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MANAGEMENT

Le management ou la gestion est au premier chef : l'ensemble des techniques d'organisation des ressources mises en ouvre dans le cadre de l'administration d'une entité, dont l'art de diriger des hommes, afin d'obtenir une performance satisfaisante. Dans un souci d'optimisation, le périmètre de référence s'est constamment élargi. La problématique du management s'efforce - dans un souci d'optimisation et d'harmonisation- d'intègrer l'impact de dimensions nouvelles sur les prises de décision de gestion.


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De la crise à la nouvelle economie



De la crise à la nouvelle economie
Sommes-nous entrés dans la « Nouvelle Economie » ? Beaucoup le pensaient au début de l'an 2000. La chute des valeurs boursières « de haute technologie», les faillites de «jeunes pousses» ont refroidi les ardeurs. Néanmoins la réponse n'a pas encore été donnée avec certitude et ne le sera peut-être pas avant un bon moment. Car le terme de « Nouvelle Economie » reste flou et recouvre plusieurs réalités.


D'abord il s'agit de la diffusion de l'informatique communicante, concrétisée par la croissance rapide d'Internet. Cela a donné lieu à réclusion d'actités nouvelles mises en édence par le phénomène des «jeunes pousses » : celles-ci faisaient le pari qu'Internet pouvait être le vecteur du développement des échanges marchands, donc de «valeur». Grace au commerce électronique (transactions en ligne), aux bandeaux publicitaires sur les écrans, à la vente de contenus informationnels sous forme numérique (livres, musique, films, presse), à l'organisation de rencontres et de relations sociales sur le réseau, à la mise à disposition de produits contribuant à l'amélioration du Net lui-même, la « Toile » paraissait être un nouvel eldorado. Même si tout ceci a été quelque peu remis en cause, il est incontestable que l'usage et la diffusion de l'informatique communicante a Internet est une donnée fondamentale de l'actité économique à l'orée du XXIieme siècle. Nous qualifierons plutôt ce phénomène de « Net Economie ».
La «Nouvelle Economie» elle, fait référence à une évolution macro-économique qui a en partie coïncidé avec la diffusion du Net. De 1992 jusqu'au début de l'année 2001 l'économie américaine surtout a connu une croissance ininterrompue, accomnée d'une baisse du chômage et d'une très faible inflation, d'un endettement croissant des ménages et d'une montée régulière des valeurs boursières à laquelle le krach de 2000 mit un terme brutal. La nouveauté de ce phénomène, son ampleur et sa durée ont incité les macro-économistes à parler de « Nouvelle Economie » au sens où les cycles conjoncturels d'actité, liés aux ajustements des marchés, semblaient avoir disparu pour laisser la place à une croissance continue et sans à-coups. Cette situation contrastait avec les longues années de crise que l'économie américaine avait connues des années 60 au début des années 90. La Grande-Bretagne puis l'Europe et la France en particulier depuis 1995, paraissaient avoir emboité le pas à l'Amérique sur la voie de la croissance sans inflation et avec une baisse continue du chômage. C'est cette sion macro-économique que nous adopterons pour définir la « Nouvelle Economie ».
Bien sûr il y a un lien entre la «Nouvelle Economie » et la «Net Economie ». Selon le magazine Business Week qui avait fait la fortune de l'expression, c'est la «Net Economie » qui explique les principales caractéristiques de la « Nouvelle Économie » notamment son absence d'inflation, en raison de la forte productité des technologies de l'information. Ainsi s'est installée l'impression vraie ou fausse que les pays développés, emmenés par les Etats-Unis, seraient entrés dans un nouveau cycle de croissance durable où les technologies de l'information et de la communication (TIC) et notamment Internet joueraient un rôle moteur. Mais pourquoi alors le phénomène est-il aussi soudain et a-t-il été aussi long à se manifester, puisque l'informatique communicante existe, elle, depuis plus de 40 ans ?
Pour tenter de répondre à cette interrogation nous diserons notre exposé en trois parties. Dans la première est mise en lumière la situation paradoxale des TIC pendant trente ans : celles-ci se diffusent dans les entreprises sans que cela se traduise par une amélioration des performances macro-économiques. La seconde partie tente d'évaluer si l'apparition d'Internet a mis fin à ce paradoxe ou si, en d'autres termes, la Net Economie est devenue le moteur de la Nouvelle Economie. La troisième partie montre que la diffusion des TIC ne pouvait conduire à une amélioration rapide de la productité tant que les caractéristiques dominantes des systèmes informatiques les empêchaient de s'insérer dans l'évolution organisationnelle des entreprises. Notre thèse est qu'Internet les a fait disparaitre et que tout est désormais en place pour que la Net Economie soit bien le vecteur de croissance que l'on attend depuis ngt ans.

1. Une lente évolution vers la « Société de l'Information »

La « Société de l'Information » s'installe peu à peu et cela avait été prévu depuis longtemps. Mais le scénario est à bien des égards assez inattendu.

1.1 Une évolution pourtant prédite depuis longtemps
La «Toile», on l'a dit, semble amorcer une «rupture paradigmatique » dans l'évolution du système économique. Or celle-ci fut annoncée par plusieurs auteurs au début des années 80 par exemple Freeman et Soete (1987), mais curieusement elle ne parait se réaliser que maintenant, soit avec près de ngt ans de retard sur les présions. En outre le caractère soudain de l'éclosion de la «Net Economie », ne peut qu'intriguer. Le tableau suivant montre comment la transition vers la «société informationnelle» était analysée par les auteurs susmentionnés.

leau 1.1 : Evolution des processus économiques majeurs des sociétés avancées


Société agricole

Ressource fondamentale - Terre et matières premières, travail manuel
Actité clef - Production agricole, transformation de ses produits
Technologie de soutien - Fusion des métaux, machine à vapeur

Société industrielle
Ressource fondamentale - Capital, ressources énergétiques, travail mécanisé
Actité clef - Production manufacturière, tertiaire traditionnel
Technologie de soutien - Pétrochimie, électrotechnique, mécanique


Société de l'Information

Ressource fondamentale - Information, travail intellectuel


Actité clef - Communication, nouveaux matériaux

Technologie de soutien - TIC, biotechnologie
Source : Gambaro et Ricciardi (1996) d'après Freeman (1989).

