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MANAGEMENT

Le management ou la gestion est au premier chef : l'ensemble des techniques d'organisation des ressources mises en œuvre dans le cadre de l'administration d'une entité, dont l'art de diriger des hommes, afin d'obtenir une performance satisfaisante. Dans un souci d'optimisation, le périmètre de référence s'est constamment élargi. La problématique du management s'efforce - dans un souci d'optimisation et d'harmonisation- d'intègrer l'impact de dimensions nouvelles sur les prises de décision de gestion.


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La complexité du décodage de l'environnement économique

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La complexité du décodage de l'environnement économique
C'est un vérile défi pour les Directions des Ressources Humaines que de décrypter les contours de l'environnement économique, puisque cet exercice conditionne ensuite la possibilité de mettre en œuvre une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.
Mais ce processus de décryptage de la nouvelle donne économique constitue un exercice délicat en raison du flou qui entoure encore l'évolution. La société industrielle qui s'était structurée tout au long du xx1' siècle et qui reposait sur 3 grands piliers fondateurs (une conception de l'état Providence, l'organisation Fordiste, et le management tayloriste) se fragilise de toute part.
Les présupposés théoriques qui aient fondé le management sont actuellement remis en cause, sous l'influence conjuguée des technologies de l'information, de la mondialisation mais aussi de la remise en question de l'état Providence. Si l'on est sûr que le modèle ancien est en train de disparaitre définitivement, notamment pour ce qui relève spécifiquement de l'organisation taylorienne ou du modèle fordiste, on est cependant moins A  l'aise pour discerner les repères d'un modèle nouveau A  naitre. La nouvelle donne économique qui émerge peu A  peu, se structure autour d'une relation complexe qui fait intervenir de multiples paramètres. Et par un phénomène de dominos, ce sont tous les repères traditionnels de la gestion des entreprises au quotidien qui se trouvent malmenées. On observe, en premier lieu, un poids croissant des services dans l'activité économique (A), en second lieu, une économie de l'offre qui s'est substituée A  l'économie de la demande et qui a traversé la logique du management, désormais centrée sur le client et la qualité (B), en troisième lieu, une montée en puissance du poids de la finance (C), enfin une mutation totale de la représentation de la leur(D).

