de l'entreprise capitaliste.


Le développement de l'entreprise capitaliste

Une conception de ce développement est due A  Max Weber54 un des grands théoriciens de la sociologie dont nous avons déjA  passé en revue plus haut certains des apports A  la théorie des organisations. Weber démontre en outre une relation entre les conséquences des valeurs du protestantisme et le développement de l'éthique capitaliste ainsi que l'effet de l'accumulation du capital, défini par l'existence d'entreprises modernes dont le but est le profit55. Il est A  noter qu'il s'agit simplement ici d'une corrélation et non d'un lien de causalité. Rien n'était plus éloigné des idées de Calvin et des réformateurs que la réalité de la société capitaliste de la fin du XIX1 siècle56.
Brièvement résumé5 l'argument part de propositions tirées de la théologie calviniste qui élissent qu'un Dieu absolu a créé le monde pour sa propre gloire et le gouverne mais ne peut AStre compris par l'esprit limité des hommes ; ceux-ci sont prédestinés, leur salut ou leur damnation sont fixés d'avance quoi qu'ils fassent, chacun d'entre eux sur cette terre, et quels que soient leurs mérites ou leurs efforts, en quelque sens que ce soit. Le salut ne pouvant provenir que du don gratuit de la grace divine, l'homme ne peut que travailler A  la gloire de Dieu, sau ou damné, car les choses terrestres, la chair, appartiennent A  l'ordre du péché et de la mort.
Or le respect de ces principes, constate Weber, amène l'homme A  adopter A  l'égard de l'activité économique une attitude conforme au bon fonctionnement du capitalisme, l'accumulation du capital implique la recherche du profit, ce qui en soit mASme n'est pas neuf, mais ce profit est systématiquement et continuellement accumulé pour AStre réinvesti et développer les marges de production sans limites et sans chercher A  en jouir, ce qui, lA , est nouveau. Dépenses somptuaires et jouissances que peuvent procurer l'argent sont sans but puisque seul Dieu peut apporter la gloire dans un monde corrompu et il a décidé A  l'avance qui l'atteindra ou non. La renonciation A  la consommation engendre donc l'accumulation combinée avec le devoir de production et l'accent mis sur le travail et son importance en et pour lui-mASme. Selon Weber, il n'y a pas d'autres exemples de cette coïncidence, ailleurs que dans le monde occidental du XIXe siècle. Si dans le passé ou dans d'autres lieux des exemples d'entreprises recherchant le profit sont apparus, celles-ci avaient en fait un fondement différent. A€ partir d'une économie familiale, princière ou domaniale, elles ont eu un développement divergent et leur but était l'usage de ce profit A  d'autres fins5*.
Il est cependant A  noter que les fondements économiques de cette dièse ne sont pas partagés par certains historiens. Braudel59, parmi d'autres, mais en particulier, s'élève contre cette conception. Il distingue la vie matérielle dominée par l'autocon-sommation, la vie économique dominée par le marché, transparent, et le capitalisme. Selon lui la vie économique apparait au XVe siècle et élargit son domaine sur la vie matérielle jusqu'au XVIII'. Elle anime les marchés mais toujours imparfaitement et partiellement et des situations de monopole subsistent. Le capitalisme se débarrasse des règles du marché qu'il opacifie. Il opère par le contrôle de longues chaines marchandes (commerce au loin) qui séparent offre et demande et il n'est pas spécialisé sur un marché mais est mobile entre toutes les sources de profit pour exploiter les plus renles. Il a déjA  existé entre le XV' et le XVIII siècles, s'est éli de Venise A  Anvers, puis GASnes et enfin Londres. A€ un degré plus ou moins éle, ses structures étaient toujours présentes quoique moins importantes que le marché économique. Eli A  Londres, il se transforme en capitalisme industriel après la Révolution Industrielle et persiste jusqu'A  ce jour.
Si toutefois, cette vision du capitalisme est tenue pour acquise, l'on est amené A  constater que les postulats reles plus haut de la religion protestante mettent l'accent dans la vie quotidienne sur ce monde et les activités dans ce monde et non sur l'au-delA  qui est insaisissable par définition et sur lequel l'on ne peut avoir aucune influence ; sur le devoir pour l'homme de travailler en ce monde, indifféremment A  son sort ; sur l'interprétation possible, quand il réussit en ce monde, des fruits positifs de son industrie comme étant un indice indirect, un signe voilé, de la faveur divine accordée.
Ces éléments légitiment donc l'activité et le succès économique et créent les conditions où elle est un bien recherché pour lui-mASme. A contrario, dans la religion catholique cette activité est vue avec une certaine suspicion. Par exemple, la doctrine du Moyen-A‚ge tient que seul le vivant peut porter des fruits et le prASt A  intérASt, condition de l'activité économique, est interdit aux chrétiens.
Ce que cette approche théorique ne nous dit cependant pas, comme cela a été noté, c'est pourquoi cette coïncidence se produit A  ce moment dans l'histoire et non A  un autre.