On observe qu'ils avaient largement anticipé le rôle des TIC en tant que nouveau vecteur de croissance. Dès les années 70 en effet, les premiers travaux sont apparus qui tendaient à suggérer que la société industrielle avait atteint ses limites d'expansion dans les économies avancées. De fait, de 1920 à 1970, l'emploi manufacturier avait régulièrement augmenté au sein des pays du G-7 (les 7 pays les plus industrialisés) : il était passé de 33 % à 40 % de la main-d'ouvre en Allemagne, de 26 % à 28 % en France ('). Mais ces statistiques montraient aussi qu'au sommet du développement industriel, la «manufacture» n'absorbait pas la majorité du travail. C'était au contraire le secteur tertiaire, c'est-à-dire principalement celui des serces qui était la forme dominante de création de richesse. Le phénomène n'a fait que s'accentuer depuis. En 1990, l'emploi manufacturier était redescendu à 21 % de la main-d'ouvre en France, à 32 % en Allemagne. On avait pu parler alors de «société post industrielle » (D. Bell) fondée sur le tertiaire et les serces, plutôt que sur l'industrie.
Mais tertiaire n'est pas synonyme d'information. Le premier auteur ayant cherché à quantifier la place de l'information dans l'économie, M. Porat, estimait en 1977 que le travail de production, traitement et diffusion de l'information occupait enron 50 % de la main-d'ouvre américaine, l'économie la plus avancée en ce domaine. Ce chiffre a été repris récemment par Castells qui a évalué à 45 % des emplois non agricoles, la proportion de main-d'oeuvre s'occupant du « traitement de rinformation». Il était donc acquis, bien avant que n'émerge Internet, que les pays développés étaient déjà entrés dans l'ère de la «société de l'information» mais le contour de celle-ci était encore flou. Ce que l'on avait du mal à comprendre, c'était notamment l'articulation entre TIC d'un côté et «société informationnelle» de l'autre ou, pour reprendre notre vocable, entre Net Economie et Nouvelle Economie. Quel rôle la première allait-elle jouer dans la seconde ?
Par ailleurs le processus de substitution de la société de l'information à la société industrielle paraissait, aux yeux de Porat ou Freeman & Soete, devoir être graduel, compte tenu des mutations en jeu. Mais il semblait pouvoir fournir une réponse positive à la crise profonde que rencontraient les économies développées depuis 1974, et qui marquait apparemment l'épuisement du modèle industriel de développement. L'idée était que la diffusion des systèmes informatiques dans les entreprises et la manipulation accrue d'informations par les employés, allaient créer un nouveau secteur d'actité qui devait serr de relais de croissance. La baisse du coût des ordinateurs semblait augurer en plus de gains de productité significatifs dans l'économie, donc d'une création plus aisée des richesses. Or pendant ngt ans, il n'en a rien été.


1.2 Mais qui butait sur un paradoxe

Les technologies de l'information ont eu beau se diffuser durant les années 80-90, l'économie ne semblait pas devoir sortir de l'état de léthargie dans lequel elle était entrée depuis le premier choc pétrolier de 1973. De 1960 à 1973 en effet, à une époque où les TIC étaient encore dans les limbes, la productité globale des facteurs (2) avait augmenté de 1,6 % par an aux USA, de 5,6 % au Japon, de 3,7 % en France. De 1973 à 1979, au moment où les TTC commençaient au contraire à prendre de l'ampleur, elle avait diminué de 0,4 % par an aux USA, augmenté d'à peine 1,3 % au Japon et de 2,6 % en France. Entre 1979 et 1993, elle se restaurait, mais pas au rythme des années 60, puisque les chiffres étaient de + 0,4 % aux USA, + 1,4 % au Japon, + 1,2 % en France. Autrement dit, le rythme de croissance de l'efficacité de l'économie a été plus grand entre 1960 et 1973 qu 'entre 1979 et 1993, et ce dans tous les pays, malgré la diffusion massive des TIC sur la seconde période.
Ainsi, jusqu'aux années 90 et au décollage d'Internet, la substitution de la société de l'information à la société industrielle ne s'est pas produite et la crise a perduré, ce qui a conduit le Prix Nobel d'Economie R. Solow à énoncer le fameux «paradoxe de la productité ». Il déclarait en 1987 que « les ordinateurs étaient partout, sauf dans les statistiques ». Solow voyait en effet que les TIC étaient de plus en plus utilisées par les entreprises pour accroitre leur productité et leur efficacité, surtout aux Etats-Unis, tandis que la productité du travail dans ce pays mesurée au macro-économique, ne cessait de diminuer depuis le début des années 70. Pour lui cette situation était pour le moins paradoxale. L'avènement de la société de l'information et le retour de croissance qu'elle était censé déclencher, se sont donc bien fait attendre pendant 20 ans, malgré la diffusion des TIC.


1.3 La mesure du paradoxe et une première explication

Le paradoxe de Solow, une fois énoncé, a suscité de fs débats. Dans une étude touillée, Oliner et Sichel (1994) ont essayé de mesurer l'impact des ordinateurs sur la croissance économique américaine. En utilisant les outils standards de la macro-économétrie, ils arrivent à la conclusion que cet impact, même si l'on inclut les logiciels et les serces informatiques, n'a guère compté pour plus de 0,2 % par an dans le taux de croissance annuel de l'économie américaine de 1970 à 1992. Ce n'est pas négligeable : mais les ordinateurs apparaissent dans les statistiques à un niveau très modeste. Ces auteurs se livraient même à un exercice de prospective à 10 ans. Au moment de la rédaction de leur article en 1993, ils prévoyaient à l'horizon 2003 une contribution de l'informatique comptant pour 0,44 % de croissance annuelle, et 0,99 % dans une hypothèse qu'ils jugeaient très optimiste. Or des évaluations récentes de l'OCDE (-') indiquent que d'ores et déjà, les TIC expliquent 1 % de la croissance du PIB américain en 1999. La réalité semble donc avoir dépassé les présions les plus optimistes d'Oliner et Sichel. Cela est d'autant plus vrai que ces deux auteurs ont repris leurs calculs en 2000 et aboutissent également à une mesure de l'impact macro-économique des TIC à 1% de croissance du PIB américain. Il s'avère donc bien que depuis l'adoption généralisée d'Internet, l'usage de « l'informatique communicante » ait connu une accélération dramatique dans un contexte de retour à la croissance. Cette corrélation semble donc confirmer avec retard les intuitions de Freeman et Soete.
Mais le lien, / 'explication causale entre Internet et croissance n'est pas établi. On peut avancer que c'est dans la connectité universelle fournie par Internet, qu'elle résiderait. Par connectité, nous entendons la possibilité donnée aux agents économiques d'échanger sous forme codifiée (numérique) des informations de nature diverse (textes, images, sons) sur une base universelle, à un coût négligeable et quasiment instantanément. Tant que cette possibilité n'existait pas, la Société de l'Information ne pouvait pas se mettre en place. Dès qu'elle fut acquise, les agents économiques ont modifié leurs s en fonction de cette opportunité nouvelle: ainsi sont apparus le commerce électronique, la publicité en ligne, la vente d'information numérique, déjà mentionnés mais aussi le recours massif aux TIC dans l'organisation du travail au sein des entreprises, à travers l'imtation des «Intranets» en particulier. Bref s'est mise en place une «Net Economie » qui a ser à tirer la croissance.
Bien sûr la connectité universelle existait avant Internet. Le réseau téléphonique la fournissait depuis au moins 30 ans, mais uniquement pour la transmission de la voix et à un coût d'usage plutôt élevé, tant pour des raisons techniques qu'économiques (monopole). Les faibles possibilités de valorisation sur ce réseau ne pouvaient édemment pas en faire un vecteur de la croissance. Il est vrai aussi qu'il existait des réseaux de télétransmission comme Transpac en France, qui fournissaient déjà ce type de serce depuis le début des années 70. Mais une tarification inadéquate fondée sur le débit en contrepartie d'une qualité de serce garantie, en rendait le prix exorbitant et ne permettait pas à la plupart des entreprises de se connecter. Internet a supprimé la tarification à l'usage et l'a simplement fondée sur un coût d'accès beaucoup plus abordable. Du coup, l'utilisation d'une information pertinente pour les échanges et la production, accessible partout à coût négligeable, est sans doute la caractéristique majeure apparue avec Internet.