A - Une part croissante des services dans l'activité économique

Une première conséquence de cette généralisation massive des technologies de l'information (TI) concerne le poids de plus en plus grand des services dans l'activité économique, et la croissance de l'investissement immatériel dans la production des biens. La part dans le PNB des services fournis directement A  l'industrie est désormais plus élevée que celle de l'industrie elle-mASme.
Non seulement nous consommons de plus en plus de services : restauration collective, santé, éducation, transports, médias, loisirs, etc. mais aussi le service accomne toujours plus étroitement la production industrielle, en amont par la recherche et développement, l'ingénierie, la formation et en al, par la distribution, la publicité, le service après-vente. -.Les biens produits depuis 15 ans contiennent de plus en plus d'intelligence. On assiste A  la substitution progressive de l'information au trail comme facteur de production -".
Par ailleurs, un deuxième élément vient enrichir cette notion de services ; il s'agit des services qui s'organisent autour des produits et qui s'inscrivent dans le concept générique de -services A  la clientèle-. Les services autour des produits sont des services fournis complémentairement A  un produit, en vue d'en optimiser l'utilisation et d'en augmenter la leur pour les clients.
Trois types de services autour des produits peuvent AStre distingués"":
- ceux qui sont liés A  la conception du produit et qui le rendent plus fiable et plus facile A  réparer (design, notices de réparation) ;
- ceux qui sont basés sur la rapidité du temps de réponse aux clients, et qui visent A  réduire le temps d'indisponibilité du produit (hol line, intervention sur site dans les 24 heures) ;
-et ceux qui réduisent les risques des clients (garantie, service de maintenance préventive).
Malgré le rôle stratégique des services, la mesure précise de leur impact sur le dynamisme de l'activité économique est cependant difficile, dans la mesure où l'on se trouve confronté A  une série de contradictions. Le casse-tASte principal pour les économistes est de mettre au point de nouveaux outils pour prendre la mesure de la productivité réelle des services, ce problème étant directement lié A  la notion de création de leur. Par ailleurs, il faut se garder d'adopter un discours réducteur érigeant la société de services comme une solution miracle A  la crise de l'emploi.
Le mythe de la société de service doit AStre nuancé :
- en premier lieu, les services ne sont de vériles créateurs d'emplois que s'ils sont reliés de près ou de loin A  l'activité manufacturière. En effet, on peut faire remarquer que la consommation de nombreux services, n'est en lait qu'un prolongement de la consommation de biens, notamment industriels (par exemple la réparation automobile)97 ;
-en second lieu, on observe une faible capacité des services A  générer des revenus élevés. Les salaires pratiqués dans les activités de services non reliées A  l'industrie sont en moyenne d'un tiers inférieur A  celui du secteur manufacturier (commerce de détail, services sociaux, service aux personnes). L'explication de cet écart lient A  la difficulté de dégager des gains de productivité quand il s'agit essentiellement d'une activité A  fort engagement relationnel. Cette forte augmentation des services et cette demande de plus en plus grande de services aux personnes doit questionner les personnes engagées dans la gestion des RH dans les entreprises. La logique de service repose complètement sur le couple compétence-confiance: cela signifie que l'offre de service est inséparable d'une logique de -justification-, complètement reliée A  un construit social, A  un système de représentations, A  une image portée par les stratégies de communication ;
- enfin, la relation de service est devenue un élément central de la gestion des ressources humaines, dépassant l'opposition traditionnelle entre biens et services. On découvre que c'est la combinaison entre ces deux éléments reliés par l'axe de la compétence et par l'organisation qualifiante, qui constituent les meilleurs gages de productivité.


B - Une économie de l'offre et la révolution de la qualité


Bien que s'inscrint dans des registres idéologiques et conceptuels très différents, les théories de l'économie de l'offre et celles de la qualité se sont renforcées l'une l'autre pour redonner un nouveau souffle aux économies des pays industrialisés A  la fin des Trente Glorieuses.
» L'économie de l'offre, d'inspiration libérale, a pris naissance aux états-Unis au cours de la décennie 1970. Pour les théoriciens de l'économie de l'offre dont le représentant le plus connu est Laffer, la seule faA§on de revenir A  la prospérité et A  la silité, consiste A  rélir l'économie de marché dans ses droits. Cela signifie qu'il faut réduire l'interventionnisme de l'état. L'économie de l'offre prend ainsi le contre-pied de la pensée keynésienne qui faisait loir une conception opposée. D'une part. l'état doit compenser, par ses interventions les échecs du marché, et d'autre part, il doit assurer par sa politique économique le maintien du plein emploi et la redistribution des revenus. Toute la stratégie de l'économie de l'offre a été d'agir sur la diminution des impôts pesant sur les personnes et les entreprises ainsi que de réduire le déficit budgétaire. Enfin, la dérégulation procède de la mASme logique de désengagement des pouvoirs publics du champ de l'économique. Mais l'économie de l'offre constitue une alternative A  la saturation progressive de la demande qui ait soutenu la croissance économique pendant les années d'après-guerre. L'équipement des ménages marque une première pause. Une seconde phase de consommation s'amorce alors, beaucoup subtile. Celle-ci renvoie A  une différenciation accrue du produit et du service pour répondre aux aspirations d'une société marquée par la montée de l'individualisme. L'immatériel et la différenciation vont de pair. Il s'agit pour les entreprises de trouver tous les registres de la séduction d'un consommateur de plus en plus exigeant. C'est A  ce niveau que se rejoignent l'économie de l'offre et la révolution de la qualité.
» Le management de la qualité est d'inspiration très différente. Orientée vers une logique micro-économique, elle trouve son origine dans les modes de management formalisés par les entreprises japonaises. Cette révolution de la qualité s'est rapidement diffusée A  l'ensemble des pays industrialisés. Elle a répondu très utilement A  l'épuisement du modèle fordiste fondé sur la production et la consommation de masse. Il fallait trouver une alternative pour relancer le processus de production dans un contexte de crise économique. Le modèle de la qualité a soutenu utilement l'économie de l'offre en -'intégrant dans la définition mASme du produit, dans sa réalisation et dans le dispositif d'accomnement. Le client trouit dans le processus de différenciation un nouveau prétexte A  consommer. Par un phénomène en cascades, la logique qualité s'est diffusée A  l'ensemble de l'entreprise favorisant une offre de produits puis de services de plus en plus sophistiqués. Toute l'organisation, désormais orientée sur la satisfaction de la qualité, a bouleversé le cadre de l'entreprise taylorienne. Elle impose désormais un nouveau rapport au -capital productif, au capital organisationnel et au capital d'innotion-.