L'analyse marxiste et la disparition des organisations capitalistes
LA  aussi, les apports théoriques de Marx dépassent très largement la théorie des organisations et ont un champ conceptuel considérablement plus vaste.
Néanmoins, sans vouloir risquer de les réduire, nous constatons que son analyse contient au coeur un postulat de la disparition du capitalisme et implicitement de l'entreprise et, peut-AStre, de toutes les organisations60.
La théorie marxiste repose sur un certain nombre de postulats :
- toute valeur vient du travail par la force du travail (appliquée A  la nature) ;
- le travail est la mesure de la valeur, que le travail soit simple, complexe, qualifié, non qualifié, il se réduit A  des unités de force de travail.
Dans la valeur produite on distingue :
- C, le capital constant : absorbé dans le processus de production. Il est la valeur des moyens de production utilisés pour produire un produit et incorporés dans ce produit ;
- V, le capital variable (force de travail) : travail vivant incorporé au produit. II est le seul productif de plus-value. Sans lui le capital constant est inefficace ;
- S, la plus-value, produite par les travailleurs et qui va au détenteur des moyens de production.
Le travail n'est pas une marchandise mais la force de travail en est une. De faA§on très simplifiée, le salarié vend sa force de travail ce qui suppose l'existence d'un marché du travail.
Comme toute marchandise la force de travail a un prix qui est celui des frais de sa production. Pour Marx, les frais de production du travail sont les sommes nécessaires pour former le travailleur (l'élever et l'éduquer) c'est-A -dire sa reproduction. Le capital variable du capitaliste sert A  acheter au salarié la force de travail ; c'est son salaire. En moyenne, A  long terme, V est égal A  la valeur du travail, c'est-A -dire A  ses frais de production comme définis plus haut. Cependant A  court terme, V peut varier autour de sa valeur d'échange (osciller) en plus ou en moins.
Sur ces bases, le mécanisme est le suivant : le capitaliste achète la force de travail A  sa valeur, aux frais nécessaires A  sa reproduction, et l'utilise. La plus-value où l'exploitation vient du fait que le capitaliste consacre A  la force de travail une valeur inférieure A  celle que fournit cette force de travail, il tire de cette force de travail une valeur V+S composée des frais de production et de la plus-value.
Le prix de toute marchandise fluctue toujours autour de ses frais de production, simplement par déplacement du capital dans les diverses branches industrielles. Les capitalistes investissent toujours plus dans les branches où le taux de profit reste le plus éle.
La détermination du prix par les frais de production est égale A  la détermination du prix par le temps de travail car les frais de production se composent :
- de matière première et d'usure d'instruments, c'est-A -dire de produits dont la production a coûté une certaine somme de temps de travail (c'est-A -dire le capital constant) ;
- de travail immédiat dont la mesure est précisément le temps (force de travail c'est-A -dire le capital variable).
L'existence d'une classe ne possédant rien que sa capacité de travail est une condition première nécessaire A  l'utilisation du capital. Le travail vivant (force de travail) sert de moyen au travail accumulé, donc travail, salaire et capital sont la condition l'un de l'autre, ils se créent mutuellement. Le capital ne peut se multiplier qu'en s'échangeant contre la force de travail c'est-A -dire en créant du travail salarié et vice versa. Le développement du capital entraine donc le développement du prolétariat.
On calcule :
S/(C+V) = taux de profit = P (qui est le pourcentage de plus-value vis-A -vis du
capital employé (capital constant + capital variable)
En divisant par V le capital variable (salaire), on obtient :
P = S/(C+V) = (S/V)/[(C/V)+(V/V)J = (S/V)/[1+(C/V)]


S/V est ainsi le taux de plus-value (ou d'exploitation).

