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ECONOMIE

L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία / oikonomía : « administration d'un foyer », créé à partir de οἶκος / oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et νόμος / nómos : « loi, coutume ») est l'activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services. L'économie au sens moderne du terme commence à s'imposer à partir des mercantilistes et développe à partir d'Adam Smith un important corpus analytique qui est généralement scindé en deux grandes branches : la microéconomie ou étude des comportements individuels et la macroéconomie qui émerge dans l'entre-deux-guerres. De nos jours l'économie applique ce corpus à l'analyse et à la gestion de nombreuses organisations humaines (puissance publique, entreprises privées, coopératives etc.) et de certains domaines : international, finance, développement des pays, environnement, marché du travail, culture, agriculture, etc.


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Évolution ou révolution keynésienne ?

Évolution ou révolution keynésienne ? : la gÉnÉralisation de la thÉorie gÉnÉrale




John Maynard Keyncs est né. comme Joseph Schumpetcr, en 1883 dans le sanctuaire universitaire de Cambridge où son père enseignait ant lui l'économie politique. Après de brillantes études à Eton, il devint et resta toute sa vie membre de King's Collège dont il rélit les finances comme intendant et grace au flair de ses spéculations boursières. Mais, plus qu'un universitaire. Keynes fut un homme d'action. Fonctionnaire à l'Indian Office de 1906 à 1908, il s'y ennuya, eut le temps d'écrire un traité sur le calcul des probabilités et démissionna. A nouveau fonctionnaire au Trésor de 1915 à 1919, il démissionna encore, après avoir exprimé sa désapprobation sur le montant, qu'il jugeait excessif, des réparations allemandes ; il en exposa les raisons dans son ouvrage Les Conséquences économiques de la paix (1922) où il évoquait l'insolubilité du problème des transferts tel que les Alliés voulaient le poser.


Comme membre de diverses commissions et comme homme politique lié au parti libéral, il exerça une influence certaine sur les milieux gouvernementaux sans parvenir toujours à faire triompher ses vues. Il s'acquit l'estime de Chamberlain pour sa connaissance des problèmes monétaires de l'Inde en 1913-l4 et obtint de Lloyd George, en 1929, la promesse de dépenses budgétaires plus élevées pour remédier au chômage. Mais il ne put empêcher le retour à l'étalon-or en 1925, ni faire adopter à la Commission Mac-Millan sur l'industrie, créée en 1929, un programme de traux publics pour lutter contre la crise.
A côté de fonctions aussi honorables que Président de l'hebdomadaire libéral qui devint ensuite le New Statesman and Nation, Président d'une comnie d'assurances-vie, directeur de la Banque d'Angleterre en 1941, et pair d'Angleterre depuis 1942, Keynes était un dilettante, un artiste, presqu'un excentrique, féru de poésie latine médiéle participant au groupe de Bloomsbury que fréquentait Virginia Woolf, et l'époux d'une danseuse des ballets Diaghilev.
A l'apogée d'une vie très dense malgré une santé déficiente, depuis une crise cardiaque survenue un an après la parution de la Théorie générale, Keynes dirigea la délégation britannique à Bretton Woods en 1944. Il y prépara la constitution de la Banque Mondiale et d'un Fonds Monétaire International qui ne correspondait guère à son projet de clearing multilatéral et négocia pour la Grande-Bretagne un prêt qui aurait dû permettre le retour à la convertibilité de la livre en 1947. Cet échec lui fut épargné : il mourut en avril 1946 d'une nouvelle crise cardiaque.
La théorie keynésienne est issue de la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, œuvre principale de Keynes, au titre rarement cité en entier, parue en 1936, et accessoirement de son Traité sur la monnaie (1930) et de la brochure How to pay for the war (1940). Cet ensemble est loin d'être cohérent. Non seulement l'ordre d'exposition de la Théorie générale est très peu cartésien, mais encore Keynes répudie dans la Théorie gênéraie 1'analyse de l'égalité entre l'épargne et l'investissement du Traité sur la monnaie, et contredit, la conjoncture ayant changé, dans How to pay for the war le jugement qu'il portait sur l'épargne dans la Théorie générale. Ainsi la Théorie générale est-elle source d'impulsion autant par ses limitations que par ses intuitions remarquables.