C - Une montée en puissance du poids de la finance


- Les marchés financiers, nouveaux DRH des entreprises franA§aises -''".
Les structures financières - banques, élissements de crédit, bourses - ont toujours joué un rôle important dans le soutien de l'activité économique. Dès 1911, Schumpeter soulignait le rôle déterminant des banques dans l'identification et le financement des investissements productifs.
Ce qui change fondamentalement, quand on évoque le processus de financiarisation que l'on connait aujourd'hui, c'est d'une part le poids des mouvements financiers qui souvent précèdent la décision d'investissement et c'est d'autre part, le processus d'internationalisation de ces mouvements.
Le phénomène tel qu'on le décrit ici, est né dans les années 1980. Il est inédit dans son genre. Il a été déclenché par la libéralisation générale du mouvement des capitaux et par le processus de déréglementation initié aux Etats-Unis au début de la décennie 1980'"". Le mouvement de déréglementation consiste en un ensemble de mesures destinées A  encourager la concurrence sur les marchés financiers101.
Le processus de financiarisation est un processus complexe. Il se caractérise de multiples manières :
- les entreprises ont eu recours plus largement aux emprunts émis sur les marchés au lieu de se procurer des financements par l'intermédiaire des banques. Les investisseurs -institutionnels- étrangers, notamment anglo-saxons ont pris un poids de plus en plus grand dans le capital des entreprises franA§aises, notamment A  travers les fonds de pension. Ils urent aujourd'hui en bonne place dans l'actionnariat des grandes entreprises, pount mASme atteindre jusqu'A  50% et plus de leur capital ;
- une nouvelle forme d'actionnariat collectif s'est développée avec la généralisation des dispositifs d'intéressement, d'épargne salariale, d'actionnariat salarié. Cette révolution de l'actionnariat prend des formes les plus diversifiées, fonds de pension, sociétés d'assurances, intermédiaires financiers, fonds spéculatifs. La progression de l'influence des investisseurs institutionnels sur le marché financier est considérable. Les actifs gérés par les institutionnels américains ont été multipliés par 5 depuis 1980, passant de 2 000 milliards de dollars A  plus de 10000 milliards aujourd'hui. Leurs investissements dans les entreprises franA§aises sont impressionnants ;
-enfin, on ne saurait négliger le poids grandissant de l'actionnariat individuel, longtemps resté marginal en France et qui a explosé au cours de la décennie 1990, dans le sillage du processus de pritisation des entreprises publiques.
Ce processus de financiarisation a entrainé une transformation radicale du capitalisme. On est passé, selon la formule d'Aglietta, -d'un capitalismefordiste A  un capitalisme patrimonial-. Cela se traduit dans les faits, par un retour en force du capitalisme anglo-saxon qui tend A  chasser les autres modèles de capitalisme, notamment le capitalisme Rhénan1"2.
Le modèle allemand fondé sur l'économie sociale de marché, reposait sur un secteur banque-industrie organisé en réseaux puissants. Ce dernier assurait A  travers le système des banques-maison, un actionnariat sle, un financement régulier et une stratégie A  long terme favorisant l'investissement au détriment de la rente. Or ce modèle, sous l'influence de la mondialisation et de la financiarisation, vole en éclats, pour ne laisser la place qu'A  un seul modèle dominant: le modèle du capitalisme anglo-saxon"". Les conséquences sur le économique, politique et social sont multiples :
- sur le économique d'abord, le phénomène de déréglementation a favorisé une concurrence très vive entre institutions bancaires qui ont adopté des logiques de plus en plus financières. La logique de spéculation devient centrale, ce qui modifie complètement les logiques d'investissement. La renilité immédiate prime sur les choix de recherche et développement et sur les politiques de formation qui s'inscrivent forcément sur le temps long"" ;
-de mASme, sur le politique, on assiste A  une perte d'influence des gouvernements et des banques centrales sur la finance internationale. La localisation des transactions financières est de plus en plus difficile A  déterminer- une transaction peut se produire entre deux entités dans deux endroits différents, pour le compte d'un client situé dans un troisième, ant d'AStre réglée dans un quatrième endroit. Cette difficulté de localisation se trouve renforcée par la présence des paradis fiscaux qui contribuent A  renforcer cette opacité ;
- enfin sur le social. -les nouveaux maitres du inonde- que sont les financiers imposent souvent aux dirigeants d'entreprise des décisions qui ne vont pas dans le sens des intérASts des salariés. Les affaires de Vilvorde, Moulinex, Michelin. Danone nous ont fourni des exemples criant du poids de cette logique qui discrédite en fait toute politique des ressources humaines. -Quand Renault ferme son élissement de Vilvorde, la Bourse salue l'événement dès le lendemain, en lorisant ses actions de 13%. Quand Moulinex ferme deux usines en France et supprime 1800 emplois en Normandie, ses actions gagent instantanément 21%. Quand en septembre 1999, Michelin annonce simultanément la réalisation de profits substantiels et la mise en œuvre d'un de dégraissage, la bourse salue l'exploit-.
Ce n'est plus la logique de l'Homme qui prime, c'est la satisfaction immédiate de l'actionnaire.