De plus la connectité est un processus récursif : plus il y a d'abonnés à un réseau, plus ce réseau deent intéressant pour ceux qui n 'y sont pas, ce qui les incite à s'abonner. Les économistes parlent à ce propos d'effet réseau, ou effet de club. On conçoit dans ces conditions que la taille d'un réseau puisse stagner pendant longtemps, tant qu'une masse critique n'est pas atteinte puis, dès qu'elle est dépassée, le processus de diffusion s'emballe. Internet semble avoir subi cette évolution. Ce qui a permis de dépasser la masse critique, ce fut d'une part l'existence du Web né en 1989 et du nagateur Mosaïc apparu en 1993, qui rendent l'usage d'Internet plus conal, et d'autre part la décision des fournisseurs de serces en ligne américains de donner l'accès à Internet à leurs abonnés (1995). Cela a entrainé le décollage rapide du Net après 1995 (5) et a eu un impact immédiat sur la croissance.
Mais la connectité n'est pas tout. Pour expliquer le paradoxe de la productité, il faut sans doute aussi revenir sur la façon dont les entreprises se sont approprié les technologies de l'information et notamment l'informatique. M. Voile décrit de façon à peine caricaturale ce qui arrivait et ce qui arrive encore à l'usage de l'informatique dans les entreprises :
« L'urgence, l'insouciance, l'optimisme, le cloisonnement de l'organisation poussent à concevoir et développer les applications (informatiques) au coup par coup, selon l'arrivée des demandes, sans que la relation avec les autres applications soit maitrisée La gestion de la conuration (documentation des versions successives d'une application) est laissée à la bonne volonté des chefs de produits, et certains la négligent. L'entreprise pour sa part considère l'informatique comme un centre de coût, non comme un centre d'investissement au serce des métiers. La pression budgétaire est exercée de façon mécanique et aveugle par une enveloppe informatique. Une méfiance se crée entre les informaticiens et l'entreprise ».
Tout se passe donc comme si l'usage de rinformatique communicante engendrait dans les années 70-80, à la fois un coût excessif des équipements et de l'usage des réseaux, et de surcroit un immense gaspillage au niveau des applications sans que les chefs d'entreprises ne puissent les maitriser. Entrainée par ailleurs dans une course technologique perpétuelle qui pousse au renouvellement accéléré des équipements et des logiciels, l'informatique n'arrivait pas à fournir les serces de rationalisation et de productité qu'elle était censée rendre. Ajouté à cela le prix des communications de données, on peut comprendre que les promesses que recelait au départ l'informatique communicante n'aient pas été tenues.
La réalité était donc celle d'une informatisation des entreprises ballottées entre les rentes de monopole des opérateurs de télécommunication, les surenchères technologiques des fabricants d'équipement et de logiciels conduisant à la difficulté d'interopérabilité, et enfin le parasitisme des sociétés de serce en informatique censées remédier à tous ces dysfonctionnements mais plus préoccupées de vendre de « l'homme mois en régie » à des clients finalement démunis. Cette informatisation cahoteuse et coûteuse expliquerait que la diffusion de l'informatique communicante n'ait pas conduit à des gains de productité.


2. La dimension de la nouvelle économie


Or depuis Internet, cette sion pessimiste de la diffusion des TTC semble avoir disparu. La Nouvelle Economie s'appuie, au moins en partie, sur la Net Economie pour créer l'emploi et la richesse. Mais on a encore du mal à cerner ses contours. De plus la nature du lien qu'elle entretient avec l'émergence d'Internet ne peut se contenter d'un simple recours à la notion de connectité et de variété des serces. Car si ce lien est porteur de croissance à long terme, il doit être apparent et bien explicité. Essayons tout d'abord de mesurer le poids de la Net Economie.


2.1 Le poids de la Net Economie

La Net Economie, c'est-à-dire les actités liées à la diffusion des TIC semble être créatrice d'emplois. Mais cela ne se fait pas sans des destructions concomitantes, comme pour toutes les innovations technologiques. Malgré tout, le solde net parait positif.


Mesurer le poids de la Net Economie

On peut tenter de répertorier le nombre d'emplois et le volume de richesse qu'Internet est en train de créer. Une tentative dans ce sens a été entreprise par le Center for Research on Electronic Commerce de l'Université de Texas à Austin (7). Pour ces chercheurs, on peut classer les actités liées à Internet en quatre « couches » :
. La première regroupe les entreprises qui fournissent des infrastructures pour le transport des données. Typiquement, ce sont des opérateurs de télécommunications comme AT&T, Worldcom ou Global Crossing, des fabricants de matériel et de logiciel de réseau comme Compaq ou Cisco, des fournisseurs d'accès à Internet comme AOL, Wanadoo ou Free en France, des fabricants de fibres (Alcatel ou Pirelli) et des vendeurs de solution de sécurisation.
. La seconde est composée d'entreprises fournissant des applications informatiques ou des moyens humains permettant de réaliser des procédures en ligne : fabricants de logiciels d'application pour le commerce électronique (Netscape, IBM, Microsoft), moteurs de recherche, fournisseurs d'applications multimédia (RealNetworks, Macromedia), entreprises hébergeant des sites (les fournisseurs de portail), concepteurs de bases de données accessibles par le Web (Oracle, IBM DB2, Microsoft SQL Server), entreprises spécialisées dans l'enseignement en ligne. Ce que produisent toutes ces entreprises, ce sont les éléments (logiciels et humains) qui permettent de réaliser des actités commerciales en ligne.
. La troisième couche rassemble les «intermédiaires de l'Internet », parmi lesquels on trouve bon nombre de jeunes pousses : en France iBazar pour les enchères, le portail «Nomad», le gestionnaire de communautés rtuelles Multimania, le fournisseur d'adresses électroniques Caramail, le site boursier Boursorama, l'agence de voyage en ligne DégrifTour, sont des exemples parmi d'autres de ces intermédiaires de l'Internet (s).
. Enfin la quatrième couche concerne les vendeurs en ligne (Alae, BOL, Amazon ou Fnac.com pour les livres et les CD en France), les fabricants pratiquant la vente directe (Dell, Cisco) les serces de livraison (Fédéral Express ou la Poste), les transporteurs aériens qui vendent leurs billets en ligne (Lufthansa).
Pour les chercheurs de l'Université du Texas Barua et Whinston, chacune des «couches de l'économie de l'Internet» a connu l'évolution suivante en 1999 aux Etats-Unis.