C/V représente la constitution organique du capital peu différent du concept moderne de ratio du capital au travail. Elle est égale A  : capital constant (matières premières plus usures d'instruments consommés)/prix payé pour la force de travail (égal au salaire, A  sa valeur sociale qui tend vers la valeur d'échange).
La dynamique du système entraine les capitalistes A  utiliser S pour accroitre le capital, C. La concurrence entre eux a pour conséquence inévile l'accroissement permanent du capital. C'est le cas car - un capitaliste ne peut évincer l'autre qu'en vendant meilleur marché -, or pour pouvoir vendre meilleur marché, sans se ruiner, il faut produire A  meilleur marché, c'est-A -dire produire en plus grande quantité et en mASme temps accroitre la productivité du travail. Ce qui entraine :


- une accumulation du capital ;


- une plus grande division du travail ;

- un emploi accru de machines ;


- le travail A  grande échelle.

Donc plus les frais de production deviennent faibles en proportion, plus l'emploi de la force de travail devient fructueux. Ce mouvement se répète par émulation permanente entre les capitalistes ce qui crée un mouvement de spirale toujours accéléré A  échelle toujours accrue. Donc le mouvement de concurrence entre capitalistes tend A  ramener la valeur des produits aux frais de production. De plus ceci amène sur - le champ de bataille industriel des armées plus formidables d'ouvriers avec des engins de guerre plus gigantesques -.
Ceci veut dire, étant donné que P = (S/V)/[l + C/V], et que C tend A  toujours croitre, que P tend donc inéluclement A  décroitre. Donc, pour maintenir le profit, P, S doit augmenter ou V diminuer c'est-A -dire que le taux de plus-value doit augmenter et donc aussi le taux d'exploitation et que le salaire doit obligatoirement baisser.
En conséquence, le salaire V, va décroitre de faA§on A  devenir égal aux frais de sa production (subsistance plus frais de reproduction) et la valeur d'échange du travail elle mASme va décroitre jusqu'aux frais de subsistance car plus la division du travail augmente, plus le machinisme augmente, plus le travail est simple et facile, donc moins il est coûteux de former les ouvriers et plus la part de frais de reproduction dans le salaire décroit quand le travail de l'ouvrier devient accessible A  tous (non formés, femmes, enfants). (V) le salaire s'abaisse donc au niveau du salaire de subsistance.
Parallèlement la concurrence s'accroit entre les ouvriers car tous maintenant, femmes, enfants, ouvriers non spécialisés du fait de la mécanisation et de la formation devenue inutile, ont accès aux postes anciennement qualifiés, mais maintenant ouverts A  tous. Du fait de la division du travail un ouvrier fait le travail qu'en faisaient 5, 10, 20, la concurrence entre ouvriers est donc 5, 10, 20 fois accrue (et le salaire baisse). Or, non seulement le salaire diminue mais le chômage augmente pour cette double raison. Plus il y a concurrence entre les salariés pour les emplois, plus l'armée de réserve du prolétariat grossit, plus le salaire accepté sera bas pour des quantités de force de travail accrues. La plus-value augmente pour un salaire réduit et plus il y aura du chômage plus les bas salaires seront acceptés et le salarié essaiera de travailler plus pour compenser la baisse de son salaire. La limite sera le niveau de subsistance. Pour les salariés, elle sera toujours maintenue A  ce niveau :
- par la baisse du salaire ;
- par la concurrence accrue pour les emplois et l'existence d'un important chômage.
Le mécanisme tourne sur lui-mASme. Les salaires diminuent et le chômage augmente alors mASme que la production peut augmenter. Sous l'effet de la concurrence, le capital s'accroit et soumet de plus en plus d'individus A  sa loi. Le système conduit A  la paupérisation absolue de la classe ouvrière.
Il est A  noter mASme si, dans l'hypothèse la plus favorable, avant une industrialisation accélérée, le capiral productif s'accroit très rapidement et entraine une demande accrue de travail qui entraine elle-mASme un accroissement momentané du salaire (oscillation au-dessus de la valeur de la force de travail), les conséquences en seront mitigées. Par définition en mASme temps, en effet, le capital productif s'est accru. Il en résulte que la richesse, le loisir et les besoins et les plaisirs sociaux se sont accrus. Donc, bien que les plaisirs de l'ouvrier soient accrus, la satisfaction sociale qu'ils lui procurent a diminué ativement aux plaisirs accrus du capitaliste qui lui sont inaccessibles ativement au stade de développement de la société en général (mesure de nos plaisirs qui y ont leur source). Donc, le meilleur des cas est celui de la paupérisation relative.