D - Les mutations de la conception de la création de leur

- Une croissance économique n 'a de leur que si elle s'appuie sur une éthique qui confère A  la finalité humaine une primauté absolue -""'.
Comment se mettre d'accord sur une manière de concevoir la création de leur qui prenne en compte la leur globale, sans réduire le concept A  la seule composante financière? La solution est loin de s'imposer de manière évidente, car c'est une relation complexe qui lie les notions de productivité, de leur ajoutée et d'autres indicateurs. Et c'est souvent sur fond de paradoxe qu'on doit envisager la notion de création de leur.
Sous l'influence de multiples facteurs, et notamment celle du poids grandissant des actionnaires dans la direction des entreprises, une autre manière de calculer la leur s'est peu A  peu imposée aux analystes financiers. Si le calcul de la VA demeure encore un élément important dans la représentation de la leur comple de l'entreprise, des ratios beaucoup plus sophistiqués fondés sur le rendement du capital investi tendent A  se substituer peu A  peu A  l'approche traditionnelle. Ce changement de paradigme n'est pas neutre. Il imprime toute une philosophie de l'entreprise, et avec elle, une manière de concevoir les choix de management.
Pour clarifier, il faut s'appuyer sur la conception traditionnelle de la création de leur (1 ) pour mesurer l'impact des nouvelles approches de la leur(2).