leau 1.2 : les indicateurs de l'économie d'Internet aux USA
Revenus (millions $) A(%) Emplois


1998 1999 1998 1999

" infrastructures " 117 143 197 853 68 527 037 778 602


applications " 71615 101304 41 513 125 681568

'" intermédiaires " 63 629 96 809 52 290 856 340 673


" e-commerce" 99 813 171 473 72 577 937 726 735

Total 322 530 523 923 62 1819 716 2 476 122


Source : Barua & Whinston, cité.


L'indicateur de revenu n'est pas tout à fait pertinent dans la mesure où il évalue une somme de chiffres d'affaires qui conduit à des doublons, alors qu'il faudrait connaitre les valeurs ajoutées, que l'on pourrait alors er au PIB total des Etats-Unis ("). Néanmoins on doit noter la formidable croissance qu'a connue l'économie de l'Internet aux USA entre 1998 et 1999: + 62%. C'est la couche « applications » qui a crû le moins te, en raison d'une pénurie de personnel selon Barua et Whinston. L'indicateur d'emploi est encore plus significatif. Il montre qu'en masse, le secteur de l'Internet représentait près de 2,5 millions d'emplois aux USA en 1999 (+ 36 %). Rapportée à la main-d'ouvre totale employée dans ce pays, cela fait une proportion d'enron 1,5 %.
Pour les USA donc, l'économie est en train de subir une évolution profonde, dont l'origine est attribuable pour une large part à l'émergence d'un secteur de l'Internet. On voit directement se créer de nouveaux pans d'actité, de nouveaux emplois apparaitre dans des proportions significatives. Bien sûr on ne sait pas évaluer avec cette méthode l'impact indirect de ces nouvelles actités sur le reste de l'Economie, et par conséquent le solde total de ces transformations en termes de création de richesse et d'emplois nets.


Les dégats du progrès

Car il faut contraster cette évaluation directe, contraste avec d'autres études qui mettent en édence l'effet de substitution que provoque le passage au commerce électronique. Autrement dit, si des emplois sont créés d'autres disparaissent, de sorte que le solde net est difficile à apprécier d'autant qu'il dépend de conditions locales. On sait par exemple que les Allemands ont beaucoup plus recours à la vente à distance (sur catalogue) que les Français. Dans ces conditions, la vente en ligne, qui est une forme particulière de vente à distance y aura a priori un impact plus faible qu'en France. De même aux USA les emplois dans le commerce représentent 5,5 % des emplois salariés contre 3 % en France, mais avec une structure différente : plus de bas salaires et d'emplois à temps partiel (l0). Le commerce électronique risque peut-être d'y supprimer plus d'emplois.
Y. Lasfargue a donc raison d'affirmer que des suppressions de postes seront provoquées par le recours à l'informatisation, qui améliorera bien la productité dans certains domaines : réduction des emplois administratifs qui traitent de l'information grace aux progiciels de gestion, réduction des emplois de distribution commerciale grace aux sites de vente en ligne, ou suppression de postes dans les industries produisant des biens informationnels, grace à la numérisation de ceux-ci (livres électroniques, logiciels téléchargés, presse en ligne, etc).
A l'inverse des actités nouvelles vont naitre, créatrices d'emploi : outre les métiers liés à l'informatique et à la vente en ligne, il y aura, selon Y. Lasfargue, des créations indirectes : développement de la logistique qui permettra un meilleur serce au client, et croissance des actités liées à la relation client (centres d'appel), etc. Enfin, beaucoup de métiers seront transformés, qui exigeront une requalification des personnes. D est d'ailleurs possible que des emplois soient maintenus qui n'auraient pu l'être sans les TIC, en raison de la perte dé compétitité dont ils auraient été affligés, dans la distribution notamment.
Au total, on peut donc affirmer que si l'impact de la «Net Economie» sur la croissance est encore difficile à évaluer, celle-ci provoque déjà et provoquera de plus en plus des mutations profondes auxquelles les entreprises sont en train de se préparer. Et au moins à terme, la création de richesse devrait s'en ressentir positivement. Mais il n'est pas encore établi qu'il s'agit véritablement d'un nouveau modèle de croissance.


2.2 L'impact de la Net Economie sur la Nouvelle Economie

La notion de Nouvelle Economie a été proposée par l'hebdomadaire Business Week en 1996. Ses caractéristiques sont selon l'OCDE (")une forte croissance accomnée de peu d'inflation et d'une influence de plus en plus grande des TIC. Mais celle-ci reste encore modeste, d'autant que dans les années 90 l'évolution du PIB a été, dans les pays de l'OCDE, inférieure à celle qu'elle fut dans les années 80 : pour que les TIC aient eu un impact positif sur la croissance, il fallait d'abord que celle-ci existe. Néanmoins certains pays ont connu une actité plus forte dans la décennie 90 que dans les années 80 : les USA, le Canada, l'Australie, le Danemark, l'Irlande les Pays-Bas et la Norvège. Mais selon les experts du chateau de la Muette, cette croissance supérieure s'explique surtout par les politiques d'ajustement de ces pays qui ont su mettre en place des mesures d'incitation à la réinsertion dans le travail de la main-d'ouvre non employée.
Pour les USA malgré tout, l'OCDE note que les TIC constituent de plus en plus une composante essentielle de l'investissement induisant 0,4 % de croissance du PD3 de 1990 à 1996, et beaucoup plus depuis. L'investissement en TIC (y compris les logiciels) représentait 35 % de l'investissement total de ce pays en 1999 (l2). Mais les conclusions des experts restent nuancées : l'impact de la Net Economie est encore très récent et très limité, et il ne semble concerner que les Etats-Unis et des pays Scandinaves actuellement.
Une estimation de l'US Department of Commerce ("), indique de son côté que la baisse des prix dans le secteur des TIC, qui est une caractéristique constante depuis trente ans en raison du progrès technique dans les semi-conducteurs, a permis de réduire le niveau d'inflation global de l'économie américaine de 0,6 à 0,7 point en 1998, ce qui reflète au moins en partie une amélioration de la productité générale : la production se fait à moindre coût, donc les prix de vente sont plus faibles. De même la contribution directe ou indirecte de ces technologies expliquerait 35 % de la croissance du PIB US en 1998. Le rapport « The Emerging Digital Economy » évalue à 8,2 % du PIB américain la part des TIC en 1998, contre 4,2 % en 1977 et 6,4 % en 1993. Le rapport attribue la récente accélération de cette part à la diffusion de l'Internet (,4).
Dans le cas français, des travaux récents ont aussi mesuré la part des TIC dans les diverses composantes de l'économie : la production, les consommations finales et intermédiaires, l'investissement (FBCF ou Formation Brute de Capital Fixe). Si les TIC constituent encore une part assez modeste de la production, 5 %, soit un niveau able à celui de l'automobile, leur poids dans les investissements est beaucoup plus important (> 10 %), ce qui laisse penser que l'économie française « parie sur les TIC », et que dans le futur son impact dans l'actité devrait être beaucoup plus significatif, puisque «les investissements d'aujourd'hui sont les richesses de demain ». On note aussi que la part des TIC dans la consommation des ménages (consommation finale) est extrêmement faible (2 %). D n'y a pas vraiment de «Nouvelle Economie » chez les ménages : Internet et les technologies de l'information sont encore une composante négligeable du budget des Français.