Le système conduit de mASme A  la baisse tendancielle du taux de profit. Malgré les mesures prises pour baisser V et accroitre S, P décroit car C automatiquement croit de plus en plus vite par l'effet de l'accumulation du capital. Quand P tombe au-dessous d'un certain niveau, les capitalistes vont réduire leurs investissements et épargnent sans accroitre proportionnellement leur consommation. Ils conservent S en liquidités sans l'utiliser, donc thésaurisent. Il en résulte une crise d'excès de liquidité et de sous-consommation et le système est en déséquilibre. Si on arrive A  maintenir S, l'ensemble de la production est produite par une quantité toujours restreinte de salariés (car le chômage augmente) avec des salaires plus bas. Il en résulte une crise de surproduction car la production ne peut pas AStre absorbée faute de pouvoir d'achat.
Le système va donc osciller de crise en crise, de déséquilibre en déséquilibre de plus en plus accentués. La disparition du système capitaliste et de l'entreprise capitaliste est inélucle par ce jeu automatique.
Il est aussi A  noter que la théorie marxiste révisée léniniste contient en outre une analyse de la disparition des autres organisations que les entreprises. C'est du moins la conclusion que l'on peut tirer du dépérissement de l'état, donc des organisations publiques, au long de la dictature du prolétariat qui conduira au communisme idéal.
Enfin, il doit AStre rele qu'une approche des théoriciens marxistes modernes, ou dits - radicaux - rejette pratiquement sur chaque point la théorie des organisations conventionnellement admise que nous présentons dans cet ouvrage. Ce rejet est trop complexe pour AStre analysé en détail ici1,1 mais il est possible de noter globalement que ce qui est classiquement analysé en termes d'efficacité et de rationalité est réinterprété dans cette perspective en termes de production d'idéologie, de dialectiques et de maintien et de consolidation des rapports de d'exploitation entre classes, auxquels s'ajoutent la domination sociale et l'aliénation culturelle.
Il convient aussi de retenir que si l'analyse marxiste telle qu'elle émane des successeurs de Marx, peut au premier abord paraitre déterministe, car les crises du capitalisme et l'avènement du communisme sont - scientifiquement -, pour cette théorie, inéviles et inscrits dans l'histoire future, cette ligne de pensée attribue néanmoins un comportement stratégique et intentionnel aux détenteurs du capital et aux organisations qu'ils contrôlent, avant que l'inévile conclusion ne se produise.
Les formes modernes d'exploitation, domination et aliénation sont ainsi mises en évidence illustrant la base théorique du maintien de la classe ouvrière dans sa situation de paupérisation et d'absence de pouvoir Un exemple en est le développement des marchés du travail internes aux firmes, dont le but téel est d'accroitre et d'améliorer de faA§on volontaire le contrôle sur les salariés6- et qui ne tésultent donc pas de mécanismes intrinsèques développant des avantages communs aux deux parties illustrés au chapitre précédent.
Parallèlement la segmentation du marché du ttavail est elle aussi intentionnelle. Elle permet A  la fois de réduire les salaires dans le marché secondaire et de diviser la classe ouvrière plus avant.
Il en est de mASme pour la politique de croissance dont le but réel, en face d'un contre-pouvoir syndical plus vocal, est de légitimer et d'institutionnaliser le pouvoir hiérarchique et de développer des contrôles bureaucratiques au moyen d'une catégorie de cadres dont le nombre est toujours croissant61.
Enfin, l'introduction de nouvelles technologies a en fait pour but réel de maintenir, toujours selon cette théorie, un contrôle sur les salariés en déqualifiant les emplois, en réduisant leut autonomie dans le travail et en ttansfétant aux machines leurs savoirs et qualifications64.