1) Approche traditionnelle du calcul de la leur

Traditionnellement, le calcul de la leur sur le économique se faisait sur la base de deux indicateurs complémentaires: la productivité et la leur ajoutée.

a) La notion de productivité


La productivité

La productivité est le rapport entre la quantité produite et lu quantité de facteurs (trail, machines) nécessaires pour la produire. Lorsque la productivité du trail augmente, cela signifie que la quantité de trail par unité produite diminue.
La productivité est une donnée physique. C'est une quantité d'objets fabriqués ou de services rendus par unité de temps. L'impact des nouvelles technologies sur la logique productive est essentiel. Les gains de productivité résident désormais dans la conception intelligente des produits, dans la qualité du processus, et dans la maitrise des flux d'informations accomnant les procédés de fabrication. Si l'on prend en compte la définition traditionnelle de la productivité, on ait un rapport qui renvoyait A  une représentation de la gestion purement interne de l'entreprise.
Or cette approche de la productivité se trouve naturellement remise en cause, du fait de l'impact de plus en plus significatif des facteurs externes, dans la performance de l'entreprise. Ce constat est fait par de nombreux auteurs, notamment Pierre Veltz: -La productivité tient désormais surtout A  la qualité des interfaces entre les acteurs qui interviennent dans les processus productifs-l07.
Ce constat est également repris par l'OCDE qui souligne que plus l'importance des technologies est grande dans les économies, plus les entreprises doivent pouvoir compter sur un environnement propice A  l'innotion technologique. -L'antage concurrentiel tient autant A  la manière dont savoir-faire et technologies sont utilisés qu'A  leur présence dans un environnement régional- (ce serait notamment le secret de la réussite de la Silicon Valley dont l'environnement régional, tant du point de vue des institutions que des structures sociales, joue un rôle majeur)"18.
Les conséquences de ce nouveau concept de productivité sont multiples : - en terme de gestion du territoire, on assiste A  un renforcement de la concentration : les zones les plus riches attirant toujours plus d'investissements et de manière symétrique, on est confronté A  un processus inélucle de désertification'"'' ; -un débat important a agité le milieu des économistes pour savoir si les TI sont porteuses ou non de gains de productivité. Dès 1987, le Prix Nobel d'économie américain Robert Solow ait remis en cause, les liens entre le développement de l'informatique et les gains de productivité. -Les ordinateurs sont partout, sauf dans les calculs de Ut productivité. -
Aujourd'hui, plus personne ne conteste le rôle clef qu'a joué le développement des nouvelles technologies dans la croissance. Ce qui est plus difficile en renche A  mesurer, ce sont les effets A  long terme de cette nouvelle organisation de trail. Si le concept de productivité constitue un bon instrument d'éluation de l'intégration du progrès technique dans le système productif, il est peu pertinent en renche pour prendre la mesure de la richesse crée dans le secteur des services"". Comment éluer la productivité d'un trail administratif? D'une prestation informatique? D'une activité commerciale? C'est ainsi que les principaux pôles de développement de nos économies qui reposent sur des secteurs comme l'éducation, la santé et le tourisme ne peuvent AStre appréhendés par le concept de productivité qui devient carrément contre-productif.
En réalité c'est toute la création de leur liée A  l'économie de l'immatériel, qui caractérise la société de l'information, qui se laisse mal appréhender par ce calcul de productivité :
-doit-on uniquement prendre en compte ce qu'on appelle le trail productif et éliminer tout ce qui ne produit pas de leur ajoutée immédiate ?
- comment, si on ne sacrifie pas A  cette conception très réductrice du trail, mesurer l'impact de tout ce qui n'est pas considéré comme immédiatement productif ?