L'ampleur du chômage sévissant en Grande-Bretagne au début des années trente a conduit Keynes à rejeter la conception classique d'un équilibre automatique de plein emploi et à chercher ce qui détermine le niveau de l'emploi. Ce dernier dépend du niveau de la production, si l'on se place du côté de l'offre, de la demande effective, si l'on se place du côté de la demande, bref du niveau du revenu national, concept global susceptible de mesure par lequel Keynes introduit une méthodologie nouvelle, macroéconomique et quantitative. La demande effective se décompose en consommation et en investissement. La consommation dépend du revenu des familles et de la propension marginale à consommer, première riable indépendante, définie comme la proportion de tout accroissement de revenu consacré à la consommation. Keynes précise dans le livre III de la Théorie générale que la propension marginale à consommer est mesurée en unités de salaires et que la consommation dépend du revenu réel, les consommateurs n'étant pas victimes de l'illusion monétaire. Cette propension, qui dépend à la fois de facteurs objectifs, comme la distribution plus ou moins égalitaire des revenus et la politique fiscale, et de facteurs subjectifs, tels que la précaution ou l'ambition, est sle et inférieure à l'unité. L'hypothèse de silité est statistiquement fausse ; en renche la seconde hypothèse est apparue plus solide.
L'autre composante de la demande effective, l'investissement, dépend d'une seconde riable indépendante, l'efficacité marginale du capital, que Keynes définit comme le « taux d'escompte qui appliqué à la série d'annuités constituées par les rendements escomptés de ce capital pendant son existence entière rend la leur actuelle des annuités égale au prix d'offre de ce capital » (1 ).
C'est bien une notion marginale puisqu'elle est déterminée par le coût de production d'une unité supplémentaire et, comme la propension marginale à consommer, elle est à la fois subjective par les prévisions de rendements et objective par le prix de remplacement. En longue période, Keynes croit à la baisse tendancielle de l'efficacité marginale du capital car l'accroissement de l'investissement provoque, d'une part, l'accumulation du capital, donc une diminution du rendement escompté et, d'autre part, une augmentation du prix de remplacement des biens capitaux. L'efficacité marginale du capital, qui est le rapport des deux, tend donc à diminuer. Ainsi le marginalisme et l'expérience de la grande dépression ont incité Keynes à prévoir le déclin des occasions d'investissement et à adopter un point de vue stagnation-niste qu'on trouve déjà dans ses Conséquences économiques de lu paix et plus accentue, dans sa conférence de 1937 à la Société d'eugénisme (2).


A court terme, l'efficacité marginale du capital est riable parce qu'elle dépend des prévisions et son insilité explique, selon Keynes, le cycle. La crise est provoquée par une diminution soudaine de l'efficacité marginale du capital à la suite d'une gue de pessimisme, qui peut être si fort qu'aucune diminution du taux de l'intérêt ne permette d'y remédier. Mais elle remontera lorsqu'il faudra remplacer le stock de capital. On retrouve ici la double explication, objective, celle de la longévité moyenne de l'équipement, et subjective, « l'état d'esprit capricieux et déréglé des milieux d'affaires ». Chez Keynes, la théorie du cycle est donc psychologique plutôt que monétaire, à la différence d'Hawtrey, ou fondée sur la proation d'un déséquilibre survenu dans une branche industrielle comme chez Spiethoff, Aftalion, J.M. Clark et Harrod. C'est pourquoi on a reproché à Keynes de ne pas donner une analyse dynamique endogène du cycle et de n'expliquer que la fixation des équilibres successifs de l'emploi à des niveaux plus ou moins élevés.