Si les TIC commencent à apparaitre dans les statistiques macroéconomiques en contradiction avec ce que pensait Solow il y a quinze ans, l'articulation entre cette présence accrue et les caractéristiques de la Nouvelle Economie ne peut pas être explicitée à partir de ces chiffres. Pour cela il faut adopter une réflexion plus théorique.

2.3 Les explications théoriques du lien entre Net Economie et Nouvelle Economie
Deux références récentes proposent des éclairages complémentaires sur la Nouvelle Economie, tendant à suggérer qu'il n'y a pas de particularité durable dans le cycle conjoncturel américain actuel et que les caractéristiques de croissance sans inflation ne sont peut être pas étemelles. Dans un récent rapport du Conseil d'Analyse Economique, Daniel Cohen et Michelle Debonneuil font la distinction entre plusieurs choses : le secteur des TIC en tant que tel, la baisse des prix qu'il transmet aux autres actités, et le régime de croissance soutenue que connait l'économie américaine depuis 1991. Pour les auteurs, la Nouvelle Économie si elle existe, se caractérise par un nouveau paradigme fondé sur les TIC, car celles-ci présentent une « structure des coûts où l'essentiel se situe dans la conception ou la mise en place du produit », donc soumis à des « économies d'échelle formidables ». Les TIC diffusent certes leurs gains de productité dans l'économie désormais et le paradoxe de Solow n'existe plus. Mais, reconnaissent les auteurs, elles n'apportent que 1 % de croissance supplémentaire par an, conformément aux estimations d'Oliner et Sichel ou de l'OCDE.
Dans ces conditions « l'euphorie américaine » avec une croissance annuelle de 4 % de 1995 à 2000 et une inflation sous contrôle, n'est pas entièrement explicable par la diffusion des TIC. Il faut chercher ailleurs d'autres facteurs qui justifieraient les 3 % supplémentaires : le prix des matières premières en baisse en raison de la récession mondiale, conjugué à la hausse du dollar, a contribué à faire chuter le prix des matières importées, donc à réduire l'inflation ; une politique monétaire habile, c'est-à-dire expansionniste (autorisant les facilités de crédit) sans perdre la confiance des agents économiques, a fait le reste. Les auteurs soulignent cependant qu'à terme les TIC devraient produire leur lot de réussites et de problèmes, de façon encore plus significative : transformation en profondeur des entreprises, accroissement de la dualité entre les indidus formés et ceux qui ne le sont pas, etc.
Patrick Artus complète cette analyse par une sion encore plus critique du concept de Nouvelle Economie, en montrant que la croissance américaine des dix dernières années a été fortement stimulée par l'accumulation du capital, notamment l'investissement dans les TIC, elle-même permise par la montée des cours des actions, qui a procuré des ressources inattendues aux entreprises, tout en réduisant l'épargne des ménages américains: ces derniers se sont largement endettés pour investir. Pour Artus donc, la difficulté d'évaluer le prix des actifs des nouvelles sociétés de la «Net Economie » a conduit à une survalorisation boursière globale incitant les ménages à placer leur argent dans des valeurs boursières directement ou indirectement, a les fonds de pension. Cela a donne des capacités d'investissement aux entreprises, qui en ont profité pour s'équiper en informatique communicante. Mais ces décisions ont renchéri le coût du capital, ce qui pourrait être un facteur d'instabilité.
L'autre effet de la «Net Economie » a été une mobilisation forte d'une main-d'ouvre qualifiée, ce qui a contribué à réduire le chômage, car ces emplois nouveaux sont venus s'ajouter aux équivalents américains des «petits boulots» peu rémunérateurs, précaires et à main-d'ouvre peu qualifiée, qui ont été largement induits par la bonne conjoncture économique. Le dégonflement récent de la bulle spéculative, la pénurie possible de main-d'ouvre qualifiée et l'accroissement des inégalités pourraient annoncer, selon cet auteur, un retour de conjoncture plus olent que prévu et la fin dramatique de « l'euphorie ». Pour lui, il n'y a pas de Nouvelle Économie au sens strict du terme, c'est-à-dire un régime de croissance permanente d'un type nouveau. Mais il est vrai qu'il ne s'interroge pas sur l'impact des TIC.
C'est précisément ce que fait l'auteur sans doute le plus rulent à l'égard du concept de «Nouvelle Economie», Robert Gordon, un professeur de la NorthWestem University et qui arrive à des conclusions opposées à celle d'Oliner et Sichel. Pour lui, le fameux «1% de croissance annuelle» qu'engendrent les TIC depuis 1995, n'est qu'une illusion d'optique comptable. Il résulte d'une corrélation (et non d'une causalité) avec la phase haute du cycle et n'apparait pas si l'on corrige cet « effet mécanique » de la bonne conjoncture. D ajoute que le paradoxe de la productité existe encore bel et bien, malgré Internet : les TIC connaissent certes une baisse drastique de leurs prix, mais cela n'a aucun effet sur l'usage. Même si l'on utilise un logiciel de traitement de texte de plus en plus performant sur un ordinateur extrêmement puissant, le temps pris pour taper une e entière reste le même qu'il y a trente ans.
D'un tout autre as est Paul Romer, spécialiste de la « théorie de la croissance endogène», qui est convaincu que la création d'informations donc de connaissances nouvelles est un processus endogène, c'est-à-dire dépendant du comportement des agents économiques et dont l'influence sur la création de richesse est particulièrement significatif. Or la production et la dissémination d'information sont incontestablement favorisées par le recours aux TIC et en particulier à Internet. Par exemple Romer constate que les incitations à l'innovation n'ont jamais été aussi nombreuses qu'aujourd'hui, notamment grace aux moyens financiers et à la disponibilité d'une main-d'ouvre éduquée. D'ailleurs P. Artus dans son récent ouvrage, montre bien la croissance des dépôts de brevets, dans la seconde moitié des années 90 ainsi que celle des dépenses de R & D des entreprises en proportion du PIB. Le « capital humain » serait un facteur de développement particulièrement fort et bien valorisé par les TIC.
De façon analogue à Romer, D Foray affirme que l'essor américain est justifiable par la réponse cohérente que ce pays a su apporter aux défis de la « nouvelle économie » : l'investissement des entreprises dans l'outil informatique depuis 1993, un enronnement juridique, financier et fiscal favorable à la création de nouveaux secteurs, un soutien des universités à l'émergence de nouvelles actités, l'extcmalisation d'actités qui a favorisé le «reengineering » et l'attitude des marchés financiers qui a permis la création de mécanismes appropriés à la valorisation de la production intellectuelle et des patrimoines de connaissance. Cependant cette thèse est difficile à vérifier empiriquement.
Au total, il apparait donc que la Nouvelle Economie présente une conjonction de facteurs profonds dont certains sont nouveaux : l'usage des TIC grace à Internet, ou les disponibilités financières des fonds d'épargne et de retraites collectifs ou enfin l'investissement en « capital humain », c'est-à-dire en qualification ou en acquisition des connaissances, de la part de la main-d'ouvre active. Mais elle a aussi bénéficié d'opportunités conjoncturelles inattendues (épargne d'une classe d'age nombreuse, et croissance des valeurs boursières), et de décisions d'investissement durables dans un contexte de compétitité exacerbée (mondialisation). Tout ceci a créé un mélange assez particulier. Il reste que l'impact direct des TIC est malaisément chiffrable au macro-économique, même après cette discussion théorique. Un autre angle d'attaque parait nécessaire.