b) La notion de leur ajoutée


La leur ajoutée

La leur ajoutée est une donnée financière, qui mesure la contribution de l'entreprise A  la création de richesses pour la collectivité et pour elle-mASme. Elle s'exprime dans la formule VA = Production - consommations intermédiaires.
La formule permettant de calculer la leur ajoutée est une bonne illustration de la contribution effective de l'entreprise A  la création de richesses qui complète bien la notion de productivité. Si la productivité est un instrument de mesure de la performance de l'entreprise, elle ne préjuge en rien, ni de sa capacité de survie, ni du processus de création de richesse. Ce qui compte ant tout, c'est l'évolution positive de la leur ajoutée. Le suivi ensuite de l'utilisation de cette leur sur les différents postes de dépenses de l'entreprise en dit long également sur les bénéficiaires de la création de richesses, puisque le premier poste de consommation de la VA concerne les salaires.
Mais il peut arriver certaines situations dans lesquelles productivité et leur ajoutée peuvent évoluer dans des directions différentes. Il arrive fréquemment que des entreprises et des secteurs d'activité développent de manière très significative des gains de productivité, ce qui suppose des ressorts d'intelligence ou d'innotion ou de créativité, mais au bout du compte ne parviennent pas A  dégager de la leur ajoutée.
Un des chantiers majeurs A  entreprendre est de redonner une pertinence A  cet indicateur économique qu'est la leur ajoutée, pour donner une nouvelle lisibilité au processus de création de richesses, notamment A  travers une tentative de mesure du capital humain"1.
La mesure de ce capital suppose la mise en œuvre d'une opération en trois temps. Il faut d'abord donner une lisibilité:
-au capital compétence de l'entreprise qui s'exprime par l'investissement en formation, la circulation des savoirs, l'énergie informationnelle;
-au capital structurel qui correspond A  l'organisation mASme de l'entreprise décomposée en plusieurs processus (production, logistique, système d'information, ); c'est la qualité du capital structurel qui permet de démultiplier les talents ou au contraire les brider ;
- au capital client sans lequel l'entreprise n'a aucune leur. Ce capital s'exprime en termes de fidélité, de qualité de relation liée A  l'image, A  la marque, A  la densité d'un réseau commercial.
Le capital humain est une source de richesses pour l'entreprise A  inscrire au passif du bilan au mASme titre que les actionnaires et les prASts des banquiers. Ce n'est pas un simple geste comple mais une décision majeure qui peut changer le destin de l'entreprise.

2) Les conséquences des nouvelles approches de la leur

a) Le rendement du capital investi, nouveau paradigme de la création de la leur
Ce qui ressort des principaux courants qui structurent aujourd'hui le calcul de la leur, c'est que globalement le point de référence n'est plus la création de richesse collective, mais la rémunération du capital investi par l'actionnaire. La leur créée par une entreprise correspond A  la différence entre la renilité des capitaux investis et le coût des capitaux engagés.
La recherche d'un rendement annuel sur fonds propres (return on equity - ROE) d'au moins 15 % s'est imposée comme un objectif de gestion, sous forme d'un dogme non négociable. Concrètement cela signifie qu'une société bien gérée ayant un capital de 100 Euros se doit de gagner chaque année 15 Euros de bénéfice net. Ce taux lui permet - si les bénéfices sont conservés et réinvestis dans l'entreprise - de doubler sa leur en cinq ans.
C'est dans ce contexte de conception très normée de la théorie de la leur que les cabinets de consultants ont essayé d'affiner leur propre calcul de la leur. Les plus connus émanent de grands cabinets américains'".