Outre l'efficacité marginale du capital, l'investissement dépend du taux d'intérêt qui commande le coût des emprunts. Or le taux d'intérêt est le prix de la renonciation à la liquidité et non celui de la renonciation à la consommation qu'est l'épargne. La préférence pour la liquidité, troisième riable indépendante, est ainsi mise en parallèle avec la propension à consommer. Cette tendance à thésauriser se rattache à l'incertitude du futur et se définit par les trois motifs de transaction, de précaution et de spéculation qui la gouvernent. Mais Keynes, peut-être par déformation boursière, semble avoir sous-estimé le motif de transaction au profit de celui de spéculation, oubliant que la spéculation peut porter sur des biens réels et que la spéculation boursière elle-même est moins sensible aux riations du taux d'intérêt qu'il ne le croit. La célèbre trappe monétaire est un cas extrême de la sensibilité des encaisses au niveau du taux d'intérêt : lorsque le taux d'intérêt est très bas, tout accroissement de la quantité de monnaie est absorbé par les encaisses, car cela ne ut pas la peine de renoncer à la liquidité pour obtenir des intérêts aussi faibles ; la demande de monnaie devient parfaitement élastique : le taux d'intérêt ne peut plus baisser : toute incitation à investir est bloquée ; on est en équilibre de sous-emploi.
La relation entre le revenu d'une part, la consommation, l'investissement et l'épargne d'autre part, est une relation d'interdépendance : le revenu dépend autant des autres agrégats qu'il ne les détermine. Ce produit se décompose en dépenses de consommation et en dépenses d'investissement (Y = C +1) et, en tant que revenu il est égal à la consommation plus l'épargne (Y = C + S). L'épargne est donc égale à l'investissement à l'équilibre. Toutefois rien ne permet de penser que les décisions d'épargner et d'investir, qui émanent d'individus différents, soient égales ; elles s'égalisent face au multiplicateur qui est l'inverse de la propension marginale à épargner. Si les décisions d'investissement dépassent les décisions d'épargne, le revenu augmente jusqu'à ce que l'épargne atteigne le niveau requis, le processus jouant symétriquement à la baisse. Si la consommation est sle, le produit, donc l'emploi, dépend de l'investissement qui tend à être insuffisant en raison de la baisse tendancielle de l'efficacité marginale du capital. Il faut alors favoriser soit l'investissement privé par une politique d'argent à bon marché, soit l'investissement public par le déficit budgétaire. Alors que la demande de monnaie dépend de la préférence pour la liquidité, l'offre de monnaie ne dépend, selon Keynes, que d'une décision des autorités monétaires. Son accroissement, en faisant baisser le taux d'intérêt, augmente la demande effective tant qu'il y a sous-emploi, mais fait monter les prix, conformément à la théorie quantitative de la monnaie, dès que l'économie entre dans la zone du plein emploi.
La théorie keynésienne a paru révolutionnaire par rapport à la pensée économique classique et néo-classique. Elle est d'abord la première à avoir marqué un hiatus entre une conception micro-économique et une conception macroéconomique. Certes les économistes du XIXe siècle raisonnaient sur l'économie entière et non sur des unités micro-économiques comme l'« homo œconomicus » ou l'entreprise représentative. Mais, pour eux, les lois économiques qui régissaient l'économie globale n'étaient que la totalisation de celles lables pour chaque unité économique. Keynes au contraire a montré le premier que les lois lables pour l'économie entière étaient d'une nature différente de celles qui gouvernent le comportement d'un sujet économique. La réduction des prétentions salariales d'un chômeur isolé, par exemple, peut conduire à son embauche, mais une baisse générale des salaires ne rélit pas le plein emploi, car les entreprises, n'anticipant qu'une demande réduite, ne sont pas incitées à accroitre leur demande de main-d'œuvre. Keynes est donc le premier à avoir posé dans toute sa netteté le problème de l'agrégation, c'est-à-dire du passage des comportements micro-économiques aux lois macroéconomiques.