Les contributions spécifiques d'approches théoriques préalablement analysées

Les analyses précédentes des raisons pour lesquelles les organisations ne se forment pas ou disparaissent nous ont fait progresser de faA§on certaine en indiquant clairement que les avantages A  tirer de leur existence, l'intérASt individuel parmi les membres d'une collectivité, par exemple, n'étaient pas une condition nécessaire et suffisante A  la formation d'une organisation. Néanmoins, si elles nous ont fourni un exemple de non création d'organisations, elles ne nous ont pas permis de franchir positivement une étape plus décisive vers les conditions de formation ou d'émergence d'une organisation. Un pas supplémentaire peut AStre recherché dans les conséquences d'analyses déjA  examinées dans leurs grandes lignes.
Il est clair, et nous l'avions d'ailleuts noté au passage, que certaines des approches théoriques dont nous avons déjA  évoqué les apports sur d'autres points ont aussi une contribution A  apporter sur le problème de l'apparition de l'organisation.
Dans un sens très large, les normes sociales peuvent AStre conA§ues comme des instruments d'orientation des comportements individuels, et mASme éventuellement de coordination des comportements. Nous appliquons quotidiennement des normes dans nos rapports avec les autres en termes de courtoisie, de politesse, pour par exemple décider qui franchira le premier une porte quand deux personnes se présentent (normes tenant A  l'age, au sexe, etc.). Les exemples présentés plus haut peuvent tout A  fait s'interpréter dans ce sens. Il en est de mASme pour l'analyse tirée de la psychologie de l'engagement qui nous indique des comportements attendus. A€ un degré encore plus éle les apports de l'économie des conventions dans ses propositions pour résoudre ce qu'elle appelait les - différends, surtout au sens élargi où nous la présentons A  la fin de la section précédente fournit des solutions de coordination interindividuelle aux conflits interpersonnels A  l'intérieur des - mondes - et mASme entre - mondes - différents.
Néanmoins nul n'est tenu d'observer une convention, une norme, un engagement et s'en affranchir est aussi une réalité quotidienne comme en témoignent les - incivilités - plus ou moins graves déplorées par nos gouvernants. Ces modes de coordination, s'ils existent bien et sont utiles sont insuffisants pour former par eux-mASmes des communautés pertinentes de l'action collective et encore moins des organisations. Au mieux, ils complètent les modèles d'articulations des comportements individuels et d'équilibres présentés plus haut, orientant des comportements individuels en effets collectifs mais sans arriver A  créer de structure ou de construit plus ou moins sle.
Il en est tout A  fait autrement pour l'économie des transactions. La conception de l'organisation comme échec du marché constitue bel et bien une théorie de l'apparition des organisations. Quand certaines conditions prévalent, que nous avons passé en revue au chapitre précédent, les organisations sont préférables aux marchés, quand elles sont absentes le marché triomphe A  moins que des formes hybrides n'apparaissent (franchises, joint-ventures, alliances, partenariats, accords, sous-traitance, impartition, quasi-firmes, réseaux dynamiques, etc.), préférables aux deux hypothèses précédentes car le marché présente aussi certains coûts en termes de bureaucratisation et d'incitations inférieures A  la performance.
Les analyses de Williamson, particulièrement riches vont donner lieu A  une importante littérature dérie, consacrée notamment A  ces formes hybrides et A  leur apparition, généralement réunies sous le terme générique de réseaux, qu'il est indispensable d'interroger car elle apporte sa pierre A  la réponse A  la question centrale de l'apparition des organisations.





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