b) Les conséquences de cette conception de la leur sur les choix de management
La domination des groupes anglo-saxons sur le marché de l'audit financier n'est pas sans conséquence sur la diffusion du modèle de capitalisme anglo-saxon qui tend A  laminer A  la base l'équilibre économique et social des entreprises européennes. Directement importée des états-Unis, l'obsession de la création de la leur gagne la France et l'Europe. Bien que les experts soient nombreux A  pointer le caractère très réducteur de cette manière de calculer la leur qui ne prend en compte que la renilité A  court terme de l'entreprise et qui n'intègre pas le risque d'innotion et d'investissement, cette conception s'est diffusée comme une trainée de poudre. Elle n'a pas fini de faire des rages. La gestion du groupe Danone depuis l'arrivée de Frank Riboud aux commandes de l'entreprise est une illustration presque caricaturale de ce nouveau culte de la leur. De mASme, les affaires Marks & Spencer, Michelin, ne sont pas étrangères A  ce débul de prise de conscience collective.
Décliné au sein de chaque entreprise, ce dogme a accéléré le processus de restructurations. Mi nom des 15%, certaines sociétés se sont séparées de divisions ou de métiers jugés insuffisamment renles. D'autres ont renoncé A  des investissements Stratégiques présumés trop risqués pour atteindre le seuil psychologique des 15%. Si pendant la période d'euphorie boursière, du milieu des années 1990, cette norme de 15% de ROE s'est imposée aux entreprises, certains signes montrent aujourd'hui les limites d'une approche aussi réductrice de la leur. Les critiques sont apparues notamment quand on a pris conscience des dégats que pouient occasionner sur le social de telles pratiques.
Par ailleurs, le séisme engendré par l'affaire Enron et ses multiples conséquences, a servi d'électrochoc en faveur d'une restauration d'une conception de la leur, plus réaliste et plus conforme aux intérASts de tous les acteurs de l'entreprise. On commence timidement A  penser qu'il était absurde d'imaginer que les entreprises puissent durablement afficher des bénéfices en croissance sensiblement plus forte que celle du produit intérieur brut"4.
Enfin, cette conception de la création de la leur a été pilonnée par l'éclatement de la bulle financière qui impose de revenir A  des visions plus réalistes, et A  des exigences de gestion qui prennent en compte dans le calcul de la leur le capital humain.
On constate encore un déficit d'outils pour éluer l'intelligence, le relationnel, le capital de confiance ou la réactivité de l'entreprise vis A  vis de ses partenaires et de ses clients. La construction d'indicateurs pour mesurer l'immatériel dans l'entreprise suppose d'inclure les retours d'investissement générés par les actions de formation, la capitalisation des connaissances, l'innotion et l'audace de la prise de risque. De fait on est en présence d'une sous-éluation de la leur réelle de l'entreprise.
La principale difficulté pour trouver des solutions adaptées A  la nouvelle donne économique réside dans le fait qu'il existe un écart assez considérable entre l'univers de trail de la nouvelle économie et celui de l'économie traditionnelle. Alors que des pans entiers de la société industrielle traditionnelle ont déjA  opéré leur mutation, d'autres au contraire résistent A  la modernisation. De plus, et pour compliquer le tout, la nouvelle économie présente des signes de fragilité telles, qu'il semble in de vouloir batir les piliers d'un nouveau management sur des bases aussi volatiles. On est en effet confronté A  plusieurs contraintes cumulées qui rendent la théorisation sur la nouvelle donne économique particulièrement malaisée. La crise des leurs boursières de la haute technologie qui a commencé au printemps 2000, a servi de déclencheur dans la prise de conscience des contradictions dont sont porteuses les références actuelles du calcul économique et qui font apparaitre un certain nombre de décalages:
- décalage entre le cycle long de la connaissance et le cycle court de la financiarisa-tion, qui surlorise les performances A  court terme des entreprises, alors que toute stratégie cognitive est forcément inscrite sur le long terme ;
-décalage entre un discours managérial qui prône le risque entrepreneurial et la politique financière de fuite de capitaux dent le risque;
- décalage enfin entre les conditions de trail des personnes qui voient mobiliser leur potentiel créatif et leur implication, et le fait qu'elles soient soumises A  une vérile régression dans leur environnement de trail (précarisation de l'emploi, horaires de trail très importants, atteinte A  la vie privée). Le paradoxe d'une économie fondée sur la finance, elle-mASme confrontée A  une grave crise de confiance lamine tous les repères du management. Si les solutions A  mettre en œuvre sont loin de faire l'unanimité, l'obsertion des mutations en cours fait l'objet au contraire d'une singulière convergence, pour procéder A  un rééquilibrage de la leur qui prenne en compte la richesse humaine.




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