La même attitude le conduit à considérer, dans la tradition de la fable des abeilles de Mandeville, l'épargne, vertu privée, comme un vice au niveau collectif, car l'excès d'épargne réduit la demande effective et provoque le chômage. Cette position, compréhensible dans une Angleterre riche aux occasions d'investissement réduites par le début de son déclin économique, s'oppose à celle des économistes classiques au début de l'industrialisation, alors qu'un niveau de vie bas rendait trop rares les capitaux disponibles pour l'investissement. Il n'empêche que dans un contexte encore puritain, la critique de l'épargne paraissait une provocation.


La simplicité des recommandations keynésiennes : assurer le plein emploi, mener une politique d'investissements publics qui compense l'insuffisance de l'investissement privé et maintenir bas le taux d'intérêt, en a facilité l'adoption. Cet interventionnisme, pour sauver le capitalisme, diront certains (Klein (3), Rôpke, Haberler, Fellner) pour le socialiser progressivement diront d'autres (Balogh), contraste avec le caractère normatif de la théorie classique et néo-classique qui magnifiait l'équilibre économique pour mieux dissuader l'État de le perturber. La difficulté qu'on éprouve à classer Keynes comme libéral ou comme socialiste, prouve une ambiguïté idéologique qui a accru son audience à une époque plus préoccupée d'efficacité que de doctrine. Toute sa politique économique se ramène à un interventionnisme correcteur.
Le rôle que Keynes assigne aux dépenses publiques exprime bien cet interventionnisme et la différence intrinsèque entre l'économie globale et la micro-économie. Tous les économistes du XIXe siècle ont prôné, sans attendre Keynes, l'adoption de programmes de traux publics, lui seul les a réclamés, même s'ils sont improductifs, car ils provoquent une distribution de revenus et la réduction du chômage, même s'ils mettent le budget en déficit, car cet excès d'investissements publics ne fait que compenser l'excès d'épargne privée et rélir l'équilibre économique général. Il faut donc juger inutile la réduction des salaires, néfaste l'épargne et productif le déficit budgétaire systématique : conseils séduisants pour le dilettante qui aimait épater le bourgeois, mais solidement étayés par l'universitaire, fils d'universitaire
Nous sommes tous devenus keynésiens. Mais à mesure que s'écoulent les années l'aspect révolutionnaire de la Théorie générale semble nécessiter une fraicheur d'ame qui fait défaut. Chaque jour dantage, Keynes apparait comme le dernier des néo-classiques. Si dans une vision manichéenne de la théorie économique, est bien et moderne tout ce qui est dynamique, mal et désuet tout ce qui est statique, Keynes n'a jamais fait que de la statique ative. Non seulement « dans la longue période nous serons tous morts » ce qui dispense des grandes fresques évolutives, mais dans la courte période elle-même, Keynes ne raisonne que sur des équilibres successifs, entre lesquels les ajustements sont curieusement instantanés. Ainsi le multiplicateur d'investissement, qu'il a emprunté à Kahn, n'a aucune épaisseur de temps. On peut débattre du sens du mot « dynamique », considérer comme dynamique toute explication datée (Hicks) (4) ou seulement celle qui retrace un cheminement dans le temps (Frisch) (5). Ni au premier, ni au second sens, la théorie keynésienne n'est dynamique, ce qui lui donne une gaucherie de précurseur.
Néo-classique, Keynes l'est aussi dans son souci de mêler les facteurs objectifs, tels que le revenu, la productivité du capital, la quantité de monnaie, retenus par les classiques, à des explications subjectives, propensions et anticipations psychologiques sur lesquelles a insisté l'école marginaliste. Or Keynes a été formé par Alfred Marshall au raisonnement à la marge et au calcul différentiel, qu'il applique directement à des agrégats plutôt qu'à des phénomènes micro-économiques.