3. De la diffusion de l'informatique communicante à Internet

Les conclusions mitigées auxquelles nous aboutissons nous conduisent à essayer d'approfondir l'analyse sur un plus microéconomique, au niveau du comportement des entreprises. En particulier on ne peut comprendre, en restant simplement sur le de la mesure macro-économique, pourquoi le paradoxe de la productité a subsisté aussi longtemps : qu'est-ce qui poussait les entreprises à utiliser sans cesse plus d'ordinateurs si ceux-ci ne leur procuraient aucun gain particulier en terme de productité et de baisse des coûts ? A l'inverse, pourquoi peut-on affirmer que grace à Internet ce paradoxe a disparu ? C'est en observant les caractéristiques de la diffusion de l'informatique que l'on peut tenter de répondre à ces questions.

3.1 L'évolution de l'informatique, l'élément clef du paradoxe de productité


Une informatisation par strates

Comme on l'a déjà signalé, les technologies de l'information existent depuis très longtemps dans les entreprises : sans remonter à l'invention de l'ordinateur durant la Seconde Guerre Mondiale, l'informatique communicante est apparue à la fin des années 50, avec le «remote batch processing» (traitement par lot à distance). Le stockage et le traitement de l'information (notamment l'information de gestion des entreprises) ont été développés dans les années 60, et la percée technologique majeure que furent les mémoires à semi conducteurs date de 1971 (Intel). Grace à ces innovations et à d'autres, l'informatique communicante a pu se développer. Selon Salzmann et Dalloz (2001), la demande informatique est passée par 4 grandes phases:
- Dans les années 60-70, on assiste à la diffusion des systèmes informatiques centralisés, qui, initialement onéreux, furent d'abord achetés par les très grandes entreprises. Durant cette période, ce furent surtout les taches administratives qui furent automatisées, avant que l'informatique ne soit utilisée pour l'amélioration des procédures de fonctionnement de l'entreprise. Le progrès technique et la concurrence aidant, les prix ont baissé, les performances se sont améliorées très sensiblement et les grandes entreprises ont toutes fini par s'équiper. Est alors apparu le concept de Système d'Information, tandis qu'étaient créés des serces informatiques, puis des Directions de l'Organisation et de l'Informatique (DOI). Les méthodes de ification des procédures automatisées ont vu le jour. A l'époque, l'informatique demeurait une ressource rare et chère, dont on avait du mal à identifier la rentabilité. Les grandes entreprises et notamment les banques qui s'équipaient en matériel coûteux, ont cherché à louer les capacités de traitement à d'autres entreprises plus petites. Certaines en sont même venues à filialiser leur département informatique contribuant ainsi à créer les sociétés de serces de l'industrie informatique (SSII). L'informatique était avant tout un auxiliaire de la gestion, qui traitait les opérations récurrentes nécessitant d'importants volumes de stockage de données : la comptabilité et la paie du personnel principalement, le traitement des relations commerciales (factures et bons de commande). Les grands ordinateurs (mainframes) dotés de fortes capacités de stockage sur mémoire de masse (disques et bandes magnétiques) étaient reliés à une multitude de terminaux sans capacité locale de traitement, comme les fameux terminaux 3270 d'IBM. De plus chaque constructeur développait son propre système « propriétaire », incompatible avec ceux des concurrents.
A la fin des années 70 et dans les années 80, sont apparues deux innovations majeures : d'abord les mini-ordinateurs, dont la vocation était de remplacer les grands systèmes centralisés en offrant des performances équivalentes (sauf pour les capacités de stockage) et à moindre prix. Ces nouveaux systèmes ont évolué à la fin des années 80, vers des architectures fonctionnant sur les principes dits clients/serveurs: reliés en réseau au sein de l'entreprise, ils sont tour à tour « serveurs » de données ou des programmes stockés dans leur mémoire, et « clients » des données ou programmes des autres serveurs auxquels ils sont connectés. Cette spécialisation permettait d'abaisser le coût des systèmes.
Mais ils restaient «propriétaires», c'est-à-dire entièrement dépendants de la marque.
L'autre innovation majeure qui prit son plein essor dans les années 80, fut le micro-ordinateur (PC) dédié aux applications bureautiques sur le poste de travail. Les utilisateurs s'en sont approprié l'usage, au détriment parfois des informaticiens. L'existence de capacités de traitement aussi puissantes sur des machines de coût abordable a conduit à un usage de plus en plus décentralisé des ordinateurs. Chaque département de l'entreprise s'équipait et développait des applications liées à son métier : le marketing, la finance, la production (gestion de la production assistée par ordinateur, ou GPAO), la conception (CAO, conception assistée par ordinateur) mais chacun avec un système propriétaire différent. Cela a eu pour conséquence un éclatement des systèmes informatiques au sein des entreprises, avec la nécessité d'établir des «passerelles» entre eux. C'est cela qui motivait la connexion en réseau et l'émergence des architectures dites client/serveur. Il y avait donc une tension entre les systèmes centraux qui hébergeaient les applications lourdes de gestion, et les systèmes décentralisés fonctionnant sur le principe du client/serveur.
- Les années 90 sont marquées par la première crise sérieuse qu'ait connue le monde informatique. Dans les années 92-97, la dépense informatique des entreprises n'a crû que de 1 à 2 % par an, contre une croissance annuelle de 10 à 15 % les 25 années précédentes. La baisse drastique du coût des PC et surtout l'accroissement extraordinaire de leurs performances, ont conduit peu à peu les entreprises à remplacer certains de leurs systèmes centralisés ou leurs réseaux de mini-ordinateurs par des réseaux de microordinateurs beaucoup moins onéreux. Cela a permis de réduire certains budgets. Mais la mutation ne s'est pas faite complètement, compte tenu du poids du passé et des programmes spécifiques existant au sein des entreprises. Bresnahan et Saloner (1998) ont étudié les motifs pour lesquels les architectures clients serveurs et ce qu'ils appellent le « modèle horizontal » ont mis beaucoup de temps à se diffuser au sein des entreprises. Leurs conclusions sont claires. Bien que les avantages de ces évolutions aient été clairement perçus par les entreprises, ceux qui les suggéraient n'étaient pas les responsables informatiques mais plutôt des utilisateurs, qui n'avaient pas la compétence nécessaire pour les imposer. De plus, leur mise en place n'avait de sens que si elle accomnait une transformation profonde de l'entreprise. Or la plupart des entreprises n'étaient pas prêtes à assumer ces changements organisationnels. Dans ces conditions, les architectures client/ serveur se sont imposées dans des entreprises plus jeunes, plus concernées par le gain d'un avantage concurrentiel immédiat, par une meilleure réactité s-à-s de la clientèle, ou par des départements spécifiques où leur avantage paraissait suffisamment édent. Parmi les entreprises industrielles françaises 39 % possédaient encore un système informatique centralisé en 1997, et ce système coexiste souvent avec des réseaux de micros destinés aux applications bureautiques.