Bien que la terminologie keynésienne soit neuve, les notions les plus originales trouvent pourtant leurs antécédents dans les théories économiques antérieures. On a souvent dit que Keynes était un théoricien de la sous-consommation, comme Malthus, Marx et Hobson, puisqu'il attribue les riations de l'emploi à celles de l'investissement qui ne sont pas compensées par celles de la consommation, la propension marginale à consommer étant sle. Keynes s'inspire de Malthus en effet lorsqu'il définit l'offre et la demande globale qui déterminent l'emploi par un niveau du produit appelé demande effective. Pour l'un comme pour l'autre, la dépression vient de ce que l'insuffisance de la consommation et l'excès d'épargne empêchent la demande globale d'absorber toute l'offre. Mais ils divergent sur les remèdes : Malthus propose d'augmenter la consommation improductive, tandis que Keynes recommande d'accroitre l'investissement, ce qui augmente le revenu et, par contre-coup, la consommation. Marx lui aussi explique les crises économiques par la sous-consommation : la consommation des prolétaires, dont la propension à consommer est égale à l'unité, est insuffisante parce qu'ils sont chômeurs, et celle des capitalistes l'est en raison d'une loi psychologique comme chez Keynes. Celui-ci cependant ne distingue pas deux propensions marginales à consommer selon les classes sociales, comme le font les post-keynésiens qui opposent les salariés à l'ensemble résiduel et hétérogène des non-salariés. Pour Marx, la sous-consommation est donc la conséquence logique du système capitaliste qu'elle condamne alors que Keynes veut le sauvegarder. Il le dit clairement : « l'État n'a pas intérêt à se charger de la propriété des moyens de production (6) ». Enfin, se situant par rapport aux théories de la sous-consommation, Keynes applaudit Hobson d'avoir découvert dès 1889, dans sa Physiologie de l'Industrie, que l'excès d'épargne pouit être cause de l'inactivité du capital et de la main-d'œuvre. 11 ne lui adresse que des critiques de détail sur le rôle de l'intérêt, traité d'une manière trop classique.
Dans la pensée keynésienne, la sous-consommation se relie à une conception stagnationniste de l'évolution économique en longue période qui s'exprime dans la conférence que Keynes prononça en 1937 sur les conséquences économiques d'une population déclinante, et doit s'interpréter à la lumière du pessimisme des économistes anglo-saxons classiques. Chez Keynes, comme pour Malthus et Sismondi, la stagnation économique est liée à l'évolution de la population et à une généralisation abusive de la conjoncture britannique, tendance qu'on retrouve chez les contemporains de Keynes : Hansen en tire sa théorie de la maturité économique, Robertson la e à un ver dans un fruit et Schumpeter en déduit, contrairement à Keynes, la condamnation à terme du capitalisme.


Il est aussi facile de montrer que Keynes a emprunté sa notion d'efficacité marginale du capital à Irving Fisher qui utilise dans sa Théorie de l'intérêt (1930) une notion de taux marginal de rendement par rapport au coût, elle-même héritée de la productivité marginale du capital d'Alfred Marshall. Comme Fischer, Keynes insiste sur le côté prévisionnel de cette notion et ne s'en sépare qu'en la distinguant du taux de l'intérêt, alors que Fischer les reliait au contraire étroitement.
Quant à la préférence pour la liquidité, plusieurs économistes, ant Keynes, aient déjà mis en évidence le rôle de réserve de liquidité de la monnaie, notamment Alfred Marshall lorsqu'il montre que le public a tendance à thésaurier l'or, surtout quand sa leur augmente, Von Mises, lorsqu'il remarque que la détention de monnaie peut être assimilée à celle d'un actif quelconque, Kemmerer pour qui la thésaurisation rie avec le degré de confiance, Fisher et Hobson qui insistent sur la responsabilité de la thésaurisation dans la dépression, etc. De plus, par sa conception monétariste de l'intérêt, Keynes se rattache à la fois aux cano-nistes, qu'il ne connait guère, aux mercantilistes, qu'il connait mieux car il vient de lire l'ouvrage que leur a consacré Heckscher, et aux Suédois dont il est difficile de savoir à quel degré il les connait et a pu s'en inspirer.