- Depuis 1997, la montée irrésistible de l'Internet et de façon ponctuelle la crainte du bug de l'an 2000, ont relancé la demande de biens et serces informatiques. L'objectif pour les entreprises est de tirer parti de la connectité généralisée. Néanmoins cela exige de leur part un apprentissage des spécificités de ce nouveau média.
Au total on observe que la demande informatique a évolué par strates, en fonction de l'apparition de nouveaux matériels (minis, architectures clients/serveurs, PC), et des usages que les entreprises en faisaient. Mais ces strates se sont déposées les unes sur les autres, à la façon des couches géologiques dans les terrains sédimentaires. Les différents systèmes et applications avaient du mal à fusionner, et le système d'information était difficile à rendre homogène et cohérent à cause des « systèmes propriétaires » qui créaient des obstacles à cette unification. De plus, comme ces attitudes semblaient être partagées par la plupart des entreprises, cela n'avait pas d'impact majeur sur leur position concurrentielle, tout au plus cela affectait éventuellement leur résultat net. Du coup aujourd'hui maintes entreprises cumulent des équipements et applications hétérogènes qu'elles ont du mal à faire fonctionner. Cela explique les travers dénoncés par M. Voile dans la citation évoquée au paragraphe 1.3 et la difficulté à utiliser l'informatique comme outil de productité. Ceci répond en partie au paradoxe de Solow.

Une réorganisation des entreprises concomitante mais non couplée
On peut également noter que l'évolution de l'informatisation a été concomitante d'une refonte profonde des organisations, qui suit un «temps» assez similaire à celui des changements de matériel informatique: jusqu'à la fin des années 70, ont dominé les préoccupations de concentration industrielle, de centralisation et d'organisation hiérarchique efficace. Le modèle était celui de la grande entreprise, produisant en grande série. Cela coïncidait avec un usage des systèmes centralisés, des grands systèmes propriétaires ou des mini-ordinateurs en fonction des besoins, de la taille et des possibilités financières des entreprises considérées.
A partir des années 80 l'accent a été mis sur la flexibilité et la réactité des entreprises. Les architectures dites «client/serveur» auraient dû s'imposer dans ce contexte, mais nous avons mentionné que l'existence de nombreuses applications « tournant » sur des grands systèmes propriétaires et qu'on ne pouvait réécrire, ainsi que le manque de perception par les Directions Générales du rôle que pouvaient jouer les TIC dans la flexibilité et la réactité, ont beaucoup retardé ou même bloqué ces évolutions. Le premier ouvrage révélant les possibilités de rinformatique pour la conquête d'un avantage concurrentiel, fut celui de C. Wiseman paru en 1985 ("). Mais ses idées n'ont vraiment commencé à être mises en pratique sur une large échelle que dans la seconde moitié des années 90.
La troisième période de réorganisation interent après la récession du début des années 90, coïncidant sur le Vieux Continent avec l'achèvement de la construction européenne (l'échéance du 1er janer 1993). Il s'agissait pour les entreprises de se recentrer et de se concentrer sur leur métier de base en abandonnant les actités non essentielles, d'améliorer la compétitité, de nouer des alliances afin de conquérir de nouveaux marchés, d'adopter de nouvelles technologies ou de trouver des compétences complémentaires à leur métier. Or du point de vue informatique on a vu que c'étaient surtout les PC, outils de performance indiduelle, qui prenaient leur essor et les Directeurs Informatiques étaient autant préoccupés de les connecter en réseau et avec le reste des systèmes informatiques que d'ajuster le système d'information aux exigences nouvelles, et ce d'autant plus qu'ils devaient gérer le blocage (nouveau pour eux) de leurs crédits par les Directions Générales.
Un ouvrage important, celui de Champy et Hammer parait pourtant en 1993, qui suggère que l'informatique peut être le vecteur du « reengineering », c'est-à-dire de la réorganisation des entreprises en unités plus flexibles, autonomes et réactives. Là encore le message mettra quelques années avant d'être adopté. Il faudra en effet attendre le décollage d'Internet pour que les entreprises réconcilient le besoin de refonte des organisations et l'évolution des systèmes informatiques. L'accumulation par strates des générations de matériel informatique, a bloqué jusque-là l'accomnement des grandes mutations des entreprises au cours des trente dernières années, occasionnant ainsi le paradoxe de la productité.
Cette difficulté provenait d'au moins trois motifs : d'une part l'impossibilité d'appliquer les outils standards de la comptabilité analytique pour évaluer la rentabilité des investissements informatiques (logiciels et matériels). Du coup les Directions des entreprises étaient mal à l'aise pour lier l'informatique à la stratégie qu'elles mettaient en place. Les Directeurs informatiques eux, se sentaient plus ou moins libérés du contrôle de leur hiérarchie et raisonnaient autant en termes de performance technique que de serce rendu aux utilisateurs. La seconde raison proent de la stratégie des constructeurs de matériel, qui développaient des architectures et des systèmes d'exploitation propriétaires, et rendaient difficile l'interopérabilité entre ordinateurs de marque différente. Enfin la troisième raison tient à la nature des technologies de l'information, à la complémentarité entre matériel et logiciels. La nécessité de maintenir des applications qui « tournaient » sur un matériel démodé, obligeait à ne pas renouveler de fond en comble l'équipement informatique à chaque nouvelle génération, et à faire cohabiter tant bien que mal anciens et nouveaux systèmes. Dalloz et Salzmann utilisent à ce propos l'heureuse expression d'« immobilisations informationnelles ». Là réside sans doute le cour de l'explication au paradoxe de Solow.
On dispose par ailleurs de nombreuses vérifications statistiques de la nécessité de coupler usage des TIC et réorganisation pour obtenir de véritables gains de productité (Askenazy, 2000). Par exemple une étude effectuée par Bresnahan et Saloner (1998) montre que les entreprises cout ces deux éléments ont des gains de productité statistiquement supérieurs par rapport à ceux d'un échantillon moyen. On évoque aussi parfois l'échec de développements informatiques provoqués par l'absence de prise en compte des conséquences sur l'organisation.
Le résultat de ce lourd héritage est que les entreprises doivent vre avec et gérer leurs immobilisations informationnelles. Selon Salzmann et Dalloz, une grosse PME a un budget informatique de 10 millions de francs par an, dont 25 % sert à l'amortissement du matériel dont la valeur patrimoniale est de 10 millions de francs amortis sur 4 ans. 25 % également sont dépensés en logiciels et applications spécifiques, dont la valeur patrimoniale se situe à 25 millions de francs amortis sur 10 ans. La présence de ces immobilisations provoque ainsi une certaine inertie s-à-s des bouleversements qu 'a toujours provoqués le changement technique en informatique et que provoque maintenant Internet. Mais celui-ci a des atouts que ne possédaient pas les autres générations de matériels.