Le Keynes du Traité sur la monnaie est encore très proche de Wicksell puisqu'il admet que si l'investissement est supérieur à l'épargne, il y a expansion et, dans le cas inverse, contraction. Mais Keynes dans ses réflexions ultérieures, et les disciples de Wicksell eux-mêmes, ont ensuite rejeté cette position, à peu près pour la même raison : pour la conception de l'épargne et du profit qu'elle suppose. Selon Myrdal (7), l'égalité du taux naturel et du taux monétaire suppose que la marge de profit soit nulle, qu'il n'y ait donc pas d'autres investissements que de remplacement, et l'égalité entre I et S signifie que l'investissement est égal non à l'épargne réelle, mais à celle-ci, plus le changement de leur anticipé. Pour Keynes, l'égalité des deux taux cesse de correspondre à l'équilibre car il s'aperçoit que l'on peut définir un taux naturel pour chaque niveau d'emploi. L'égalité entre I et S devient dans la Théorie générale à la fois une égalité de définition et une relation fonctionnelle réalisée par le jeu du multiplicateur. Pour les deux auteurs, ce dépassement se traduit par le rejet de la notion de taux naturel, grand perdant, et par la monétarisation du taux de l'intérêt qui devient l'instrument essentiel de la politique, non seulement monétaire mais économique.
Mais la conception des Suédois l'emporte sur celle de Keynes parce qu'en imaginant la distinction entre l'analyse « ex ante » et l'analyse « ex posl » de l'épargne et de l'investissement, ils font intervenir le temps, alors que le multiplicateur d'investissement keynésien est instantané. Keynes continue de raisonner dans le cadre d'une seule période, tandis que Lundberg, par exemple, recherche comment l'équilibre peut durer de période en période.
De même Bertil Ohlin, autre disciple de Wicksell (8), explique mieux que Keynes le mécanisme des transferts internationaux dans les querelles sur les réparations allemandes qui l'a opposé à ce dernier et a élaboré le théorème qui porte son nom (théorème Heckscher-Ohlin-Samuelson) sur le rôle de la dotation de facteurs dans la spécialisation internationale à une époque où Keynes ne se préoccupait guère d'économie internationale.
En conclusion, l'œuvre keynésienne s'insère dans une évolution de la théorie économique beaucoup plus qu'elle ne rompt avec elle. Keynes s'est d'ailleurs plu à se découvrir des précurseurs en les choisissant de préférence peu connus. C'est ainsi qu'ayant trouvé dans le livre 22 de Y Esprit des lois une conception monétaire de l'intérêt, son enthousiasme le fait qualifier Montesquieu de « plus grand économiste français, celui qu'il est juste de er à Adam Smith et qui dépasse les physiocrates de cent coudées par la perspicacité, par la clarté des idées et le bon sens ». Cournot ou Walras mériterait dantage selon nous de tels éloges ; Montesquieu est certes remarquable, mais plutôt par son sens sociologique, auquel Keynes n'est guère sensible, que par sa théorie monétaire de l'intérêt. Silvio Gescll est une autre trouille de Keynes. Cet Argentin, qui fut ministre des Finances dans le Soviet de Bavière en 1919, a écrit une œuvre considérable dans laquelle, soulignant que la monnaie est la seule forme de richesse dont la consertion entraine des frais négligeables, il préconise une politique d'argent à bon marché et le recours à une monnaie estampillée. Nouvelle exagération : Keynes estime « que l'avenir aura plus à tirer de la pensée de Gesell que de celle de Marx » (9) !
Est-ce le goût du paradoxe ou une habile publicité personnelle qui incitait Keynes à magnifier des économistes de second rang pour mieux masquer ce qu'il deit à Ricardo, à Malthus et à Alfred Marshall ?





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