3.2 Internet et la révolution organisationnelle des entreprises
L'arrivée de la « Toile » interent dans un contexte beaucoup plus favorable qu'il y a dix ans. Les entreprises sont désormais largement équipées en matériel et ont fini par comprendre que le déploiement sans cesse renouvelé de l'informatique devait se faire de façon plus coordonnée et en accomnement de la réorganisation interne. Internet peut les aider à accomplir ces changements par son ouverture et sa flexibilité.


Des entreprises désormais équipées

L'INSEE a entrepris il y a quelques années une enquête sur la diffusion des technologies de l'information dans le monde professionnel, et ses résultats confirment la large diffusion des TIC. En mars 1998, un salarié sur deux avait accès, au moins occasionnellement, à un ordinateur dans le cadre de son travail alors que la proportion n'était que de 39 % cinq ans plus tôt. L'usage de l'informatique augmente d'ailleurs avec la position dans la hiérarchie de l'entreprise, et en fonction de l'ancienneté : neuf cadres et employés sur dix travaillent avec un ordinateur contre moins de un sur dix chez les ouvriers, ouvriers agricoles et personnel non qualifié de type artisanal. Internet à l'époque était faiblement accessible (7 %), mais la proportion atteint 90 % chez les ingénieurs technico-commerciaux et 85 % chez les chercheurs publics. L'enquête ayant été effectuée en 1997, nul doute que le taux de l'usage d'Internet a dû augmenter sérieusement depuis. On peut affirmer que la plupart des métiers dont la vocation est de manipuler de l'information disposent désormais de cette « connectité universelle ».
L'autre élément marquant des années récentes est la croissance des réseaux de micro-ordinateurs. En 1994, 32 % des entreprises de plus de 20 salariés étaient équipées d'un réseau de ce type, et la proportion est passée à 63 % en 1997. En ce qui concerne la possession de microordinateurs isolés ou en réseau, l'enquête annuelle d'UFB Locabail auprès des PME (www.ufb-locabail.fr) confirme cette tendance, puisque 92 % des 80 000 PME interrogées ont affirmé en détenir au moins un. Pour autant, les grands systèmes informatiques centralisés n'ont pas disparu, puisqu'en 1997, 39 % des entreprises selon l'INSEE, en sont encore dotées contre 36 % en 1994. Bien entendu, ce sont surtout les grandes entreprises qui sont ainsi équipées (88 % des entreprises de plus de 500 salariés). Ainsi les réseaux de microordinateurs, consacrés pour l'essentiel à des taches bureautiques, ennent s'ajouter, plus qu'il ne substituent les systèmes centraux dédiés à des applications plus spécifiques et à la gestion du « système d'information » de l'entreprise. Ceci confirme notre hypothèse d'une «accumulation par couches» des générations de matériel informatique.
Au total, l'informatisation des entreprises en France est un phénomène récent, datant des années 90. Malgré ce que disait Solow, l'informatique n'était pas encore « partout », au moins en France.
Mais les mentalités changent. Désormais 70 % des entreprises considèrent qu'il n'y a que peu d'obstacles, voire pas d'obstacle du tout à la diffusion des TIC. Cependant, les principaux freins mentionnés ne sont pas, quand ils existent, la résistance ou le manque d'implication du personnel, mais plutôt la maintenance et le sui des applications et de leur évolution (14 %), la compatibilité des matériels et des logiciels, ou le manque d'adéquation du matériel aux besoins (18%). On retrouve dans ces réponses la difficulté de coupler informatisation des entreprises et réorganisation, ainsi que les sources de gaspillage que cette informatisation a engendrées. Par ailleurs, l'équipement des entreprises est fortement contraint par l'aval (16 %), c'est-à-dire le client : consommateur final, circuits de distribution, grands donneurs d'ordre. Mais la réglementation administrative aussi est parfois handicapante.

leau I.3 : L'équipement en réseaux de micro-ordinateurs dans
l'industrie
(% du nombre d'entreprises industrielles) Gestion Production
1997 1994 1997 1994
Composants électriques et électroniques 90,7 59,8 82,2 47,5
Pharmacie, parfumerie entretien 89,5 673 74,4 49,8


Chimie, caoutchouc et plastiques 88,9 57,3 74,5 40,3

Equipements électriques et électroniques 88,6 57,7 823 46,7


Edition, Imprimerie, reproduction 85.1 49,0 75 40,6

Industrie automobile 84,1 68,4 71,5 52,1
Métallurgie et transformation des métaux 823 50,5 62,8 33,2
Equipements du foyer 79,1 59,1 57,7 32,8


Produits minéraux 773 53,1 52,6 29,8

Construction navale, aéronautique et ferroaire 76,2 55,6 70,2 383


Equipements mécaniques 74,4 43,0 59,0 31,3

Industrie textile 71,5 45.7 54,6 29,1


Bols Papier 66,9 43.8 53,4 31,6

Habillement Cuir 57,9 33.8 41,1 20,3


Easemble 78,3 49.9 62,7 34,7

Source : Sessi-Enquête changements organisationnels et informatisation (1997).







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